Cf. Cœur admirable, 1. c
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qu'un cœur et qu'une âme à cause de leur parfaite et muluelle dilcction, si saint Paul ne vivait plus lui-même, mais Jésus-Christ vivait en lui à raison de l'extrême union de son cœur à celui de son Maître, par laquelle son âme était comme morte en son cœur qu'elle animait, pour vivre dans le cœur du Sauveur qu'elle aimait ; ô vrai Dieu, combien est-il plus véritable que la sacrée Vierge n'avaitquuneâme, qu'un cœur cl qu une vie avec son Fils, en sorte que cette sacrée Mère vivant ne vivait plus elle-même, mais son Fils vivait en elle (1). »
Et le saint conclut par ces énergiques paroles : <i Ce n'était plus union, mais unité de cœur, dame et de vie entre cette Mère et ce Fils. »
Ce n'était pas la première fois que l'évêquc de Oenève s'exprimait de la sorte. Dès 1602, dans un sermon qu'il prêcha à Paris en l'église saint Jean de (irève, il tenait un langage à peu près identique.
« Notre-Dame, disait-il, n'avait qu'une même vie avec son Fils..., elle ne vivait que de la vie de son Fils... C'étaient à la vérité deux personnes, Notre- Seigneur et Notre-Dame, mais en un cœur, en une âme, en un esprit, en une vie ; car si le lien de la charité liait el unissait tellement les chrétiens de la primitiveéglise qu'ils n'avaient qu'un cœur et quune âme, combien avons-nous plus raison de dire qu'ils nélaieiit qu'une âme et qu'une vie ?
« Oyez le grand apôtre saint Paul, il sentait tellement cette union de charité entre son Maître el lui,
i. Amour de I)im. 1. \j. cl), l'i.
qu'il faisait profession de n'avoir point d'autre vie que celle du Sauveur : Vivo, Jam non ego. Je vis, mais non pas moi, mais Jésus vit en moi. 0 peuple, celle union, ce mélange et liaison de cœur était grande, qui faisait dire de telles choses à saint Paul, mais non pas comparable avec celle qui était entre le cœur du Fils Jésus et celui de sa Mère Marie ; car l'amour que Notre-Dame portait à son Fils surpassait celui que saint Paul portait à son Maître, d'autant que les noms de Mère et de Fils sont plus excellents en matière d'affection que les noms de maître et de serviteur. C'est pourquoi si saint Paul ne vivait que de la vie de Noire-Seigneur, Notre-Dame aussi ne vivait que de la même vie, mais plus parfaitement, mais plus excellemment, mais plus entièrement que si elle vivait de sa vie (1). »
Le P. Eudes scfit l'écho de celtebelle doctrine, et nous verrons plus loin qu'elle occupe une place importante dans la manière dont il comprit, surtout au début, la dévoiion aux Sacrés Cœurs de Jésus etde Marie.
A l'époque du père EUDES (16^^0-1640)
La Vénérable Marie de l'hicarnation. — Joseph de la Gcrda. — Barthélémy de los Rios. ~ La Mère Villani. — Le Cardinal de Bérulle. — Les Pères Poiré, Suffren et de Barry. — Etat de la dévotion en 1640.
A l'époque du P. Eudes, les partisans et même les apôtres de la dévotion au Cœur de Marie devien-
1. Sermon pour la fêie de i' Assomption. «If. Traité de l'amour de Dieu, Préface,
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nciilde plus en plus nombreux. Citons, entre autres^ la Mère Marie de rincarnation, fondatrice des Ursuiines de Québec, le bénédictin Joseph de la Cerda, évc-que d'Alméria, l'augustin Barthélémy de los Rios, la Mère Villaiii, le cardinal de Bérulle elles Pères Poiré, SufTren et de Barry, tous les trois membres de la Compagnie de Jésus.
La Vénérable Marie de C Incarnation avait coutume, le soir, de présenter ses adorations et ses demandes au Père éternel par le Cœur de son Fils. A cette j)ratique elle enjoignait une autre en 1 honneur du (Jœur de Jésus. Voici comment elle l'explique ellemême dans une do ses lettres :
« Envisageant ensuite ce que je dois au Verbe incarné, je lui dis : 0 mon divin Époux, que vous rendrai-jc pour Tcxcès de votre charité à mon endroit ? C'est par votre divine Mère que je veux vous rendre mes actions de grâces. Je vous présente son Sacré Cœur, comme je présente le vôtre à votre Père. Je vous aime par ce Sacré Cœur qui vous a tant aimé... Je vous rends grâces, mon divin Époux, de ce qu'il vous a plus de choisir celte très sainte Vierge pour être votre Mère, de ce que vous avez voulu être enfermé neuf mois dans son sacré sein, et de ce qu'il vous a plu de me la donner pour Mère... Je me tourne ensuite vers la très Sainte Vierge, et lui dis tout ce que l'amour peut me suggérer, toujours dans le même esprit et dans le même sens que ci dessus. Je ferme par là ma retraite du soir (I). »
1. Cf. Ganifffl. fM Dévotion au Cœur adorable de Jésus- Christ, part. 3. cb. 3.
LA DÉVOTION AVANT Lli: B. E UUKS 39
Joseph de la Cerda a publié plusieurs ouvrage.-^ sur la Sainte Vierge L'un deux a pour lilre : Maria effigies Trinitatis. L'auteur y explique que le Cœur de Marie est la vivante image du Cœur du Père éternel, parce que, comme le Père éternel, bien que dans un sens différent, la sainte Vierge peut se glorifier d'avoir conçu et porté dans son Cœur le Verbe incarné : Eruclavit cor meum Verbum boniim (1).
Le pieux auteur va plus loin : il ne craint pas d'affirmer que le Cœur de Marie et le Cœur du Père éternel étaient tellement unis par l'amour qu'on peut dire, en un sens, qu'ils ne faisaient qu'un, et il en donne pour raison que l'amour ne souffre pas deux cœurs en deux personnes qui s'aiment tendrement : Aîïior cor duplex in duplici non palilur amante (2).
Dans un livre intitulé Ilierarchia Mariann, Barthélémy de los Bios célèbre les gloires, les douleurs et les trésors du Cœur de Maiie, et invite ses lecteurs à en faire l'objet de leur vénération et de leur amour :
« Nous devons, dit-il, avoir une grande vénération et une affection toute particulière pour le très saint Cœur de la Reine du Ciel, parce que c'est de ce Cœur virginal que sont procédées les deux premières choses qui ont donné commencement à notre salut et par lesquelles le mystère admirable de 1 Incarnation a été accompli (3). »
i. Cf. Cœur admirable. 1. 7, cli, 2.