Gloires de Marie, part. 2, dise. 2 sur la Nativité
3. Cette opinion a été défendue de nos jours par plusieurs théologiens, entre autres, par le P. Hugon, La Mère de grdce^ p. 25, et par }-\. Sauvé, Le ciUle du Cœxir de Marie, p. 75.
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appelée à concourir et les sacrements quelle reçut.
Pour apprécier, autant que faire se peut, toute retendue des mérites du Cœur de Marie, il faut tenir compte à la fois de leur précocité, de leur continuité et de leur perfection.
Marie a commence de mériter en commençant de vivre. On admet assez communément, en efiet, que grâce aux trésors de science infuse (I), dont son àme fut enrichie, la Sainte Vierge jouit de l'usage de sa raison dès le premier moment de son existence, et qu'elle commença dès lors à connaître Dieu et à l'aimer de tout son Cœur, de telle sorte que, si elle ne put mériter la grâce dont elle fut alors remplie, du moins elle se disposa de son mieux à la recevoir et elle mérita par là un accroissement de sainteté proportionné à la ferveur de son amour.
Depuis ce temps, Marie ne cessa daccumuler mérites sur mérites. Sa vie entière ne fut qu'une série d'actes de vertu et surtout d'actes de charité, dont rien ne vint interrompre la continuité. Préservée de tout péché actuel aussi bien que du péché originel, il
1. On (lislingiie deux sortes de science infuse, la science infuse par elle-rnôme cl la science infuse f>ar accident. Celte dernière ne diffère pas essentiellement de celle que nous acquérons [lar voie d'abstraction et de gi'-noralisalioii ; seulement, au lieu d'Hve acquise par le travail de rintellipcnce, elle nous est donnée innnédialenient par Dieu. La science infuse par ollc-même est, au contraire, d'une nature différente: c'est celle qui convient aux Anges et aux âmes séparées. Indépendante de l'organisme dans son acquisition cl son exercice, fdie provient delà libéralité de Dieu f{ui donne à ses créatures les idées infuses dont leur intelligence a besoin pour exercer son activité. C'est la srience infuse par cllo-mënie qui fut d(inn''>i^ à M.'iric dt's le pri'iuicr instant de son existence.
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n'y eut jamais dans sa vie un seul acte qui ne fût en parfaite confoi'mité avec la volonté divine. Le don d'intégrité, qui lui assurait un empire absolu sur ses sens et sur ses passions, la préservait de toute acte indélibéré. Et la science infuse, dont l'usage n'est pas lié à l'exercice des facultés sensibles, lui permetlail de continuer, même pendant son sommeil, sa vie de contemplation et d'amour. « Lors même que son corps virginal prenait le sommeil et le repos, qui lui était nécessaire, dit le P. Eudes, son Cœur ne dormait jamais, mais il veillait toujours. Oui, son Cœur tout plein d'amour vers Dieu veillait nuit et jour à étudier ses adorables volontés pour les accomplir parfaitement (1). »
D'autre part, les actes méritoires atteignaient en Marie une perfection extraordinaire, car ils procédaient tous de l'amour le plus pur, et la Sainte Vierge apportait à l'accomplissement de chacun d'eux toute l'énergie et toute la ferveur dont la grâce la rendait
1. Œuvres complètes, VII, p. 205. Cf. ibid. p. 202 ; VI, 35, etc. « Mais voyez, je vous prie, que ni je ne dis, ni je ne veux dire que cette âuie tant privilégiée de la Mère de Dieu ait été privée de l'usage de raison en son sommeil. Plusieurs ont estimé que Salomon en ce beau songe, quoique vrai songe, auquel il demanda et reçut le don de son incomparable sagesse, eut un véritable exercice de son franc arbitre... Mais combien y a-t il plus d"appareiice que la Mère du vrai Salomon ait eu l'usage de raison en son sommeil, comme Salomon même la fait parler, que son cœur ait veillé tandis qu'elle dormait ? » Saint François de Saies^ Amour de Dieu, liv. 3^ ch. 8. Dans son livre sur le Cœur de Marie^ consid. 3, punct 3, le P Pinamonti expose la même doctrine et conclut par cette gracieuse comparaison : << Igitur Marise animus fuit illorum insTlar allissimorum montium, in quos sol spleudorem adhuc projicit, «tiarn postquam illum vallibus jam subtraxit. »
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capable ; non seulement, en cfTct, elle ne laissa jamais perdre aucune des grâces dont elle fut favorisée, mais elle les utilisa toujours dans toute leur étendue.
