CHANT IX
O que c’esl que le Jansénisme, que l’on prétend brûler dans tous les libres qu’on brûle.
J’aurais bien voulu pouvoir taire Tous ces maux qu’ils ont osé faire; Mais cette longue vérité Etait de la nécessité ,
Pour bien connaître la nature De cet Onguent a la brûlure :
Car, suivant l’ordre général.
Lorsque l’on veut guérir un mal ,
Il faut d’abord, sur toutes choses.
En bien reconnaître les causes;
Et c’est pourquoi j’ai dû parler De ces gens qui font tout brûler; Comme aussi , par cet aphorisme , Je dois parler du Jansénisme , Puisqu’enfin c’est sous ce faux nom Que l’on jette au feu la raison.
La grand’bande des Molinistes Ne parle que de Jansénistes;
Et, depuis plus de quatorze ans, En épouvante les enfans:
Leur faisant dire au catéchisme.
Dieu nous garde du Jansénisme,
De ce monstre que Lucifer A vomi du creux de l'enfer !
Un jour un Père tout en flamme 1 , Ayant long-temps appris sa gamme ,
La vint chanter en un sermon ,
Criant à force de poumon:
« Le Jansénisme est dans le monde,
» Comme l’hydre en poison féconde,
» Qui, d’une goutte de son sang,
« Faisait naître un nouveau serpent ,
» Et qui n’eût point été vaincue,
» Sans Hercule et sans sa massue. »
Certes , cette comparaison ‘
S’accorde fort à la raison ;
Car enfin cette hydre effroyable
Et ce Jansénisme exécrable i
Ont beaucoup de conformité :
Et tous deux n’ont jamais été.
Tous deux ont cela de semblable Qu’ils sont fort chantés dans la fable.
Et que les Pères fabuleux Parlent très souvent de tous deux.
Mais par là meme il est visible Que ce Jansénisme terrible N est qu un spectre faible et nouveau Formé dans le creux du cerveau;
1 Lf F Brisaeier , Jésuite, dans un sermon prêche dans 1 église de Samt-Solenne, à Blois, le 29 mars ij65i.
Que cette hérésie étonnante N’est qu’une parole sonnante ,
Un terme purement vocal Qui n’a rien du tout de mental ;
Car s’il en avait quelque chose , Certes, depuis que l’on en glose ,
Je crois qu’on aurait achevé.
Et qu’enfin quelqu’un l’eût trouvé.
D’ailleurs , les évêques , nos pères , Interprètes des hauts mystères , Auraient justement éclairci Le mystère qu’on fait ici ;
Mais puisque, dans leurs assemblées Trois ou quatre fois redoublées,
Leur admirable jugement Se termine au mot seulement,
Il faut tenir pour authentique Que ce Jansénisme panique ,
Que l’on faisait si dangereux ,
N’est rien qu’un mot qui sonne creux.
Une question de grammaire Qui ne vaut pas qu’on délibère ,
Enfin n’est qu’une erreur en jus Qu’on appelle Jansénius.
Mais si ce nom que chacun nomme , Et qu’on a tant maudit à Rome,
N’est pas borné par un objet,
Ni resserré dans un sujet,
Sachez que c’est un artifice De ces professeurs en malice.
Et que , par un dessein caché ,
Ils l’ont finement détaché,
Afin que leur esprit l’applique Quand le voudra la politique; Perdant , sous ce nom malheureux, Quiconque parlera contre eux.
Ces gens naissans avec le casque, Font de ce nom comme d’un masque Ils en déguisent l’équité ;
Ils en morguent la vérité ;
Ils en font une momerie ,
Un faux jeu de bouffonnerie.
Où , comme tout Paris connaît.
Ils se sont servis de Cornet.
Cornet , le malheureux organe De cette bande si profane ,
Fut pris pour l’exécution De cette horrible invention.
Cet artisan mélancolique ,
Au fond de sa noire boutique.
Forgea cinq dogmes principaux , Qui sont cinq crimes capitaux;
Et ces cinq maximes, tournées Exprès pour être condamnées , Faisaient voir tant de fausseté Que d’abord le Pape irrité Lança fortement de sa chaire Tous les foudres de sa colère.
