CHAPITRE XII
De V ornement de l’âme qui doit accompagner l’ornement du corps. — De la bonne intention qui le doit sanctifier.
— Pœflexions morales et chrétiennes sur l’usage des ornemens.
Il ne suffît pas que Pornement du corps soit purgé de scandale, d’artifice et de, luxe, qu’il soit accommodé aux conditions, , aux âges et aux saisons , il faut qu’il soit accompagné d’autres ornemens plus intérieurs et plus durables qui lui donnent de l’éclat et de l’esprit , qui l’honorent et le ; sanctifient.
Tertullien en fait un assortiment à sa mode , quand il propose aux dames cliré- J tiennes un fard composé de blanc d’innocence et de rouge de pudeur , un collier v fait du joug de Jésus-Christ , des pendans < d’oreilles façonnés de sa parole, et d’autres semblables atours qui parent toutes les
( j/jt7 ) '
conditions et font honneur à tous les âges ; qui ne sont sujets, ni à la bizarrerie du monde, ni à la sévérité des lois somptuaires; qui donnent de la grâce aux rides même et aux cheveux blancs ; qui font la beauté , la jeunesse et l’éclat del’âme ; qui lui sont des marques de noblesse et des enseignes de souveraineté ; qui la rendent digne de l’amour de Dieu, et la préparent à ses visites et à ses faveurs.
À tout cela il faut ajouter une grande pureté d’intention , tirée de la tyrannie de la coutume et des servitudes de sa condition , imitée d’Esther , de Judith et des autres , qui ont sanctifié la grandeur et la beauté et allié les vertus avec les grâces. Et afin de relever l’esprit de temps en temps , et le dégager de l’embarras que lui font des mouchoirs et des collets , des robes et des jupes , et tout le reste de cet attirail qui suffirait à charger quatre mulets , on le peut entretenir de quelque bonne lecture ou de quelques réflexions
qui se pourront faire sur le modèle que j’en vais donner.
t( À quoi ton tous ces ornemens qui » sont à mon pauvre corps ce que les cou- » leurs sont à une statue de terre , ce que » la neige est à un bourbier, ce qu’un » emplâtre de soie est à un ulcère ? Les
* couleurs n’empêchent pas que la pluie » qui tombe sur la statue , n’en lasse de la » boue; le bourbier ne laisse pas de sentir » mauvais sous la neige , ni l’ulcère de
* iaire mal et de se pourrir sous la soie.
» Que sert-il de luire et d’être paré , si » l’on n’a , au dedans , des parures qui ré- » pondent à celles du dehors , si l’on n’a » un esprit qui sanctifie et qui gouverne » ces lumières P Les comètes ont de l’éb clat; mais c’est un éclat de corruption » et de supplice , un éclat qui fait peur » et que l’on déteste. Les pavots ont du » lustre; mais il ont un esprit malfaisant » et une mauvaise odeur qui déshonore » ce lustre. Les roses sont peintes et par- » fumées ; mais elles sont environnées » d’une infinité d’épines qui piquent.
» Et une âme vicieuse , qui est dans un b corps paré , comme un démon dans un
» temple , y est-elle moins tourmentée de » sa mauvaise conscience ? Sentira-t-elle » moins le feu de son supplice , quand le » temple sera ruiné P
« Mais n’est-ce point des péchés de mon » père et de la matière de sa damnation ® que je me pare ? Ces perles ne sont-elles » point des larmes du pauvre ? Ces do- » rures sont -elles bien nettes du sang de » l’orphelin et de la veuve ? JS’ y a-t-il rien » de la sueur et de la substance du peuple » en ces jupes ?
« Qui mPassurera que ce n’est point une » victime destinée au fer et au feu de la » justice divine , que je pare P Combien y » en a-t-il maintenant sous ce fer et dans » ce feu , qui ont été les idoles de leurs » siècles , qui ont mené les rois et les » conquérans en triomphe PEt si la justice » divine faisait grâce d’une seconde vie à » quelqu’une de ces malheureuses , pas- » serait-elle le temps à se tordre les che- » veux et à s’appliquer des mouches ?
»> Que sais-je si je n’arriverai point à la » même fin par la même route ? Que sais-je
» si , de mes diamans et de mes perles , il » ne se fera point un jour des flammes et » des charbons ; si , de mes toiles d’or et » d’argent , il ne se fera point de robes ar- » dentes qui me brûleront éternellement?
» Que répondrai-je à Dieu , quand il me » reprochera que j’ai fait plus d’état de » mon teint que de sa grâce , que j’ai » moins appréhendé le désordre de ma * » conscience que le désordre de mes che- » veux , qu’une petite sécheresse sur la » main m’adonné plus d’inquiétude que !
» six ulcères dans Pâme , et que ma vie a » été comme la vie d’une poupée , toute en » habit et toute en montre ? »
De semblables réflexions soutiendront »
l’esprit et l’empêcheront de se plonger dans la matière ; elles le dégageront du présent et lui feront jeter la vue sur l’a- ; -venir ; pour le moins , elles seront cause ' que toute la matinée ne s’en ira pas à rien , et que , parmi les bagatelles , il y aura quelque chose de sérieux qui instruira la vanité et la tiendra sous la disci pline.
( rôl )
*.fr++ + ***4. + + * + * + * + * + *+++4'*;+^ + + **44**4 + + + 4 *