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OU imaginer de plus sur les prérogatives singulières, caractéristiques, et distinclives du sacré Cœur de la Très Sainte Vierge que ce court éloge, qui renferme le plus sublime panégyrique et nous fait comprendre que le Cœur de Marie a aimé et aime Jésus Dieu et homme, le Roi souverain de l'univers devenu son Fils, d'un amour ineffable ? Quelle est notre admiration pour les saints qui ont aimé Jésus d'un amour familier, qui ont eu le bonheur de le serrer dans leurs bras, de le caresser, de le baiser ! Mais il sera toujours vrai que l'amour de leur cœur pour Jésus fut un amour de frère et d'ami, et que l'amour de Marie fut un amour de Mère. Il sera toujours vrai que leur amour fut un amour d'amitié et de fralernité fondé sur la grâce et que l'amour de Marie fut un amour de vraie maternité fondé sur la nature. »
Le mystère de l'Incarnation a également établi des relations spéciales entre la Sainte Vierge et le Saint-Esprit, puisque c'est par l'opération de ce divin Esprit qu'elle a conçu le Sauveur et que par là elle est devenue son épouse à un titre spécial. « Marie et le Saint-Esprit, dit encore Muzzarelli, ont concouru et coopéré ensemble à la formation du corps de Jésus-Christ, Marie en fournissant la matière, c'est-à-dire son très pur sang, et le Saint-Esprit en formant avec ce sang et organisant ce très saint corps. Marie a fourni sa substance à la chair de Jésus, et le Saint-Esprit a concouru à ce grand œuvre comme ouvrier suprême. En conséquence le Verbe doit la chair qu'il a prise au Saint-Esprit et à Marie ;
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et le Saint Esprit et Marie ont un seul terme, qui est la chair sacrée de Jésus-Christ, à laquelle Tua fournit le travail et l'autre la matière. Or, la Vierge très pure étant devenue Mère d'une manière toute surnaturelle et merveilleuse par le Saint-Esprit, quelle sorte d'amour aura-t-elle conçu par ce saint mariage ? Elle n'aime pas seulement le Saint-Esprit d'un amour d épouse mystique, comme laiment toutes les âmes justes qui sont en grâce, à ce titre, elle l'aime plus que toutes ensemble ; mais cela appartient à la grandeur et à l'intensité de l'amour. Mais j'ajoute que l'amour de Marie pour le Saint- Esprit est encore distingué en qualité et en espèce et est d'un ordre tout à fait différent, à cau^e du litre incomparable d'être devenue son Epouse, lorsqu'elle consentit à ce que l'Esprit-Saint survint en elle pour la féconder comme Mère en formant de son sang virginal les membres du Verbe incarné. ■»
IV, — l'amoum du C(*;ur uk marih: pouh i.?.& hommks
Caractère maternel «le l'amour du Cœur de ^lane pour nous. — Son ardour. — Sa sollifitmie. — Son inépuisable mis* ricorde à l'égard des pôckeurs.
Dès que notre pensée se porte vers le Cœur de Marie, nous nous sentons doucement émus en nous rappelant l'excès d'amour que la Sainte Vierge nous a témoigné durant sa vie mortelle et dont elle continue à nous entourer depuis son entrée au ciel. C'est même par ce côté spécial qu'on envisage par-
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fois le Cœur de Marie. Ainsi, dans l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires et dans les innombrai>les confréries qui s'y rattachent, ce que l'on considère surtout dans le Cœur de Marie, c'est cette bonté connpa tissante qui en fait le refuge des pécheurs, et n'est-ce pas aussi à ce point de vue que se plaçait le bienheureux Jean Eudes lorsqu'il dédiait au Cœur de Marie les maisons de refuge qu'il fondait en faveur des repenties ? C'est donc entrer pleinement dans l'esprit de notre dévotion que de consacrer un article à l'amour du Cœur de Marie pour les hommes.
Cet amour ne dilTère pas essentiellement de celui qui nous anime à l'égard du prochain. C'est un amour de charité, comme celui que nous portons à nos frères ; mais, en Marie, cet amour a toujours revêtu, surtout depuis le sacrifice du Calvaire, ce caractère spécial qui distingue l'amour maternel.
C'est qu'en effet la Mère de Jésus est aussi notre mère.