Ainsi, l’on doit peu s’étonner Si , d’abord on ouït tonner,
Et sî , du premier coup de foudre , Rome les réduisit en poudre;
Mais certes , les plus grands esprits Tïe sauraient être trop surpris Qu’un prélat auquel on impose.
Et qui ne fut point dans la cause ,
Au bout de cet évènement ,
Se trouve dans le jugement ;
Et qu’une trop prompte sentence Dise anathème à ce qu’il pense , Même sans quelle ait prononcé Ce que ce prélat a pensé.
Alexandre , par ses censures , Condamne les cinq impostures , Comme un œuvre d’iniquité.
D’erreur et de témérité ;
Et de plus ce pontife insiste Que c’est dans le sens janséniste :
Mais ce grand vicaire de Christ Touchant ce sens n’a rien écrit.
Sachant bien que dans cette affaire Jésus-Christ n’a point de vicaire.
Et que, pour voir au fond du cœur.
Il faut en être créateur.
Aussi, par un art fort commode, Chacun fait un sens à sa mode ;
Et même on sait que , pour le choix, On en a fait sept à la fois ,
Dans lesquels des gens assez bêtes S’imaginaient voir les sept têtes
— So —
De ce monstre horrible à l’esprit.
Que l’Apocalypse décrit.
D’autres personnes scrupuleuses ,
Après mille opinions creuses ,
Demandaient à tous les passans Quel était donc ce mauvais sens.
Et voyant qu’en cette matière ,
Chacun parlait à sa manière.
Ces dévots ont cru bonnement Qu’on leur cachait pieusement .
Et que ce sens illégitime Etait ce détestable crime.
Ce crime qu’on n’ose exprimer.
Et que Paul défend de nommer.
Mais s’il faut que l’on s’en rapporte A cette peinture si forte Qu’en a fait la Société i
Dans son Almanach 1 si vanté.
On connaîtra , par la gravure De cette fameuse figure ,
Que ce Jansénisme embrouillant IN’est qu’un songe fait en veillant.
Une peinture vagabonde
Qui long-temps a couru le monde ,
Un renversement du cerveau ,
Un chaos horrible et nouveau ,
Et semblable en beaucoup de choses Au chaos des métamorphoses.
1 Almanach fait par les Jésuites en l’année iü>54»; intitulé la Déroule des Jansénistes.
On y voit un prélat dépeint,
Avec son habit le plus saint :
Cette robe qu’il avait mise Au jour qu’il épousa l’Eglise.
Et ce prélat presque rampant A les ailes d’un vieux serpent.
C’est ainsi que le Moliniste Nous dépeint le sens janséniste.
Mais pouvait-il dépeindre mieux Un spectre superstitieux?
Et les hommes ont-ils des ailes Autre part qu’aux faibles cervelles?
Donc , à le considérer bien ,
Ce sens est un peu plus que rien :
Une glose sans aucun texte.
Un prétexte sans nul prétexte ,
Et qu’on peut nommer justement L’art de médire impunément.
Peut-être nos nouveaux apôtres , Qui sont si différens des autres , Voyant qu’un apôtre a dicté Que la sincère charité.
Lorsqu’elle n’a point d’artifices , Couvre obligeamment tous les vices Ils n’ont pas jugé qu’il fut bon De pratiquer cette leçon.
Mais , par un esprit tout contraire , Us ?e sont efforcés de faire Un certain sophisme confus Qui couvrit toutes les vertus;
Et cette espèce de sophisme ,
Est le faux nom de Jansénisme.
En effet , qu’un homme de bien Tâche d’ètre vraiment Chrétien»
Qu’il tienne son âme soumise A toutes les lois de l’Eglise ,
Qu’il rejette les fictions;
Qu’il chasse les préventions;
Qu’il suive l’ordre hiérarchique ,
Et le chemin évangélique:
C’en est fait, l’arrêt est donné,
Ses actions l’ont condamné;
Et selon l’esprit moliniste ,
C’est un pur et franc Janséniste.
D’ailleurs, quand un prédicateur.
Qui ne veut point être flatteur.
