‹ La dévotion aisée;Chapitre 61 sur 65 · CHANT VII · texte numérisé non relu

CHANT VII

Le feu d’impureté allume par les Jésuites , dans leur énigme de l’année i663.

C’est par de semblables maximes Que ces gens, qui sont faits aux crimes , Ont mis Cupidon sur l’autel ,

A la place de l’Éternel.

Dans leur énigme épouvantable,

Tous les dieux de l’ancienne fable Se jouaient sans habillement À l’ombre du saint sacrement.

Jupiter, le maître des nues ,

Avait les cuisses toutes nues ,

Et l’on aurait franchement dit Qu’il venait de sortir du lit.

Junon, cette déesse alerte ,

Était librement découverte,

Et montrait de certains appas Que la pudeur ne nomme pas.

Au côté droit de cette belle.

Le dieu Momus, aussi nu qu’elle,

Lui jetait un regard brillant.

Et cajolait tout en raillant.

Cependant Saturne le père,

Ayant une faux plus légère.

Et rajeuni de la moitié ,

Lui coupait l’herbe sous le pié.

Parmi ces plaisantes figures Et ces chatouilleuses postures,

Cupidon , ce petit vilain ,

Etait aussi nu que la main ,

Impudent comme un petit singe.

Sans habillement et sans linge ,

Et cet amour trop indiscret N’avait rien du tout de secret.

V oilà cette effroyable image À laquelle on rendit hommage ,

Et que l’on mit publiquement Plus haut que le saint sacrement!

Voilà cet indigne mystère Qu’ils placent dans le sanctuaire !

Voilà ces chimériques dieux Dont ils sont les religieux!

Pour ces faux dieux, auteurs des crimes. Ils prennent de jeunes victimes ,

Dont le tendre tempérament Peut s’enflammer en un moment.

Ces enfans qu’on leur abandonne.

Et dans qui tout le sang bouillonne ,

C’est ce que leur vœu criminel Destine à ce profane autel.

Mais après ce faux sacrifice ,

Tout plein d’ordure et d’injustice.

On vit ces dévots de Junon Et ces prêtres de Cupidon

Faire une ballade impudique Oui fut une honte publique.

Sous le nom tant de fois chanté Bu Ballet de la vérité .

CHANT YIII.

Du feu d’impureté allumé par les Jésuites, daus leur ballet de l’année i665 , intitulé Ballet de la Vérité.

Ce fut où ces Pères coupables ,

Pour paraître plus véritables ,

Et montrer un cœur ingénu.

Mirent le crime tout à nu.

On vit une troupe enflammée ,

De l’esprit d’enfer animée ,

Qui , sortant des plus sombres lieux.

Tout d’un coup vint sauter aux yeux ,

Et par des efforts impudiques ,

Des sauts frisés , des pas lubriques ,

Fit un épouvantable ébat Qu’on n’a jamais fait qu’au sabbat.

Là , le sorcier et la sorcière ,

Tant par devant que par derrière, Montraient d’horribles passions.

Dans leurs infâmes actions.

Ils se donnaient des embrassades Aussi rudes que des ruades ,

Et, dans cet infâme haras.

Faisaient l’amour à tour de bras.

De plus en plus croissaient les flammes: Les hommes excitaient les femmes ,

Et tous , ennemis du repos ,

Pied contre pied , dos contre dos , Paraissaient , dans ces sales fêtes ,

Bien moins des hommes que des bêtes ; Et l’on ne voyait rien d’humain Sous ce masque indigne et vilain.

L’homme n’était plus connaissable ,

Sous cette image épouvantable ;

On n’y voyait plus un seul trait De cet adorable portrait ,

Par qui la bonté souveraine S’est peinte en la nature humaine.

Ce n’était que feu , que fureur ,

Que dérèglement et qu’horreur;

Et, dans ce malheureux orage.

Une luxurieuse rage Poussait ces horribles momons A contrefaire les démons.

Là, se donnant mille tortures.

Ils péchaient en mille postures ,

Et faisaient , dans ces faux appas , Autant de crimes que de pas.

De haut, de bas, adroite, à gauche, Tout leur corps était en débauche ,

Et dans leurs transports violens,

Dans leurs impétueux élans ,

Dans leurs fougueuses pirouettes ,

Leurs écarts, leurs tours, leurs courbettes , Et tous leurs sauts précipités ,

On eût dit qu’ils s’étaient frottés

De cette graisse ensorcelée Qui donne une haute volée ;

Car enfin ces sorciers volaient.

Plutôt (Ju’ils ne capriolaient.

Dans un mouvement de tonnerre , Ces danseurs ne touchaient pas terre.

Et semblaient porter jusqu’aux cieux Des combats si luxurieux.

Enfin, ces monstres détestables.

Et dans le crime insatiables ,

Après tant d’efforts et de coups.

Etaient las et n’étaient pas soûls.

La rage tenait lieu de force ;

Et par une dernière entorse ,

Ils firent sous un sale joug Tout ce qu’on fait autour du bouc.

Alors les passions immondes,

Sortant des nuits les plus profondes , Vinrent, dans une grande cour.

Souiller la lumière du jour ;

Et là , les horreurs étalées Et les saletés dévoilées Forcèrent la terre et les cieux De voir ce spectacle odieux.

