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CHAPITRE II

Le Bienheureux Jean Eudes et l'organisation de la dévotion au Cœur de Marie

F. PRKMIKRES INSTÏTUTIONS bU P. KUDKS

E^i l,"HO^M:UK DKS SACr.KS COEURS

Origine «le la dévotion du Bionheureux envers les SS. Cœurs. — La Congrégation de Jésus cl Marie et celle de Notre-Dame de (.harité. — Le Benroicium sit. — L'Ave, Cok sa.nctipsiiiUM. — Promesses de la Sainte Vierge. — Al laques des Jansénistes et r.jponse du P. Eudes.

Jean Euvîe.s naquit à Ri, près d'Argrcntan. diocèse de Sccz, le 14 novembre KiOi. Dès son enfance, il se fil remarquer par son ardente piété et spccialemenl par une tendre dévotion à la Sainte Vierge. Après de brillantes études cbez les Jésuites de Catn, il entra dans la Congrégation de l'Oratoire où il fut admis le 25 mars IG23.

Le P. de Bérulle exhortait ses disciples à honorer Jésus en Marie et Marie en Jésus, à se lier à l'un et à l'autre par le vœu de set vitude et à faire de l'un et de 1 autre le centre de leurs pensées et l'objet de tous leurs exercices de piété. I.e P. Eudes goûta ces enseignements et travailla à les répandre parmi les fidèles La manière dont il convut la dévotion aux

LE B. l'UDKS ET SON APOSTOLAT 4-7

Sacrés Cœurs, surtout au début de son apostolat, s'en ressent visiblement.

Le 25 mars 1(543, il quitta l'Oratoire pour fonder une société nouvelle, la Congrégation de Jésus et Marie, à laquelle il assigna pour fins la formation du clergé dans les séminaires et le renouvellement de l'esprit chrétien dans le peuple par les exerc ces des missions.

Depuis quelque temps les Sacrés Cœurs de Jésus €t de Marie étaient devenus l'objet préféré de sa piété. Ses premiers biographes ne nous disent pa.s d'une manière précise à quelle époque il commença aies honorer (ij. Nous croyons qu'il le fît d'assez bonne heure, car le Royaume de Jésus, qui parut en 1637, est déjà tout imprégné de l'esprit de la dé-

1. Voici ce que nous lisons à ce .sujet dans Hérambourg, Vie du P. Eudes, II, ch. 11 : « Le P. Eudes dédia entièrement au Sacré ('.œiir sa congrégation quon peut dire y avoir été conçue, enfantée, nourrie et élevée. » Dans les Annales. I p. 384, Costil se borne à écrire : « Le P. Eudes avait h peine «tabli sa congrégation qu'il lui inspira la dévotion ()Our les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. » Quant à Martine, voici ce qu'il dit dans sa Vie du P. Eudes, 1. 8, v, 35 : « Dès le temps qu'il (le P. Eudes) était encore à TOfatoire, les premières idées de cette dévotion lui vinrent par la lecture de sainte Gerlrude, de sainte Mechtilde, de sainte Thérèse et de quelques autres saints personnages.. Il en fit le sujet de ses méditations et de ses oraisons et Dieu lui découvrit là-des.sus de si grandes merveilles qu'il en futravi d'admiration... Depuis ce temps-là, il s'y dé voua totalement, il regarda [les Sacrés Cœurs] comme le parfait modèle de toutes les vertus qu'il devait pratiquer. » Ces asscrtioiisassez vagues et qui ne concordentpas entièrement, ne sont pas appuyées d'aucune preuve, ce qui donne à penser que. sur cette question, les premiers biographes du Bienheureux n'avaient pour se renseigner que les données 'Contenues dans ses ouvrages, et que chacun deux les interprétait à sa façon.

iS KTUDR HISTORIQUE

votion aux Sacrés Cœurs ; bien plus, on y voit poindre par endroits la dévotion au Cœur de Jésus telle que le Bienheureux la prêcha plus tard, et les formules mêmes qui caractérisent sa dévotion et qui, dans la suite, lui devinrent si familières, s'y rencontrent déjà fî).

