Œuvres Complètes, VI, p
32G lÏTUDE DOCTBINALE
Mais, si l'on veut connaître la raison prochaine de l'admirable pureté de Marie, il faut la chercher à la fois dans la plénitude de grâce sanctifiante dont elle fut enrichie dès le premier instant de sa Conception, dans l'abondance des grâces actuelles qui lui furent prodiguées dans tout le cours de sa vie et aussi dans le don d'intégrité qui mit le comble à l'éblouissante pureté de son Cœur.
Le don d'intégrité consiste dans la sujétion parfaite des facultés inférieures et notamment de l'appétit sensitif à la raison et à la volonté. Cette sujétion parfaite dépasse les exigences de la nature. Sans doute il est dans l'ordre que la volonté tienne les rênes et gouverne l'activité des autres facultés et surtout les mouvements de l'appétit sensitif. Mais l'appétit sensitif a son objet propre, et, dès qu'il se trouve en présence de cet objet, il est naturel qu'il se porte vers lui, même quand des considérationsd'un ordre supérieur demandent qu'on lui en refuse la jouissance. La volonté peut arrêter ses écarts, elle ne peut l'empêciier d'éprouver un attrait plus ou moins vif pour les biens sensibles. Mais ce que la nature ne réclame point, Dieu l'avait libéralement accordé à nos premiers parents. Dans l'état d'innocence, Adam et Eve ignoraient cet attrait désordonné que nous éprouvons pour les biens inférieurs.
u Le livre de l'Ecclésiastique nous enseigne, dit saint Thomas, que Dieu créa l'homme droit, et cette rectitude consistait en ce que dans nos premiers parents la raison était soumise à Dieu, les facultés
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inférieures à la raison et le corps à l'âme (1). »> « Les passions, dit encore le saint Docteur, existaient dans l'état d'innocence aussi bien que dans l'état de nature tombée, mais différemment, car maintenant les passions ne sont pas pleinement soumises à la raison, tandis que, dans l'état d'innocence, elles étaient sous la dépendance complète de la raison, de sorte que dans cet heureux état les passions n'entraient en jeu qu'au gré de la raison (2). »
Cette parfaite soumission des facultés inférieures à la raison et à la volonté, qui constitue le don d'intégrité, était subordonnée à l'obéissance de nos premiers parents à Dieu. Par malheur, ils se révoltèrent contre celui qui était à la fois leur maître et leur bienfaiteur, et leur révolte leur fit perdre tous les dons gratuits qu'ils avaient reçus de la libéralité divine et en particulier le don d'intégrité. A peine étaient-ils tombés qu'ils virent leurs sens et leurs passions se soulever contre l'empire jusque là incontesté de la raison. Ils commencèrent à subir les assauts de cette convoitise qui nous porte constamment au mal. et contre laquelle il faut toujours lutter pour rester fidèles à Dieu. Telle est l'origine de cette funeste concupiscence qui est la cause de la plupart de nos fautes. Elle est, on le voit, le fruit du péché originel. A la prendre en elle-même, elle n'est pas un péché, et, si la sainte Ecriture lui donne quelquefois ce nom, c'est précisément parce qu'elle