Prêche , malgré la complaisance ,
Une sincère pénitence ;
Quand , par une sainte union ,
Au discours il joint l’action ,
Quand sa conduite instruit et touche , Quand le cœur enseigne la bouche.
Et que, parlant selon l’esprit.
Il est la voix de Jésus-Christ,
Vous le croiriez un Jean-Baptiste; Cependant c’est un Janséniste ;
Et les Pères ont résolu De nommer ainsi la vertu.
De plus, une femme modeste ,
Qui, n’affectant point d’être leste »
Pare seulement sa beauté Des traits de sa pudicité;
Une humble fille de l’Eglise ,
Sage , obéissante, soumise ,
Qui ne porte point en ruban Ces vaines pompes de Satan Qui déshonorent les chrétiennes Et les déguisent en païennes.
Mais qui s’habille simplement ,
Et pour se couvrir seulement ;
Il ne faut pas qu’on y résiste ,
C’est une double Janséniste.
Tous les Jésuites le diront.
Et, s’il le faut , le signeront.
Tout de même un sujet fidèle.
Qui, portant un cœur plein de zèle.
Grave , avec plaisir , au milieu ,
Qu’il n’a qu’un roi, non plus qu’un Dieu, Et que tout ce que Rome jape Des prétendus pouvoirs du Pape ,
Du droit de déposer les Rois,
De rompre et d’abolir leurs lois ;
Tout cela n’est qu’une erreur vaine.
Et pour dire encor plus romaine.
Mais certes , prenons garde ici ,
Car quiconque ose écrire ainsi Est un.... et sans nulle dispense Un Janséniste par essencc.
Enfin, c’est un point arrêté Par la grande Société,
Que l'amour de la pénitence , L’humble et la solide science , L’étude de la vérité.
Le respect de l’antiquité ,
L’imitation des saints Pères,
La révérence des mystères ,
La soumission pour les lois ,
La fidélité pour les rois,
La discipline canonique.
Et la morale évangélique ;
Tout cela, si l’on vient au fait.
Est un Jansénisme parfait;
Et c’est comme ces politiques Nomment les vertus catholiques.
Ils ont trop peur qu’en les nommant Par leurs propres noms seulement.
Ces noms , dont la gloire est si pure. Ne confondent leur imposture;
Et, par cette injuste raison ,
Ils- les couvrent de ce faux nom.
Mais quand ensuite on leur demande Ce qu’il faut par là qu’on entende :
« C’est , vous disent-ils hardiment ,
» Un funeste dérèglement,
» Une erreur en erreurs féconde,
» Et le plus grand vice du monde. »
Mais n’attendez pas que jamais Us vous disent en mots exprès,
Sans y rien mêler de sophiste.
En quoi ce grand vice consiste.
Point du tout, et parmi leurs cris On demeure enfin tout surpris De voir cpie ce vice exemplaire ,
A tous les autres si contraire ,
Est d’un véritable Chrétien Qui n’agit que pour le vrai bien ,
Et que même il a pour complice Le pur esprit de la justice.
C’est aussi de quoi s’étonner.
Lorsque , venant à raisonner,
On voit que ceux que l’on accuse De ce faux nom dont on abuse ,
Ne sauraient être convaincus Que des plus solides vertus.
Pour moi , je le crois, plus j’y pense Oui , l’on verra tourner la chance ;
Et sans doute que les auteurs De ces procédés imposteurs Et de ces lâches stratagèmes Y seront attrapés eux-mêmes.
Je vois déjà que le grand cours C’est de douter de leurs discours ;
On n'en croit plus ï.eur calomnie,
Et le monde qui se méfie Ne veut plus juger sans raison De la personne par le nom;
Mais , comme la raison l’ordonne , Juger du nom par la personne :
De sorte qu’on peut espérer.
Et même l’on peut assurer
Qu’enfin le nom de Janséniste,
Malgré la haine moliniste ,
En tous lieux sera reconnu Comme le nom de la vertu ,
Puisque c’est, au temps où nous sommes. Le nom des plus vertueux hommes.
Cependant, que n’a-t-on point fait De ce nom tant de fois extrait !
Et quelles bizarres chimères
I*ï’en ont point formé les bons Pères !