Les biographes du serviteur de Dieu sont unanimes à proclamer qu'il puisa sa dévotion aux. Sacrés C(eurs dans les ouvrages de sainte Gertrude, de sainte Mechlilde et de quelques autres saints personnages.

« Ce qui lui fit concevoir le désir de s'appliquer particulièrem.ent à cette dévotion, dit Hérambourg, ce furent, outre les impressions saintes qu'il en reçut dans l'oraison, les belles choses que Notre- Seigneur en avait enseignées à sainte Gertrude, sainte Mechlilde et sainte Thérèse (2). »

1. Le liicnlicureux y parle déjh du Cœur corporel 'in Sauveur, qui mérite, dit il. un culte particulier, et beaucoup plus encore de ce qu'il appellera plus lard son Cœur spirituel el son Cœur divin b-'jJi il appuie sur 1 union des Sacrés (^œurs de J^^sus et de Marie et il dit en parlant de l'un et de l'autre : Le dœur (le Jésus et de Marie. Déjà il donne k Jésus le nom de Cœur de Marie. Déjà il affirme que les anges et les saints n'ont qu un cœur avec Jésus et Marie et il aspire luiin^me à n'avoir qu i:n •.'<vm\' avec eux. N'esl-co pas \h, dans ses grandes litrnes, la dévotion aux Shi rés Cœurs telle que leBienheureiix la rhante dans Ses oITices et l'explique dans le Cœur admirahh' 1 Cf. Œurr^s comp!H<^s. 1, pp. 29S, 3:20. 323, 391. 395, .i97, 411, clc Ajoutons qu'il est déjJi fait mention <lu a Cœur paternel » de Jrsus dans une lettre écrite par le Bienheureux à Mme de Budos en 1029. Cf. Œuvres complètes, XI. p, tO.

2. Vir du P. Kudf'H, II. ch. M. Les biographes du l\ Eudes mentionnent sainte Thérèse à côté de sainte de'trude et de sainte .Mcchtilde sans doute parce que le Bienheureux lui-même en parle dans la Préface du Cœur admirable, mais il est à

« 11 avait été attiré à la dévotion au Cœur de Jésus, dit Costil, par les impressions saintes qu'il en avait reçues dans l'oraison et par les belles lumières que Notre-Seigneur avait communiquées à ce sujet à sainte Gertrude, sainte Mechtilde, sainte Thérèse et à plusieurs de ses fidèles serviteurs. Mais à force de contempler ce divin mystère, il y découvrit encore d'autres merveilles qui lui fournirent la matière de l'office et de la messe qu'il en a composés... Le culte qu'il rendit au Cœur de Marie vint de la même source, si l'on n'aime mieux dire que ce i'ul le fruit de l'heureuse expérience qu'il avait faite des bontés toutes maternelles de la Sainte Vierge (1). o

Le témoignage des historiens du serviteur de Dieu concorde pleinement avec les données que nous fournissent ses propres écrits. H publia en 1650 un Discours sur la dévotion au Cœur de la Bienheureuse Vierge, dont un chapitre est consacré à on exposer l'origine (2). Il nous la montre en germe ou déjà existante dans l'Evangile de saint Luc, les homélies des Pères, les livres de Canisius, du P. Poiré, du P. de Barry, et enfin dans les révélations de sainte Gertrude et de sainte Mechtilde, et il va de soi que c'est à ces^sources ([u'il l'a puisée.

Il est évident d'ailleurs, comme le remarquent

remarquer qu'il n'en fait pas menliou dans pa notice sur l'Origine et le l'ondeiiient de la dévotion au Cœur de Marie, et nous ne voyons pas qu'il lui ait. emprunté quoi que ce soif.

i. Annales, 1. p. 385. Cf. le texte de Martine citi page 47, note.

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