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qui me reste à faire en ce dernier livre, où, considérant la Dévotion de plus près et par ce qu'elle a d'intérieur et d'essentiel, je montrerai que les hautes contemplations ne lui sont point nécessaires , qu'une médiocre application d'esprit et une perfection médiocre lui suffisent, et qu’il n'y a rien que de facile dans les devoirs et dans les charges qu'elle impose.
Premièrement , l'élévation d'esprit nécessaire àla science n'est point nécessaire à la Dévotion : c'est une vertu qui est plus du cœur que de la tête, et il lui faut plus de chaleur que de lumière. Les apôtres et les disciples , qui ont été les premiers dévots, n'étaient ni de l'école de Platon, ni de celle d'Aristote; c'étaient ( comme parle saint Justin ) des hommes tout de fdets et d'étoupes , nourris dans des barques et parmi des rames.
Dans l'Ecriture sainte , il se voit des chérubins à tête de bœuf, qui ont autant de feu et qui sont aussi près du trône de Dieu que les chérubins à tête d'homme.
Le lézard qui se traîne sur ses mains (comme dit le sage' .; monte jusqu'au faîte des plus hauts palais; et chez les rois même, il est logé plus haut que les rois : et l'aigle qui a de si fortes ailes et qui est née si voisine du soleil , descend de ce haut voisinage pour une charogne demirongée et demi-pourrie, que des loups et des chiens lui ont laissée.
Secondement , l'élévation qui fait les contemplatifs , ne fait pas toujours les saints. Les comètes ont leur hauteur et leur lumière , aussi bien que les étoiles ; et il y aura tel faiseur de méditations qui sera méconnu du Fils de Dieu, aussi bien que tel faiseur de miracles ; il y aura tel contemplatif renvoyé, aussi bien que tel prophète désavoué, et telle vierge chassée de la noce.
D'ailleurs, il y a peu de vrais contemplatifs, même dans le désert et parmi les anachorètes ; et il y a nombre de vrais dévots, même dans la cour et parmi les gens du grand monde.
Le Fils de Dieu aussi, qui eut si grand soin de déployer devatft ses disciples le dessein du christianisme, de leur en montrer la juste forme et leur en marquer tous les traits, n’en choisit que trois pour êtreles spectateurs de ses nuits illustres et les témoins de ses catastrophes. Et parmi tant de dogmes et tant de règles de mortification, d’humilité , de patience , qu’il nous a laissées , il ne se lit pas un mot qui enseigne la contemplation , comme il ne s’en lit point qui enseigne la prophétie ni l’art des miracles.
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