‹ La dévotion aisée;Chapitre 24 sur 65 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Que V Eglise et l'Etat ont leurs saisons différentes , et que les habillemens doivent être dfférens selon la dffé* rence de ces saisons .

Outre les âges qui regardent les personnes , l'Eglise et l'Etat ont leurs saisons différentes; et ces différentes saisons ont leurs bienséances qui veulent être observées.

Dans l'Eglise , il y a des temps de sainte allégresse et de réjouissance chrétienne; et en ces temps-la , il n'y a point de rigueur qui ne se détende , il n'y a point1! d'austérité qui ne s'adoucisse ; les pierres) même sont parées extraordinairement, et!

il n'est pas jusqu'aux épines du désert qui1 ne fleurissent.

Mais cette réjouissance et ces ornemens ne sont pas de tous les iours; il y a des temps

île deuil et des saisons de pénitence, où le sac serait plus propre que la soie, ou la •cendre aurait meilleure grâce que les perles. Encetcmps-la que toutes choses sont affligées de la mort du fils de Dieu, que les autels en portent le deuil , que les cloches en sont muettes , que les cierges en ont perdu la lumière, que les marbres la sentent et la pleurent , une âme serait Lien dure et bien insensible qui ne prendrait aucune part à ce deuil public , qui n’en voudrait pas troubler une seule boucle de scs cheveux ni se défaire d'une seule mouche , qui irait à l’église comme à la foire , et qui porterait le carnaval en vanité et en luxe le jour du vendredi saint.

L'Etat a aussi ses fêtes et ses temps heureux, qui veulent être parés et qui souffrent que l'on se pare; et la vertu serait suspecte et donnerait du scandale , si elle paraissait en habits de deuil à un sacre ou à un couronnement, à un jour de traité de paix ou à un jour de triomphe.

Mais certes aussi, il n’y a pas seulement

de Uindévotion , il y a de l'inhumanité en quelques-uns, qui ne distinguent point les saisons, qui aigrissent le sentiment des misères générales par la montre de leurs délices particulières , qui exposent , aux yeux d'un public mendiant et affamé , des profusions qui pourraient lasser les désirs d'un roi et épuiser les finances d'un royaume.

Ces gens-là ont-ils composé *avec la fortune ? Ont-ils des garans et des titres d'une prospérité perpétuelle ? Sont-ils assurés que le mauvais ange qui va de maison en maison , ne passera point devant leurs portes, et qu'ils n'auront point de part à la punition publique ? Une telle grâce est plus à craindre qu'a désirer ; ce serait moins un privilège qu'une excommunication ; et il n'y a que ceux qui sont retranchés de la société des hommes, qui ne sont point châtiés avec les hommes.

Mais s'il n'y a point de maisons privilégiées , si l'ange exécuteur entre partout , si la tempête est générale, si le feu qui est

aujourd'hui chez leurs voisins prend demain chez eux , n'est-ce pas ou une étrange dureté ou une étrange délicatesse d'assister en habit de fête à la ruine de sa patrie , d'être couronné et parfumé dans un deuil public, de faire des bouquets et de se parer à la lueur du feu dont leurs maisons sont env ironnées ?

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