‹ La dévotion au cœur de MarieChapitre 124 sur 221 · Œuvres complètes, Vil, 129, sq · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, Vil, 129, sq

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l'Ascension c-llc ne s'approchât tous les jours de la table sainte, cl. comme elle le faisait toujours avec un amour indicible, les fruits de grâce qu'elle en retirait dépassaient tout ce cpie nous pouvons concevoir.

(( De quels trésors de grâce, dit le P. Eudes, le iiès saint Ca^ur de la More de Dieu a-l-il été enrichi par le divin sacrifice de l'autel, auquel elle assistait tous les jours avec une dévotion indicible, et par toutes les saintes communions, qu'elle faisait aussi tous les jours avec un amour incroyable (1) ! »

La conclusion de toutes ces considérations, c'est qu'il faut renoncer à nous faire une idée de ce que le Cœur de Marie renfermait de grâce et de sainteté, lorsque la Bienheureuse Vierge quitta cette terre pour aller jouir au Paradis de la récompense due à ses mérites. Tout ce que l'on peut faire, c'est de répéter avec saint Jean Damascène, saint Bonaventure et beaucoup d'autres que cette grâce était « incommensurable, » ou avec le bienheureux Jean Eudes que le Cœur de Marie était un « abîme, » une « mer, » un « océan » de grâce et de sainteté dont Dieu seul peut connaître la profondeur et l'étendue.

MF. — iA\MOUi\ DU cœvn de marik pour i>iku

Le Cd.Mii'fle Marie, fournaise d'amour. — Ses premiers battenionls sont des battements d'amour. — Continiiité et perieiiion de son amour. — l'rincipaux elfets de lamour de

i. Œuvres complètes, VIIj p. 432.

LE COEUR DE MARIE KX LUT-MÈME 3i i

Dieu dans la vie de Marie. — Caractères spérianx de son amour pour les trois personnes divines.

L'objet principal de la dévoiion au Cœur de Marie, c'est son amour, son amour pour Dieu et son amour pour nous, car, selon la remarque dun consulteur de la Congrégation des Rites, que nous avons déjà cité, son Cœur de chair symbolise lun et l'autre. De toutes les perfections du Cœur de Marie s il en est une qui doit retenir notre attention, c'est donc son amour. Dans larticle suivant nous nous occuperons de son amour pour les hommes. Pour le moment, essayons de nous faire une idée telle quelle de son amour pour Dieu.

Il y a un lien si étroit entre la grâce sanctifiante et la charité qu'on ne rencontre jamais l'une sans l'autre et qu'elles grandissent toujours dans la même proportion, à tel point que certains théologiens ont cru pouvoir soutenir qu'il n'y a entre elles aucune distinction réelle. Il est vrai que ce n'est pas l'opinion commune. La plupart des docteurs catholiques pensent, avec saint Thomas, qu'entre la grâce et la charité il y a à peu près la même distinction et les mêmes rapports qu'entre l'àme et ses facultés. Quoi qu'il en soit de cette question, il est certain que la grâce et la charité vont de pair et que l'une ne peut grandir sans que l'autre croisse dans la même mesure.

Dès lors, il est évident que ce que nous avons dit de l'étendue de la sainteté du Cœur de Marie s'applique également à son amour pour Dieu. Le bien-

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heureux Jean Eudes aimait à dire, dans son langage imagé, que le Cœur de Marie est une mer, un océan, un abîme de grâce et de sainteté. Quand il parle de son amour, il se sert d'expressions analogues, et il dit que le Cœur de Marie est un miracle ou une fournaise d'amour : Amoris rnimeulum. fornax nmoris. Ces expressions reviennent à chaque instant dans la messe et l'ofTice qu'il a composés en l'honneur du Cœur de la Bienheureuse Vierge, et il a consacré plusieurs chapitres du Cœur admirable à les expliquer et à en montrer la légitimité.