Elle l'est parce que nous ne forruons tous avec son divin Fils qu'un corps moral, ou, comme on dit, un corps mystique, dont il esl la tète et dont nous sommes les membres. Cette qualité de membres de Jésus-Christ nous associe aux privilèges du divin Maître, et, de même qu'elle suffît à faire de nous les enfants adoplifs de son Père, elle nous procure également l'avantage d'être les enfanis de sa divine Mère.
D'ailleurs, de même que Jésus nous a donné son Père pour être notre père et qu'il a prié ce divin
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Père d'étendre sur nous l'amour dont il est l'objet, de même il nous a donné sa Mère pour être notre mère et il lui a demandé de nous aimer comme ses enfants. C'est au Calvaire que cette donation a eu lieu. Qui ne connaît celle scène où le divin Maître, sur le point d expirer, dit à la Sainte Vierge en désignant saint Jean : Voilà votre fils, Ecce filias tuas, et à saint Jean en parlant de Marie : Voilà voire mère, Ecce nialer tua ? Et qui ne sait aussi que, d'après une interprétation aujourd'hui commune, saint Jean dans cette circonstance représentait rhumanité tout entière ? Marie nous a donc adoptés pour enfants, et, comme dit gracieusement le P. Eudes, loisque Notre-Seigneur adressa à saint Jean ces douces paroles : \'oilà voire mère, le Cœur de Marie fil écho à la voix de son divin Fils, et elle répéta en s'adressantà chacun de nous : Voilà voire mère (I).
Ce n'est pas tout. En cette circonstance, en effet, il semble que la Sainte Vierge fait plus que de nous adopter pour enfants. Elle est venue au Calvaire pour unirson sacritice à celui de son divin Fils et coopérer avec lui à l'œuvre de la Rédemption. La part qu'elle a prise à ce douloureux mystèie lui a valu le titre de corédemptrice du genre humain ; ne permet elle pas aussi de dire, en un sens très vrai, que ses souffrances nous ont enfantés à la vie de la grâce ? Et n'est-ce pas dans ce sens qu'appliquant à Marie un texte de la Sainte Ecriture, on exhorte les fidèles à ne pas oublier les gémissements de leur mère du
i. Cœur aihnirahle, I. 3. cli. 0.
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ciel : FUI, ne obliviscaris gemitus malris tuœ ?
Marie a donc pour nous un cœur de mère et l'amour qu'elle nous porte a toutes les qualités de l'amour maternel : il en a lardeur, la sollicitude, le zèle et aussi la miséricordieuse indulgence.
L'ardeur de cet amour, il faut renoncer à nous en faire une idée, de même qu'il nous faut renoncer à nous faire une idée de l'ardeur de son amour pour Dieu. Ces deux amours, en effef, vont de pair, ou plutôt ce ne sont pas deux amours, mais les deux faces d'un même amour qui a pour objet Dieu et le prochain. Si donc, dès le premier instant de sa conception, il y avait dans le Cœur de Marie incomparablement plus d'amour pour Dieu qu'il n'y en aura jamais dans le cœur du plus parfait des Anges et du plus grand des saints, il faut en dire autant de son amour pour les hommes. Et si la vie de Marie fut une vie toute d'amour pour Dieu, ce fut aussi une vie toute d'amour pour les hommes. Nous avons vu que l'amour du Cœur de Marie pour Dieu alla toujours grandissant et qu'il atteignit finalementuneardeurinconcevable à notre faiblesse ; ainsi en fut-il de son amour pour les hommes. Le bienheureux Jean Eudes n'exagère donc pas, lorsque, en parlant du Cœur de Marie, ilditque c'est une fournaise d'amour etdechari té, une fournaise d'amour pour Dieu et de charité pour les hommes, car, d'ordinaire, lorsqu'il distingue entre l'amour et la charité, le Bienheureux donne le nom <l'amour à l'amour de Dieu et celui de charité à l'amour du prochain.
Quant à la sollicitude du Cœur de Marie à notre
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égard, celle de la meilleure des mères iien approcha jamais. Durant sa vie mortelle la Sainte Vierge était sans cesse occupée des intérêts de notre pauvre humanité, et, maintenant quelle est au ciel, elle continue à veiller avec une bonté toute maternelle sur ses enfants. Que de services ne nous rend-elle pas ?
