CHANT Y
I)u feu de la vengeance allumé par les Jésuites.
Pousse, perce, crève, romps, tue.
Bon Dieu ! j’ai l’âme tout émue !
D’où vient donc cette voix de mort?
Ah! c’est de ces feux qu'elle sort!
Ou sommes-nous? quelles tempêtes!
Il pleut des foudres sur nos têtes;
Tout fume, tout est enflammé;
L air n est plus qu’un soufre allumé;
Et c’est une injuste vengeance,
Qui fait ces feux et qui les lance.
Ce sont les Jésuites vengeurs De leurs insolentes erreurs ,
Qui , par des brigues criminelles,
Excitent ces flammes pour elles.
Ce sont eux qui , dans leurs écrits,
J ettent ces effroyables cris ;
Ce sont ces docteurs homicides Qui forment des desseins perfides;
Qui disent que , dans un procès ,
Pour en avoir un prompt succès.
Il y faut, d’une main hardie.
Tuer juge , témoins, partie »,
1 Tentât falsis tesUbus mihi delictum imponere vol
Et, sans rien attendre du sort.
Se faire un plein droit par leur mort.
Ce sont eux ( mais peut-on le croire ? ) Dont la doctrine sanguinaire Enseigne les assassinats ,
Les guet-apens, les attentats,
Et n’estime l’âme d’un homme Qu’une pomme 2 : ô ciel ! une pomme !
Ce sont enfin ces imposteurs Ces impitoyables auteurs ,
Qui , par d’exécrables maximes , Permettent d’imposer des crimes ,
Et qui , s’étant rempli le cœur ,
De fiel, d’amertume et d’aigreur,
Vont vomir ce cœur plein d’ordure,
Sur l’innocence la plus pure.
On voit, depuis plus de vingt ans.
Ces cœurs dans le mal si constans.
Tous, avec des bouches immondes.
Jeter leur fiel comme des ondes,
Et faire un torrent écumeux,
Toujours bouillant, toujours fumeux,
omninc* occulturn propalare. Possumne vel lestes, vel adversarium, vel etiam judiceni occidere quando aliam evadeudi viam non liabeo ? possurn. ( Tambourin , Jésuite Explicatio Decalogi , lib. 6, n. 16. )
1 II est permis de tuer pour un écu , et même pour une pomme ( ant pro porno ), quand on estime qu’il est honteux de la perdre. (Lessius, n. 68. )
Dont le flux libre et sans obstacle^ Montant jusqu’au saint tabernacle , Répand tout ce qu’il y a d’horreur Sur les ministres du Seigneur.
Ils voudraient, ces malheureux Pères, Effacer les saints caractères ,
Et cacher les titres des cieux Sous mille noms injurieux.
Toujours parlant de Jansénistes,
De Cyranistes, d’Arnaldistes,
Ils ne sauraient rien voir de bon Sans le gâter par un faux nom.
Jusque là leur fureur s’échappe Que lorsque l’on fit voir au pape Ce juste écrit si modéré.
En trois colonnes séparé ,
Annat aussitôt sur l’affaire Trouva le nom de Colomnaire;
Et, par ce faux nom seulement,
Fit une secte en un moment.
De là tous ces noms d’hérétiques ,
De scandaleux, de schismatiques, D’excommuniés, d’imposteurs.
D’hypocrites , de novateurs ,
De chiens muets et pleins de rage.
De loups qui cherchent le carnage ; Comme si, tout d’un même coup.
L’on pouvait être chien et loup.
Mais qu’importe à des cœurs parjures.
Pourvu qu’ils disent des injures!
îls pensent peu, dans ce moment,
Si ce qu’ils disent les dément.
La preuve n’en est que trop claire Dans ce Meynier si téméraire.
Dans ce Jésuite furieux.
Qui, par un discours odieux *,
Plus cruel enCor que le glaive,
Joint le Port-Royal à Genève,
Et le déclare insolemment Ennemi du Saint-Sacrement.
O ciel ! quelle horrible imposture !
O Dieu! l’insupportable injure!
Un Jésuite a-t-il mis son nom A cet ouvrage d’un démon 1 Et par quelle aveugle manie T*i’a-t-il fondé sa calomnie Que sur un livre si pieux1 2.
Qui la ruine en cent et cent lieux?
Un livre où la foi de l’Église Est si fidèlement comprise;
Un livre qui partout est plein D’un culte entier et souverain ,
D’un amour sincère et sans feinte, Et de cette fidèle crainte
1 Livre du P. Meynier, imilulé : Le Port-Royal d’intelligence avec Dieu, ovecGenève, contre te très -saint sacre-, ment de l’autel.
:! Le livre de la Fréquente Communion par M. Ar* nauld , docteur de Sorbonne.
Que la présence du Seigneur Doit faire naître au fond du cœur;
Un livre, enfin, dont la doctrine Pure , inviolable, divine ,
Jette de merveilleux éclats Sous le nom de quinze prélats.
