‹ La dévotion aisée;Chapitre 57 sur 65 · CHANT III · texte numérisé non relu

CHANT III

Du (eu de sédition allumé par les Jésuites.

Mais il s’élève un autre orage:

O Dieu, l’effroyable ravage!

Quelle étrange combustion !

C’est un feu de sédition !

Et c’est Darouy, le Jésuite ,

Qui le soulève et qui l’excite.

Ce grand aventurier romain À formé le vaste dessein D’abattre sous le joug de Rome Tout ce qui porte le nom d’homme.

Ce mathématique artisan,

Grand canonnier du Vatican , Poussé d’une ardente furie.

Vient de planter sa batterie,

Et veut, en brûlant le Palais , Mettre en cendre tous les arrêts.

Il veut, sur nos lois renversées ,

Et sur nos libertés forcées.

Par une étrange invention ,

Établir l’inquisition.

Il dit que c’est le saint office ,

Le tribunal de la justice.

Et qu’elle ne prononce rien Qui ne soit et juste et chrétien.

C’est elle pourtant qui prononce,

Par une funeste réponse ,

En faveur du crime mortel Du parricide Jean Chatel.

C’est ce saint office profane Qui prostitue et qui condamne L’arrêt si saint du parlement Contre l’horrible emportement Et l’exécrable violence Du meurtrier de notre France.

Darouy sait cet attentat Qu’elle a commis contre l’état ;

Et lui qui le sait et l’avoue ,

Y consent encore et la loue !

11 soutient, dans sa passion ,

Qu’enfin cette inquisition Est un oracle inviolable ,

Toujours saint, toujours véritable.

Et qu’en un mot « tous les Français ,

» Qui ne reçoivent pas ses lois >* Comme des règles canoniques 1 ,

» Sont moins chrétiens que politiques. >»

1 Prseter accersifos è sacris paginis contra Copernicanatn arcem canones, excutiunture è Vaticano fulmina ; proferturque senleniia congregalionis cardinalium inqui sitiortï præfectorum , qui lerræ rnobilis non larn liypoihesim quarn ibesirn légitima in Galilæo censura proscripsere , cujus quidem censuræ auctoritas, ut nulla sit apud audaciores aliquot mathcniaticos quant religio siores , rnagni lamen ponderis est apud eos, qui non tan tùm quod ecclcwa præcipiat . veruniciiam quo propen

Quel discours ! et qui l’eût pensé Qu’un jour il serait prononcé,

Hardiment, sans honte, en présence Du premier parlement de France;

Que tant d’illustres sénateurs En seraient un jour auditeurs;

Et que, par le moyen oblique D’une thèse mathématique ,

Les Jésuites captieux.

Assemblant le sénat chez eux ,

Lui feraient entendre à lui-même L’insolence de ce problème?

Certes, cet auguste sénat.

Juge et témoin de l’attentat,

Pourrait , par un droit bien solide ,

Relever cette pyramide1 ,

Que, par la plus sainte des lois.

Il leur lit dresser autrefois , $

Lorsque leur perfide cabale Eut blessé d’une main fatale Ce roi digne de mille amours,

Et que nous pleurerons toujours ,

deat observant accuratc. An hæc vero censura eontrover- j siæ plane decretoria sit nibil bic pulo necesse dicere ; ; salis est ad rem nostrani quod ilia quale sit tenendumà*. nobis iter ostendat. ( Thèse de mathématique du P. Da- ' rouy , Jésuite , de l’année i665.)

1 En 1594, le parlement lit dresser une pyramide à 1 l’infamie des Jésuites complices de l’attentat commis ; par Jean Chalel en la personne du roi Henri le Grand

Henri le grand, le bon, le juste.

Le fort , l’invincible , l’auguste ,

Qui, malgré toute leur fureur,

Respire encor dans notre cœur ,

Et qui, par sa gloire immortelle,

A rendu leur honte éternelle , Quoique, par leurs soins assidus ,

La pyramide ne soit plus.

Ali ! que le dessein serait sage D’en refaire au moins une image.

Et là, d’un encre toujours frais Et qui ne s’effaçât jamais.

D’une incorruptible écriture.

Marquer à toute la nature Jusqu’où ces ennemis d’état Osent porter un attentat;

Décrire leur perfide guerre

Dans la France et dans l’Angleterre :

lies alarmes de Commolet ,

Les stratagèmes de Guéret,

Garnet incitant la Fougade ,

Barrière animé par Yarade ,

Guinard mais je sens que l’horreur

M’arrête la main et le cœur.

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