CHAPITRE IY
Que la Dévotion ne condamne point les ' divertissemens ; qu’elle s’ accommode en cela aux besoins de la nature , a V ordre de la police et a l’usage des \ saints .
On dira qu’il y a trop de discours en ; ces concerts et trop de philosophie en ces spectacles, qu’il leur faut des oreilles trop intelligentes et des yeux trop spirituels , et que tout le monde n’étant pas capable de se réjouir si sérieusement et d’une si haute manière, on voudrait que i la Dévotion s’accommodât au plus grand ] nombre , et qu’elle permît des divertisse- ■ mens où il fallût moins d’esprit et moins d’étude.
Elle en permet encore de cette sorte : 1 elle sait qu’il y a une nécessité de divertissement, comme il y a une nécessité de
repos et de nourriture ; elle peut même avoir oui dire que le divertissement est le repos et la nourriture de l’âme , qui a ses lassitudes et ses défaillances, qui s’abat et qui s’épuise par la dissipation des esprits matériels qui l’assistent en ses fonctions.
Elle a pour cela l’exemple de la nature, qui a ses jours de calme et ses jours d’agitation , qui a ses mois de repos et ses mois de travail, qui n’est pas toujours occupée à faire des pins et des cèdres , à produire des marbres et des métaux , à préparer la moisson et la vendange , qui se divertit à parfumer les fleurs et à peindre les pierreries, qui a ses jouets et ses bijoux (selon le mot de Tertullien), comme elle a ses affaires et ses pièces d’importance.
Elle a de plus l’autorité de la police, qui a donné des fêtes aux peuples , des vacations aux magistrats, des spectacles à toutes les conditions et à tous les âges.
Elle a la pratique de l’Eglise, qui mêle
à ses plus augustes mystères les parfums, la musique et le son des instrumens.
Elle a encore l’usage des saints , voire des saints les plus rigoureux et les plus sévères, qui n’avaient pas toujours des croix et des têtes de mort entre les mains , qui n’étaient pas à toute heure dans la plus haute région du ciel , qui descendaient quelquefois à terre avec les anges et les aigles.
Quelques-uns ont écouté la musique avec plaisir , comme saint Augustin et saint François; quelques autres ont joué des instrumens, comme David et sainte Cécile; d’autres ont aimé la chasse, comme saint Louis et saint Elzear; et d’autres ont fait des vers , comme saint Damase , saint Paulin et saint Grégoire de Nazianze.
Il est vrai pourtant que la Dévotion qui n’est ni sévère ni sauvage , ne laisse pas d’être judicieuse et réservée : et comme elle ne rejette pas indifféremment et sans exception toute sorte de divertissement,
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aussi ne les reçoit-elle pas sans discrétion et à l’aventure. Elle veut qu’on y apporte du choix, et qu’on y tienne quelque sorte de règle; • et en cela même , elle ne veut rien que ne veuille la nature, qui ne fait rien au hasard , et qui est discrète et réglée dans les moindres choses.