Cependant c’est ce livre même A qui Meynier dit anathème,
A qui cet injuste écrivain Impute l’erreur de Calvin ,
Non point par un coup de colère ,
Ou par une haine légère ,
Mais par un crime concerté ,
Écrit, imprimé, débité,
Aussi public , aussi lisible Que le Catéchisme et la Bible :
Car les Jésuites, comme on voit, Pèchent sans crainte et de plein droit.
La retenue et le silence Feraient affront à leur puissance;
Et ces esprits présomptueux Auraient honte d’être honteux.
Témoin l’extrême effronterie De ce Yavasseur en furie.
Qui tempête, jure, maudit.
Crève de rage et de dépit,
Et dit tout ce qu’il sait d’horrible , Contre un pasteur, prudent , paisible * ,
1 M. Càlaghan, docteur de Sorbonne.
Sans aigreur, et qui ne pensait Qu’au petit troupeau qu’il paissait.
Hélas ! ce pasteur sans envie.
Si réglé dans toute sa vie ,
Était un pasteur sage et doux.
Qui ne haïssait que les loups.
Mais c’est ce qui causa la rage De ce Jésuite anthropophage ;
C’est ce qui lui troubla l’esprit Dans cet abominable écrit.
Où , tout d’un coup , sans reconnaître Ni le caractère de prêtre ,
Ni l’emploi sacré de pasteur ,
Ni la dignité de docteur.
Le premier mot qu’il ose écrire ,
C’est : Si ce prêtre est un satyre r .
Mais , bon Dieu ! nous dira-t-il bien Si lui-même il est un chrétien ?
L’en croira-t-on sur ses blasphèmes , Lui qui, sans crainte des cieux mêmes , Fait un outrage si cruel Au ministre du saint autel ,
L’appelle reste de naufrage.
Monstre affreux vomi par l’orage , Bourreau, scélérat, furieux.
Haï de la terre et des cieux ,
1 Écrit du P. Vavasbeur , Jésuite , intitulé Cataghe *nui an satyrus.
Bète féroce, tête indigne.
Gros bouvier, brutal , âne insigne, Mulet d’Auvergne, homme chétif.
Sordide, pendard, fugitif r.
Et ces mots redoublant encore Ee feu cache qui le dévore :
Ou sont donc , dit ce furieux ,
Où sont les fers , où sont les feux.
Les prisons , les cachots , les chaînes ? Qn on lui donne toutes les gênes !
Qu’il meure ! voilà son arrêt.
Quoi! le bourreau n’est-il pas prêt?
Vite, il faut fouetter, brûler, pendre, faire du sang et de la cendre.
Que tarde-t-on? n’est-ce pas fait?
Est-ce qu’on manque de gibet?
Tôt, qu’on en fasse un, je le paie ;
Et si, par un sort qui m’effraie.
Furcifer atque Iransfuga (p. 4 ). Quid ais belln tZ' 0 noo paViar^6 110
' ,Ca'5ane ”“■> adnmiit illuslrissimus ordo h;
reticos , non recipjt damnatos; perditos profitai non palitnr ( p. 6 ). Quis le alienigena vili et abîec capite teqno animo ferai ! quis non magis in biberiia
ad pecora rfclegandum pronuntie ira belln a bon
tenebris emersus et «Trdidus^ ferl ô 1 ' 7l'n il,iu« (Bnsacier), laude co, - i\'. ’ 21)* 0u'd est eigo, ô asine insignis f ni
poilus velisle Alverniæ mulum ) quam ol. rem iube-
" '"f arC,ldicu“ - ■>■>. libi sorbonk
elnisü ^ ,cKere Hcutrit ( p. ,4). Homo lerr "7” !"*“*•••• “■»«> « »nu naufragum evonmeril
Les hommes ne le font mourir.
Que les dieux le fassent périr 1 !
Les dieux! eh ! quel est ce langage?
Qui donc parle avec tant de rage ?
Est-ce là la voix d’un chrétien ?
Pour moi je n’entends qu’un païen,
Un barbare, un sauvage, un Scythe;
Et cependant c’est un Jésuite !
Mais que lui répondre, après tout?
Comment commencer? par quel bout?
Puisqu à peine 1 on peut comprendre Ce que sa fureur fait entendre.
Et que plus même on le comprend, Plus l’étonnement en est grand.
Et plus l’horreur de ce qu’on pense Force et réduit l’âme au silence.
Que dire encore à Brisacier!
Cet homme de flamme et d’acier.
Qui forge, bat, trempe, manie Tous les traits de la calomnie ;
Qui fait de cent sortes de dards ,
Et veut percer de toutes parts
1 Quid erat promptius quam sceleslam illam lingunm l facemmam rescinder ( pag. 5 j. NuIIane Blesis rinciila nullusm carceribus locus, nulla crux , nullus ramifex ? scribe quæso ; hahemus hic omnia , ferrum gnes, rotæ non desunt, vacui carceres, libéra er»a«ula , ot.osus tortor, ne dubites ; crucem. si desif, mabm neis surnpfibus impendere (pag. 20, 21).
Ceux dont la vertu trop sincère Pique son injuste colère.
