SEPTIÈME MARDI
Humilité de saint Antoine
1° L'orgueil est un désir immodéré d’être estimé, d'être élevé au-dessus des autres. Ce vice est haïssable devant Dieu et devant les hommes. Dieu ne peut souffrir l’orgueil ; tôt ou tard il humilie le superbe. L’orgueil est détesté des hommes parce que l'or-
gueilleux met le trouble partout. La vertu opposée à l’orgueil est l'humilité.
Nous donnant de Dieu une très grande idée, et de nous-mêmes une très petite idée, elle fait que nous rapportons à Dieu toute la gloire du bien qui est en nous. De plus, elle nous fait supporter avec patience ct résignation les adversités, les mépris, les contradictions.
Le désir de l’obscurité et des humiliations est la perfection de l’humilité.
2° Quelle humilité dans saint Antoince ! Il redoute les honneurs de la terre ; il fuit même les dignités de l'Église. Toute son ambition est de vivre obscur et ignoré dans la maison du Seigneur. Héritier d'un grand nom, il l'échange contre celui: d'Antoine, à l’aide duquel il espère vivre inconnu au monde, dans un Ordre mendiant.
Il cache ses talents avec tant de soin,
PRATIQUES ET ŒUVRES 137 RE orne Lt que pendant assez longtemps ses confrères le regardent comme à peu près incapable. Il se plait à remplir les offices les plus bas. Pour l’arracher à sa vie toute cachée en Dieu, il fallut un ordre formel de saint François. Devenu la merveille de son siècle, il ne s’attribue en rien ses triomphes ; il en renvoie toute le gloire à Dieu, auteur de tout don parfait. Est-il étonnant
que Dieu lui ait donné le pouvoir d’'opérer tant et de si grands prodiges ?
3 ‘Peu de chrétiens réfléchissent sur la nécessité de l’humilité, et bien
peu la pratiquent. Cette vertu est ceperdant nécessaire au salut. .S2 vous ne devenez humbles, simples et dociles comme un tout petit enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux, dit Notre Seigneur. L’humilité ne consiste pas à faire paraître nos défauts.
Cachons-les avec prudence, non pour être estimés, mais pour ne pas scandaliser. L’humilité ne consiste pas non plus à cacher nos talents ou nos qualités. Qu'ox voie vos bonnes œuvres, dit le Sauveur, afin que le Père céleste soit glorifié. L'âme vraiment humble reconnaît que tout ce qu'il y a de bien en elle vient de Dieu. Elle reconnait aussi de bonne foi ses défauts ; elle en
gémit, elle souffre qu’on la reprenne.
Elle ne juge nine méprise personne ; mais elle se juge et se condamne ellemême. O saint Antoine, violette d'humilité, priez pour nous.
HUITIÈME MARDI Pauvreté héroïque de saint Antoine
1° Æeureux l’homme qui n'a pas couru après l'or et qui n'a pas placé
ses espérances dans les richesses !— Oh ! qu'il est difficile à ceux qui aiment les richesses dentrer dans le Ciel !— Il est plus facile de faire passer un câble par le trou d'une aiguille qu'un riche par la porte du Cüiel.— | est difficile, en effet, d’être riche sans aimer les richesses, et dès qu'on les aime, elles font oublier ce qu’on doit à Dieu, ce qu’on doit à son âme, ce qu’on doit à ses semblables.
2° Antoine, maître à quinze ans d’une très grande fortune, la sacrifie généreusement pour être pauvre avec Jésus-Christ dans la vie religieuse.
Bientôt le renoncement à toute. propriété personnelle ne suffit plus à cette âme séraphique. Il est membre d’un Ordre riche et puissant ; il le quitte pour entrer dans un Ordre voué à une pauvreté plus étroite.
Là il vivra exclusivement d’aumônes, et on verra le descendant des Bouillon et des Tavera implorer la charité publique. Il pratique à la lettre les conseils dé saint François sur la très haute pauvreté. Il se contente d’une seule tunique, usée et. rapiécée. Le bréviaire et la sainte Bible sont les seules choses qu’il emporte avec lui dans ses nombreux voyages. Que de fois il n’a d'autre abri que la voûte du ciel ou les anfractuosités des rochers ! Mais dans son dénûment des choses extérieures, il a trouvé le bien suprême, et ils’écrie avec saint François : Mon Dieu et mon tout !
3° Dieu ne condamne pas les richesses, mais le cœur qui s’y attache :
de très grands saints ont été riches sur Jaterre. Si le riche veut se sacrifier et quitter ses biens, qu’il s’humilie d’a-
bord d'être si peu semblable à Jésus- Christ, gui n'avait pas où reposer sa têle ; qu’il possède sans attachement ce qu'il a acquis ou reçu et qu'il en use avec modération, qu’il rachète enfin ses péchés par d’abondantes aumônes.
La pauvreté n’a pas les dangers de la richesse, mais elle a cependant ses écueils. Pour qu’elle soit un moyen de sanctification et de salut, il faut la subir avec patience, sans murmurer jamais contre la Providence divine.
—Mon fils, disait Tobie, zous aurois toujours assez de biens si nous avons la crainte de Dieu. O saint Antoine, très fervent zélateur de la pauvreté séraphique, obtenez aux pauvres la patience, aux riches le détachement et la charité.
s == « @- NSUVIÈME MARDI
Chasteté virginale de saint Antoine
1° Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils jouiront de la vue de Dieu ! Un cœur pur est un trésor plus précieux que tout l'or de Punivers. La pureté élève l’homme audessus de l' Ange. Dans les Anges la purcté est sans combats ; dans l'homme, elle est le fruit de la vigilance, dela prière et de la lutte courageuse. Aussi les Anges chérissent et respectent les âmes pures, et les démons les redoutent.