Répondez maintenant, mes Pères; Mais parlez en termes sincères :

Faites-vous donc profession D’une insolente passion ,

Forçant l’honnêteté publique Par une danse si lubrique?

Parlez donc : vos arcs triomphaux N’étaient-ils si grands et si hauts ,

Et faits avec tant d’artifices ,

Que pour le triomphe des vices ?

Et tout ce palais enchanté,

Etait-ce pour l’impureté?

Répondez-nous , Pères infâmes :

N’aviez-vous invité les dames Qu’afm de les faire rougir Par vos sales façons d’agir?

Mes Pères , qu’avez-vous à dire ?

Et que préparez-vous d’écrire,

Pour excuser une action Si pleine d’exécration?

Ce n’est pas une promptitude :

C’est un emploi, c’est une étude,

C’est un conseil où le hasard N’a point eu de lieu ni de part.

Ce ne sont pas de ces pensées Qui viennent sans être forcées ,

Et dont les cœurs et les esprits Se trouvent tout-à-coup surpris.

Non, vos desseins sont trop grotesques; Yos sentimens sont trop burlesques;

Et , pour en rencontrer quelqu’un ,

11 faut sortir du sens commun.

Il faut aller prendre ces choses Au-delà de toutes les causes;

Et ces fantasques faussetés Coûtent plus que des vérités.

Oui , toutes ces vaines idées,

Dont vos âmes sont possédées ,

Ne sauraient venir que de loin,

A force de temps et de soin ;

Et comme jamais l’imposture Ne se trouve dans la nature.

Il faut que, par un art exprès,

Vous ayez forgé ces faux traits.

Avouez-le , révérends Pères ; Combien ces vilaines chimères Vous ont-elles causé d’ennuis.

Et donné de mauvaises nuits !

Car encor que ces sots mensonges Ne soient que d’impertinen s songes.

Vous savez trop certainement Qu’on ne les fait pas en dormant.

Et si vous nous vouliez tout dire.

Vous nous diriez bientôt, sans rire,.

Que ces sentimens vicieux Portent leur supplice avec eux;

Que ces conceptions hideuses.

Comme des couches monstrueuses , Donnent un tourment sans égal Et ne produisent que du mal.

N’est-il pas vrai que cette danse Vous a fait perdre contenance.

Et que , dans ce ballet gêné,

La tête vous a bien tourné ?

O qu’une action si vilaine Vous coûte de temps et de peine !

li faut l’avouer entre nous :

Car enfin comment nieriez-vous Que cette ballade emportée Ne fut pas long-temps concertée , Puisque c’étaient de longs concerts Qui faisaient retentir les airs ?

Vingt violons, tous de mesure..

Par le son marquaient la figure ;

Et la figure et la façon Aussitôt répondaient au son.

Tous vos danseurs et vos danseuses , Dans ces mascarades honteuses ,

D’un sot geste et d’un pas brutal , S’accordaient à faire le mal.

D’autres que vous, dans cette affaire.

Ne sauraient que dire et que faire :

On les verrait tous confondus.

Et ce seraient des gens perdus.

Mais vous avez une morale Dont l’autorité sans égale.

Par un détour d’intention,

Ou par quelque restriction.

S’en va faire un ouvrage insigne De l’action la plus indigne;

Et souvent l’on est étonné Qu’après qu’elle a fait et tourné , L’injuste devient légitime.

Les vertus renaissent du crime ,

Et l’on doit enfin couronner Ce que l’on voulait condamner.

Cette morale à toute guise ,

Qui farde, qui peint, qui déguise.

C’est justement ce qu’il vous faut Pour couvrir ce honteux défaut.

Elle louera votre magie.

Elle en fera l’apologie;

Ou plutôt c’en est déjà fait.

Puisque , sans former un seul trait , Cette autre Apologie ancienne Si grande et si molinienne ,

Que votre morale vous fit ,

Est propre en ce cas, et suffit.

Elle permet d’être perfides , Impurs, séducteurs, homicides, Pourvu qu’on ait l’invention De diriger l’intention.

Vous direz donc avec instance Que , dans cette lubrique danse , Tout votre esprit était porté A nous prêcher la pureté ;

Et que , par une sainte adresse ,

Par une pieuse finesse ,

Vous avez découvert aux yeux Le crime le plus odieux.

Afin qu’étant vu dans lui-même , On en prît une horreur extrême ;

1 Apologie pour les Casuistes , condamnée à Rome et par toute l’Église de France.

Rien n’étant plus ingénieux Pour corriger les vicieux.

Que de leur exposer le vice Dans tous les traits de sa malice;

Et c’est pourquoi fut inventé Le Ballet de la Vérité .

Voilà quelles sont leurs répliques.

Qui sont d’autres flammes obliques;

Car , du premier au dernier bout ,

Ce n’est enfin que feu partout.

Mais parmi des flammes si fortes Et de tant de diverses sortes.

Tant de brasiers de vanité,

Tant d’éclairs d’impudicité,

Tant de tonnerres d’arrogance.

Et tant de foudres de vengeance ,

Ces gens n’ont pas la moindre ardeur Du chaste feu de la pudeur.

Soit qu’ils mentent, soit qu’ils trahissent. On ne voit jamais qu’ils rougissent;

Et ces hommes si dangereux Font rougir les autres pour eux.

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