Tantôt, c’est un affreux serpent Qu’ils ont vu volant ou rampant ,
Sur les sables ou dans la nue ,
Suivant que leur tête s’est mue.
Tantôt, c’est un fleuve infecté ,
Où toujours l’orage excité Fait un débordement funeste.
Mêlé de poison et de peste.
Tantôt , c’est un camp de mutins ,
Qui, de même que des lutins.
Donnent les coups les plus sensibles.
Avec de longs bras invisibles.
Que vous dirai-je ici de plus !
Ils ont tourné ce nom confus ,
De tant de sortes surprenantes ,
En tant de choses différentes ,
Qu’après tout leur vaste cerveau En a fait un pays nouveau ,
Et, suivant toujours leur génie ,
L’ont appelé la Jansénie 1 .
1 Livre intitulé le Pays de Jérémie.
Avec un moment de loisir.
Vous en aurez tout le plaisir;
Vous verrez bois, montagnes, plaines.
Prés, champs, vallons, ruisseaux, fontaines Bourgs , villes , villages , déserts , Torrens, rivières, fleuves, mers:
Et de tout cela les bons Pères Sont seuls et vrais propriétaires ,
Non point injustes ravisseurs*
Mais légitimes possesseurs.
Sans qu’on puisse en rien contredire Le droit qu’ils ont dans cet empire :
Puisqu’enfin, qu’est-il de plus net?
Ce sont eux-mêmes qui l’ont fait.
Qui l’ont fait ! ô grandeur extrême l Puissance invincible et suprême!
Le plus grand de tous les travaux.
Qui fait pâlir tous les héros.
Et qui , par l’éclat de sa gloire ,
Efface toute leur histoire !
Quoi, les Jasons et les Hylas,
Dont on nous conte tous les pas ,
Les Hercules et les Orphées,
Les Télamons et les Thésées,
Tous ces gens qu’on prend pour des dieu N’ont que découvert quelques lieux , Quelques solitaires contrées Au-delà des mers retirées;
Mais les Jésuites, plus experts.
Ont fait un nouvel univers.
Quelle différence de causes Entre faire et trouver les choses ,
Entré le sort d’un inventeur Et le pouvoir d’un créateur!
Aussi, dans ces nouvelles terres Qu’ils tiennent, non point par des guerres, Ni par droit de succession,
Mais bien plus de création ,
Ils ont établi l’exercice D’une haute et basse justice.
Où , par un droit universel ,
Ils jugent de tout sans appel.
Malheur aux pauvres Jansénistes ,
Car les souverains Molinistes ,
Régnant dans ces pays nouveaux ,
Leur font faire d’étranges sauts ;
Noyant les uns, pendant les autres.
Tout cela sous le nom d’apôtres ,
Et , même^après ces maux soufferts ,
Les jetant tous dans les enfers.
Mais, trêve ici de raillerie !
Il n’est pas possible qu’on rie Lorsqu’on voit des cœurs enragés.
Des cœurs par la haine rongés,
Cœurs qui jamais ne s’assouvissent.
S’ils ne damnent ceux qu’ils haïssent.
Est-il rien de plus odieux ?
Quoi ! des hommes, ô justes cieux l Avec leurs faiblesses mortelles Forment des haines éternelles !
Ils veulent damner qui leur plaît ,
Et ne le pouvant en effet,
Au moins leur exécrable envie Les sait damner en effigie.
Encor une fois , quelle horreur !
Et jusqu’où va cette fureur!
Ce n’est pas , puisqu’il faut tout dire , Que cette fureur puisse nuire.
Won, jamais ces vœux imposteurs Ne font du mal qu’à leurs auteurs.
Etre ainsi damné par figure ,
Ce n’est que souffrir en peinture;
Et les heureux prédestinés Pourraient tous être ainsi damnés.
On dit même que saint Ignace Eut cette petite disgrâce.
Si c’est disgrâce que cela ,
Car pour moi je n’en vois point là.
Mais, quoi qu’il en soit, lorsqu’à Rome On canonisait ce saint homme ,
Et que les Jésuites romains,
Toujours remplis de beaux desseins, Donnaient , dans les, places publiques.
De grands spectacles magnifiques.