A l'instar du soleil dont la lumière éclaire le monde extérieur, elle dissipe les ténèbres de notre cœur et nous fait voir notre néant pour nous tenir dans l'humilité, nos faiblesses et nos manquements pour que nous les pleurions, nos illusions pour que nous en sortions, la vanité du monde pour que nous nous en détachions, les grandeurs et les amabilités de Dieu pour nous exciter à l'aimer de tout notre cœur. Dans nos embarras, elle est larche sainte qui nous apprend ce que nous avons à faire. Dans nos tentations, elle est la tour inexpugnable où nous trouvons un refuge assuré. Mère tendre et compatissante, elle est toujours prête à venir à notre secours, surtout lorsque nous faisons appel à sa bonté.
Les âmes fidèles, spécialement celles qui tendent à la perfection, sont les premières à bénélicicr de sa tendresse, mais les pécheurs y ont aussi une large part. Elle est la mère de tous les hommes et elle a pour le salut de chacun le zèle le plus ardent. Il n'y a que les damnés dont elle se détourne avec dégoût, parce que leur obstination dans le mal en fait les irréconciliables ennemis de Dieu. Mais les pécheurs, tant qu'ils sont encore sur celte terre, elle les aime comme Tine mère aime son enfant malade. Est ce que ce n'est pas pour leur salut que, dès les
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premières années de sa vie mortelle, elle soupirait si vivement après la venue du Messie? Est-ce que ce n'est pas pour leur salut quelle a consenti à donner le jour à celui qui devait les racheter ? Est-ce que ce n'est pas par amour pour eux et pour les av racher aux flammes de l'enfer qu'après la naissance de Jésus, elle A'int dans le Temple leprésenter à Dieu comme la victime expiatrice de nos fautes, et que, plus (ard, elle accourut au Calvaire pour s'associera sa douloureuse immolation ?
Oh ! oui, Marie aime les pécheurs, elle les aime tous, et l'un de ses désirs les plus ardents, c'est de leur ouvrir à tous les portes du Paradis. Depuis que le monde est monde, dit le P. Eudes avec saint Bernard, on n'a jamais entendu dire quelle en ait rebuté un seul. Ceux même qui ne songent point à se convertir et qui vont, tête baissée, se précipiter dans l'enfer, non seulement elle ne les abandonne pas, mais elle a pour eux la plus tendre sollicitude. Il n'est pas d'efforts qu'elle ne tente pour les ramener à Dieu. Elle leur suggère de bonnes inspirations, elle s'eflbrce de réveiller dans leur cœur la crainte des jugements divins, elle leur ménage des châtiments et des épreuves qui ont pour but de les faire réfléchir sur leur triste état, elle les met en rapport avec des âmes saintes qui les édifient par leurs vertus, avec des prédicateurs zélés qui essayent de toucher leur cœur, et, à force d'efforts, elle réussit souvent, soit à les ramener à Dieu, soit du moins à diminuer le nombre de leurs fautes et à rendre par le fait même leur damnation moins rigoureuse.
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Le p. Eudes se plaît à exalter celte miséricoidieuse bonté du Cœur de Marie à l'égard des pécheurs. C'est un thème sur lequel il ne tarit pas. Tantôt il nous invile à contempler dans le Cœur de Marie une image vivante de la divine miséricorde, tantôt il rappelle les titres de Mère de miséricorde et de Refuge des pécheurs que l'Eglise décerne à la très Sainte Vierge. Et poui- que ces enseignements se gravent dans l'esprit du lecteur, il consacre des chapitres entiers à célébrer le zèle du Cœur de Marie, sa patience, sa clémence et sa mansuétude.
Voici en quels termes il parle de sa patience pendant la Passion de son divin Fils :
« Elle le voit garrotté comme un larron, traîné par les rues de Jérusalem comme un criminel.. , revêtu d'une robe blanche comme un insensé, abandonné à la raillerie, aux opprobres et aux outrages d'une armée de soldats insolents, poslposé à Barabbas, flagellé et déchiré à coups de fouet depuis les pieds jusqu à la tête, couronné dépines, exposé à la vue d'une multitude enragée qui crie contre lui : Toile, toile, cracijlge, cracifuje ; condamné à une cruelle mort... attaché à la croix avec de gros clous qui lui percent les mains et les pieds; sa bouche adorable abreuvée, en sa soif, de fiel et de vinaigre ; ses oreilles remplies de malédictions et de blasphèmes ; tous ses membres disloqués en sorte qu'on pont facilement les compter ; tout son corps couvert de plaies et de sang et rempli de douleurs inconcevables ; son àme pleine d angoisses et de tourments ; enfin elle le voit mourir de la mort la