C’est lui qui , d’un style de fer ,
Les nomme des portes d’enfer 1 ,
Et leur dit d’un ton effroyable Qu’ils sont des pontifes du diable.
Mais que lui répondre en effet.
Sinon que l’outrage est parfait ,
Et que , comme dans la gravure De quelque fameuse figure On met sur l’ouvrage achevé ,
Un tel l’a fait ou l’a gravé;
De même à cette insigne injure ,
Cet original d’imposture,
On n’a qu’à mettre d’un seul trait ,
Le Père Brisacier l’a fait. ;
C’est encor Brisacier lui-même Qui , sans chercher de stratagème.
Sans vouloir prendre aucun détour; Hardiment, sans crainte, en plein jour.
Outrage des vierges sacrées ,
Et les nomme désespérées:
Elles dont l’unique bonheur Est d’espérer en leur Sauveur.
Il les appelle impénitentes,
Ces vierges vraiment innocentes ,
1 Ii les fallait charger généreusement et dire sans scn: pule et sans crainte que c’étaient des pontifes du diable e, des portes d’enfer. (P. Brisacier, Avis au lecteur, pag. 8 dans son J ansénisme confondu. )
Qui n’aiment que l’austérité ,
La retraite , la pauvreté.
Et qui , dans leur chaste innocence.
Font encor plus de pénitence Pour y pouvoir persévérer.
Que s’il fallait la réparer.
Ce sont, dit-il, des vierges folles; Mais, après ces fausses paroles ,
Qu’il sorte d’entre les chrétiens ,
Qu’il s’en aille avec les païens , Puisqu’avec eux sa voix publie Que la croix est une folie.
Ce sont , poursuit cet imposteur.
Ce lâche et fier persécuteur ,
Ce sont des asacramentaires ;
Étrange et faux nom de sectaires.
Qui, selon son emportement ,
Y eut dire être sans sacrement.
Sans sacrement *, ces vierges saintes!
Ces âmes de la grâce empreintes ,
Ces cœurs pleins d’un céleste amour.
Sans cesse adorant nuit et jour Le sacrement saint et suprême Où Dieu se renferme soi-même.
1 Les Glles de Port-Royal ont pour règle de mourir sans sacrements , pour imiter le désespoir de Jésus- Christ; et qu’observant ces règles, elles feront une nouvelle religion de filles impénitentes , de désespérées , de vierges folles , et tout ce nu'il vous plaira. ( 4 part.)
Ët veut sur ses propres autels Être immolé pour les mortels !
Leur vive foi les. sacrifie Avec cette adorable hostie ,
Et là , dans une pure ardeur ,
Chacune , en lui donnant son cœur > Devient la victime fidèle De cette victime immortelle.
Mais Brisacier , ce forcené ,
Cet homme au crime destiné.
Ce ministre de l’injustice.
En fait un autre sacrifice ,
Et d’un style plus outra geux Ni que les fers ni que les feux ,
Marque partout sa violence ,
Et les immole à sa vengeance.
Comme on voit qu’un cruel vautour , Chassant dès la pointe du jour.
Armé de ses serres mortelles ,
Poursuit les chastes tourterelles ,
Et fondant sur leurs pauvres nids *
D’un simple feuillage garnis ,
Soûle sa meurtrière envie.
Et les mange toutes en vie ,
Leur cœur n’ayant pas expiré Lorsqu’il est déjà dévoré :
Brisacier, encor plus farouche.
Ouvrant sa dévorante bouche ,
Blesse l’inviolable honneur Des saintes vierges du Seigneur ,
De ces amantes plus fidèles Que les plus chastes tourterelles ,
Et qui , par des charmes si doux ,
Font que Dieu même est leur époux ,
Et qu’il se plaît à les entendre ,
Dans l’excès d’un amour si tendre ,
Remplir son temple des soupirs Que poussent leurs chastes désirs.
Mais c’est là, c’est où ce Jésuite,
Avec son infidèle suite ,
Y a leur faire sentir les coups D’un impitoyable courroux.
C’est où s’emporte sa vengeance ,
A toute force, à toute outrance.
Et tant qu’enfin ce furieux ,
Excitant lexîourroux des cieux ,
Yoit sur sa damnable entreprise Tomber les foudres de l’église T.
Ainsi les Jésuites, brûlans,
De toutes parts étincelans.
Jettent le feu de leur vengeance ,
Non pas seulement dans la France,
Mais parmi cent peuples divers ,
Ou plutôt dans tout l’univers.
L’Allemagne en sait une histoire Qu’à peine certe on pourra croire.
1 Censure de monseigneur l’archevêque de Paris contre le livre intitulé, le Jansénisme confondu , par le P. I5risacier , à Paris, le 29 décembre i65i.
Tant ces Brisaciers allemands Ont d’étranges emportemens ,
Jusqu’à Lattre avec violence *
Des vierges d’illustre naissance ,
Et les traîner publiquement,
Sans respect , sans ressentiment.
Sans... Mais c’est un fait qu’il faut lire , J’en suis trop touché pour l’écrire ;
Et puis je vois d’autre côté Un autre incendie excité.
1 Astrum inextinctum Patris Hay benediclini.