Où tout le peuple curieux Allait voir l’enfer et les cieux ,
Il arriva que saint Ignace,
Qui dans le ciel avait pris place ,
Tout d’un coup et comme un éclair4 Tomba dans le fond de l’enfer;
Et par cette chute imprévue »
De tant de nations connue.
Le portrait du saint fut damné.
Tandis que l’esprit couronné Et comblé d’un bonheur suprême Reposait au sein de Dieu même.
Ces Pères par là verront bien Que tout ce qu’ils ont fait n’est rien; Que toutes ces terres perdues A tous les humains inconnues ,
Ces pays, ce monde nouveau ,
Sont de grands vides de cerveau ;
Et qu’enfin , si leur beau génie Parle ainsi de la Jansènie,
On peut juger après cela De leurs contes du Canada.
Mais leur orgueilleuse imprudence Ne prévoit nulle conséquence;
Et ces gens vains et factieux.
Conduits seulement par les yeux.
N’excitent leurs flammes fougueuses Que par des figures trompeuses.
Que par de fabuleux travaux Exprimés dans de longs tableaux,
Où leur science peinturée ,
Convainc une erreur figurée.
En même temps que leur valeur La frappe de toute couleur.
Tout cela leur charme la vue ;
Ils en ont l’âme tout émue;
Et c’est avec ce sot esprit
Qu’ils nous ont tant de fois écrit
Que le Jansénisme effroyable
Est un monstre presque indomptable.
Flattant ainsi leurs faibles cœurs
D’en être les fameux vainqueurs.
Voilà comme ils font les Hercules, Avec des monstres ridicules.
Des visions sans nul objet.
Des fictions sans nul sujet !
Et ces héros imaginaires ,
Échauffés contre leurs chimères , Après s’en être bien donné.
Ou pour mieux dire imaginé.
Font enfin courir une histoire Qui célèbre leur vaine gloire ,
Chante leur étrange vertu ,
Et dit partout qu’ils ont vaincu.
Car du bruit , ils en savent faire Dans l’un et dans l’autre hémisphère.
Et quand il s’agit seulement De crier sans raisonnement,
De clabauder à pleine tête.
D’exciter partout la tempête , Pensez-vous le beau bruit que font Trente mille bouches qu’ils ont?
Quel concert, quand chacune crie,
A V imposture , a l’hérésie!
Et que de grands peuples surpris Répondent encor à leurs cris !
En un moment tout est en armes ;
Tout est plein de fausses alarmes ; Partout on appelle aux combats;
Partout on craint ce qui n’est pas.
Et cependant nos politiques ,
Auteurs de ces terreurs paniques ,
Se font grand honneur de calmer Les faux bruits qu’ils ont su semer ; Faisant comme les démons mêmes Qui pratiquent ces stratagèmes,
Et qui ne guérissent jamais
Que les maux qu’eux-mêmes ils ont fait9.
Après cela nul n’y résiste:
C’est le faux nom de Janséniste ,
Qui sert d’unique fondement A ce fatal dérèglement.
En effet, quoi qu’il puisse naître De monstrueux, de faux, de traître,
De scandaleux et d’emporté.
Aussitôt la Société
Est sûre d’en trouver la cause
Dans ce nom dont elle dispose;
Et pour moi, je croirais quasi Que ces grands pbilosophes-ci L’ont formé sur l’idée oblique De cette matière physique De laquelle, en argumentant.
Les philosophes parlent tant.
Car , en effet, cette matière ,
Qu’ Aristote appelle première.
N’étant, dit-il, ni quantité,
Ni figure , ni qualité.
Est pourtant la source féconde De tout ce que l’on voit au monde.
De toutes les corruptions ,
De toutes les productions.
De tout ce qu’enfin la nature Conçoit, produit, forme et figure.
De même , ce nom général Dont ces gens se servent si mal ,
Ce nom d’intrigue et de mystère,
N’est rien quand on le considère ; Mais je ne sais par quels destins ,
Ce rien devient tout dans leurs mains.
Exil, prison et maladie.
Bannissement, perte , incendie;
Et pourra peut-être dans peu Mettre toute la terre en feu,
Si l’on ne trouve en la nature Quelque remède à la brûlure.
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