Miracle d'amour ! Fournaise d'amour ! C'est dès ses premiers battements que le Cœur de Marie mérita ces titres glorieux. Rempli, dès le premier instant de sa conception, d'une grâce qui surpassait celle du plus grand des saints et du plus parfait des Anges au terme de leur course, peut-être morne nous l'avons dit, celle de tous les Anges et de tous les saints réunis, la Sainte Vierge fut gratifiée de la divine charité avec la même libéralité. Les trois personnes de la très Sainte Trinité s'employèrent à l'envi à l'en revêtir. Le Père voyait en elle sa Fille de prédilection, le Fils la considérait déjà comme sa Mère, le Saint-Esprit avait pour elle tout l'amour d un époux. Ils se plurent donc à la combler de toutes sortes de dons et surtout des trésors de la divine charité (1).

Et dans le Cœur de Marie la charité ne demeura jamais inactive. En nous, rexercice des vertus infuses

i. Cf. Q'Javres complètes, VII, p. ii3.

LE COEUR DK MARIE EN I.UI-MltME 343

est subordonné à l'activité des sens et partant au développement de l'organisme. Bien qu'il ait reçu au baptême l'habitude de la charité, ce n'est que plus tard, vers l'âge de sept ans, que l'enfant devient capable d'en faire des actes, qui, au début, sont bien imparfaits. Il n'en fut pas ainsi de Marie. iNous avons vu que, dès le premier instant de son existence, grâce à la science infuse versée dans son âme, elle entra pleinement en possession de sa raison et quelle s'en servit pour se donner à Dieu et concentrer sur lui toute la force de son amour.

'( Etant toute remplie de lumière et de grâce au moment de sa conception, dit le P. Eudes, Marie s'est toute convertie et tournée vers Dieu. Je dis loiite, c'est-à-dire, d'esprit, de cœur, de volonté, de pensée et de toutes les puissances de son âme, et elle s'est offerte, donnée et consacrée entièrement à la gloire de sa divine Majesté. »

« Elle a commencé, dès ce moment, continue le Bienheureux, à adorer, louer, glorifier et aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces, et selon toute l'étendue de la grâce qui était en elle (i). »

Et ce premier acte d'amour, la Sainte Vierge le renouvela à chaque instant de sa vie. îSous avons vu que ni les occupations profanes, ni le sommeil n'interrotnpaient son amoureuse contemplation. Elle aima donc Dieu d'un amour continu. Sa longue vie ne fut qu'une suite ininterrompue d'actes d'amour,

i. Œuvres complètes, V, p. 14o.

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OU, si on le préfère, ce fut un aclc d'amour, qui commença au premier inslant de son existence et d'ura jusqu'à son dernier soupir.

« Selon le sentiment de plusieurs savants théologiens, dit à ce sujet le P. Eudes, le Cœur de Marie a toujours été, depuis le premier moment de sa vie jusqu'au dernier, en tout lieu, en tout temps, veillant et dormant, buvant et mangeant, dans un exercicecontinueletdansun acte perpétuel d'amour, et sans aucune interruption. A raison de quoi, l'on peut dire que la Mère du Sauveur n'a jamais fait qu'un seul acte d'amour, mais c'est un acte qui a duré tout le cours de sa vie (l). »

La vie de la Sainte Vierge fut donc une vie toute d'amour. L'amour était l'àme de son existence et, si elle a pratiqué d'une manière suréminentc toutes les vertus chrétiennes, c'est l'amour qui lui en inspirait les actes.

(( Sachez, dit le bienheureux Jean Eudes, que Tamour possédait, remplissait et pénétrait tellement le Cœur et lame et toutes les puissances de cette Vierge Mère qu'il était véritablement l'àme de son àmc, la vie de sa vie, l'esprit de son esprit et lo cœur de son Cœur. De sorte que l'amour était tout et faisait tout en elle et par elle. Si elle priait, c'était l'amour qui priait en elle et par elle ; si elle adorait et louait Dieu, c'était l'amour qui l'adorait en elle et par elle ; si elle parlait, c'était l'amour qui parlait en elle et par elle ; si elle se taisait, c'était

i. Œuvres co?nj,lè(es. Vit. p. 153.

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