2° De bonne heure, Antoine cultive avec amour le beau lis de la pureté que la grâce a fait éclore dans son cœur. Prévenu des bénédictions du Ciel, il fait vœu de virginité dès l’âge de cinq ans. Pour préserver cette
PRATIQUES ET ŒUVRES 143 fleur virginale des atteintes du serpent maudit, il l'environne des épines de;la imortification ; il mate son corps innocent. Ses prières incessantes attirent la féconde rosée de la grâce, sans laquelle Ze lis ne peut garder sa fraicheur.
Enfin par une dévotion tendre et filiale, il met sa pureté sous la garde de Marie, la glorieuse gardienne des vierges, Præclara custos virginum ! Parvenu à l'adolescence, Antoine redoute pour son cœur le souffle empoisonné du monde, ct il se hâte de se réfugier à l’ombre des autels, dans la fortercsse du cloître. Il préfère vivre inconnu, mais chaste, dans la maispn de Dieu, plutôt que de vivre libre et heureux dans l’impure société des pécheurs. Trois fois il renouvelle solennellement le vœu de son enfance, par sa profession religicusc chez les Chanoïines réguliers,
144 SAINT ANTOINE DE PADOUE puis chez les Frères Mineurs, et eafin par sa consécration sacerdotalc. Antoine correspond avec tant de fidélité à la grâce de Dieu qu’il éteint compl tement en lui'le feu de la convoitise 1) est comme un Ange dans la chair. Il a le pouvoir de communiquer aux autres, par son souffle et par le contact de ses vêtements, le don de chasteté.
Aussi en lui se réalise la parole du divin Maître : Æeureux ceux qui ont lc cœur pur, car tls jouiront de la vue de Dieu ! Il voit de ses yeux innocents son bien-aimé Sauveur sous unc forme sensible ; il peut échanger avec lui ces délicieux témoignages d'affection que Jésus ne donne et ne permet qu'aux âmes virginales.
3 Puissions-nous, par l'intercession de saint Antoine et par la méditation
de ses exemples, enflammer nos cœurs
d'amour pour la sainte pureté.
gwelle est belle l'âme chaste orn s
la splendeur de toutes les
Elle est chérie de Dieu et chérie es hommes. Mais si la pureté cit bc:
clle est aussi délicate. C'est uw. | qu'un souffle empoisonné peut fic trir. C'est un miroir brillant ; le plus léger souffle peut le ternir.
Veillez donc en tout temps, nous dit le Sauveur, ef que votre vigilance soit accompagnée de prières.
Voeillons sur nos regards, sur notre imagination, sur notre Cœur ; fuyons
les occasions et les sociétés dangereuses, les spectacles corrupteurs, les lecturcs frivoles. Souvenons-nous sans CCs-
se de notre fragilité, et réfugions-nous à l'heure du danger dans le cœur de notte Mère, la Reine des vierges.
DIXIÈME MARDI Obéissanrce de saint Antoine
1° Pour nous Jésus-Christ s'est rendu obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix.—L'âme chrétienne ne peut offrir au Ciel de sacrifice plus agréable que l’obéissance aux ordres de ceux qui lui tiennent a place de Dieu. Notre volonté étant ce
que nous avons de plus cher, nous ne pouvons faire à Dieu un don qui lui soit plus agréable que celui de notre propre volonté. L’obéissance, dit saint Grégoire attire avec elle dans notre âme toutes
les autres vertus, et elle les y conserve.
2° Saint Antoine, si merveilleusement doué des autres vertus, ne pouvait pas ne pas étre un miroir d’obéissance. Tout jeu-
ne enfant, il ravit ses parents par son an-
gélique soumission. Clerc de Notre-Dame de Lisbonne,il se concilie l’estime de ses condisciples et l'affection de ses mattres par sa déférence et son exactitude. Religieux, iln’entreprend rien qu'après avoir consulté ses supérieurs ct s'être muni de leur approbation. Au Chapitre général de 1221, il attend humblement qu’un des supérieurs lui dise de le suivre. Sans murmurer, il cenfouit ses talents dans la solitude de Monte- Paolo, il s'applique aux emplois les
plus vulgaires. A la voix de l'obéis-
sance, il révèle ses talents ; l'obéissance le guide dans le cours de sa vie apostolique. Placé à la tête de différentes communautés, il est pour ses frères un modèle accompli de régularité, de fidélité à la règle. Il se fait comme le serviteur de ceux qui lui sont soumi:, en les secourant dans toutes leurs né-
cessités spirituelles et temporelles.
Est-il étonnant qu'Antoine ait opéré tant de miracles ? L'Esprit saint avait dit : L'homme obéissant marchera de victoire en victoire.
3° Otez la volonté propre, s’écrie saint Bernard, et il n’y aura plus d’enfer. L'enfer, c’est la désobéissance qui l’a ouvert ; tandis que l’obéissance ouvre le ciel. Disciples de celui qui fut obéissant jusqu'à la mort, nous ne pouvons être sauvés que par l’obéissance. Obéissons donc : à Dieu, en gardant tous ses préceptes ; à l'Évangile, en nous guidant d’après ses maximes ; à l'Église, en écoutant docilcement sa voix ; à tous ceux qui nous tiennent la place de Dieu : nos parents, nos maitres, nos supérieurs. Que chaque âne en particulier obéisse au guide de sa conscience. Dans l’obéissance
seulement, nous trouverons la voie sûre qui mène au salut.