Aussi ces mérites valaient ils à Marie un accroi.ssement de grâce prodigieux.
(( Plusieurs saints docteurs assurent, oit le P. Eudes, que son amour croissait de moitié en chaque heure, voire en chaque moment selon quelques-uns. Car quand une ame, disent-ils, fait un acte d'amour de tout son cœur et selon toute l'étendue de la grâce qui est en elle, son amour devient plus grand de moitié... De sorte que, comnie cette Sacrée Vierge aimait Dieu continuellement de tout son Cœur et de toutes ses forces, si elle avait dix degrés d'amour au premier instant de sa vie, elle en avait vingt au second ; et si elle en avait vingt au second, elle en avait quarante au troisième, et ainsi son amour croissait de moitié en chaque moment (1). »
Et si tous les actes de la bienheureuse Vierge, même les plus petits, avaient cette valeur, que dire des actes héro'iques par lesquels elle a coopéré aux grands mystères de l'Incarnation et de la Rédemption?
« Si, selon saint Bernardin de Sienne, dit encore le P. Eudes. Marie a plus mérité par le consentement qu'elle adonné à l'accomplissement de l'Incarnation du Fils (]c Dieu en elle que n'ont fait tous les .\nges et tous les sainis par toutes les actions de vertu
i. Œuvres complètes, V, p. 370.
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fju'ils ont jamais pratiquées, quelles grâces et quels mérites cette très digne Mère du Sauveur a-t-elle acquis en toutes ces occasions, mais spécialement lorsque si souvent elle Ta porté sur son sein virginal et que tant et tant de fois elle lui a donné le saint lait de ses très pures mamelles ? Comme aussi dans les conversations familières qu'elles a eues avec lui durant tout le temps qu'elle la possédé en la terre, et lorsqu'elle entendait ses divines prédications, mais surtout quand elle lotlVit en sacrifice au Père éternel pour le salut du genre humain, tant dans le Temple au jour de sa Présentation que sur le Calvaire au jour de sa mort il)? »
Les relations de la Sainte Vierge avec son divin Fils furent pour elle une autre source de grâce. Tous les théologiens sont d'accord pour affirmer que, par lui-même et abstraction faite des mérites qu'elle y acquit, le mystère de llncarnation valut à Marie une magnifique effusion de grâce et ils n'ont qu'une voix pour exalter ce qu'ils appellent la seconde sanctification de la Mère de Dieu. Il est vraisemblable que les autres mystères auxquels Marie fut associée et notamment le grand mystère du Calvaire auquel elle participa d'une manière si héro'ïque, eurent pour elle des effets analogues. Chacun d'eux lui apporta dans une mesure impossible à déterminer un accroissement de grâce et de sainteté.
« Si la Sainte Vierge, dit le P. Eudes, a été pleine de grâce avant de concevoir le Fils de Dieu, quelle
.1 Œuvres complètes, Vil, p. 431.
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a été labondance et la plénitude de grâce que le Saint-Esprit a versée dans son Cœur et dans son sein virginal pour la rendre digne d'y faiie naître Celui que le Père éternel engendre avant tous les siècles dans son sein adorable et dètre la vraie Mère de Celui dont il est le Père ? Certainement la dignil»; de Mère de Dieu étant inlînie, la grâce qui est départie à cette divine Vierge pour la disposer à donner lêtre et la vie à un Dieu doit être en quelque façon infinie, puisque saint Thomas assure quelle est proportionnée à celte dignité sublime.
(( Si c'est une chose si grande d'être Mère de Dieu et de former le Fils de Dieu dans ses entrailles, de sa propre substance, qu'il ne peut s'en imaginer de plus grande dans une pure créature, qu'est-ce que de le porter, de le conserver et de le faire vivre de son sang virginal l'espace de neuf mois dans ces mêmes entrailles ? Et quelle abondance de grâce le Saint-Esprit répandit-il dans son Cœur pour la rendre digne de continuer ainsi son office de Mère de Dieu, et d'une telle Mère et envers un tel Fils !
« Mais qui pourrait comprendre ce que cet adorable Enfant, qui est infiniinent riche, infiniment libéral et infiniment reconnaissant, rend à celle de laquelle il reçoit continuellement, durant ces neuf mois, un nouvel être et une nouvelle vie... 1' Si vous donnez un royaume éternel, ô mon Jésus, à celui qui donne un verre d'eau à un pauvre pour l'amour de vous, quels dons, quels trésors, quelles grâces versicz-vous continuellement dans le Cœur de voire divine Mère, vous qui êtes une source iné-