Œuvres complètes, WlU^Tp. MB sq
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C'est donc cet amour et cette charité ineffable que nous regardonsetrévcrons spécialement en notre très honorée Dame et en notre très chère Mère. C'est ce que nous entendons principalcmemt par son très saint Cœur. C'est sous cette belle qualité et sous ce glorieux tilre de MATER PULGHRyE DILECÏIONIS, MÈRE D'AMOUR ET DE CHARITÉ, que nous désirons honorer et louer singulièrement cette Vierge très aimable et cette Mère admirable (1). »
Dans un quatrième et dernier article, le Rienheureux indique les moyens à employer pour honorer le Cœur de Marie, Il va sans dire qu'il recommande de réciter la Salutation aux Sacrés Cœurs et de célébrer la fête du 8 février ; mais ce qu il recommande surtout, c'est d'imiter le Cœur de Marie en travaillant à se remplir de son esprit et de ses vertus.
Le Discours du P. Eudes est, on le voit, un petit traité de la dévotion au Cœur de Marie. C est le premier qui ail été écrit, et, dans son genre, c'est encore un des meilleurs que nous possédions.
En même temps que ce Discours, le Bienheureux ajouta à son livre sur la Décotion au Cœur de Marie huit litanies pour le jour et l'octave de la fête du Cœur de la Bienheureuse Vierge. Dans la suite, il en composa une neuvième pour la veille de la fête. Les invocations sont empruntées aux livres saints, aux ccrils des Pères et des écrivains ecclésiastiques les plus recommandables par leur science et leur piété. Le P. Eudes a réuni les principales dans une litanie
j. QJuvres coinpliles, Vlll, p. 431, eq.
que l'on récite tous les samedis dans la Congrégation de Jésus et de Marie (1).
m. ACTRKS INSriTUTFOINS DU B. JEAN KUDES
KN l'hONNKUR du COEUK de MAIllE
Les confréries du Cœur de Marie. — Premiers brefs d'indulgences. — La société du Cœur de la Mère admirable. — L'image de Notre-Dame des Cœurs. — La première chapelle dédiée au Cœur de Marie.
Le P. Eudes employait une partie de son temps à prêcher des missions et naturellement il profitait de l'occasion pour inculquer aux fidèles la dévotion au au Cœur de Marie. Dès l'ouverture de la mission, il en mettait tous les exercices sous sa protection, et, chaque semaine, il était fidèle à célébrer ses perfections et ses amabilités dans de solides instructions. Il faisait réciter au peuple la salutation qu'il avait composée en l'honneur des Sacrés Cœurs, et, quand il le pouvait, c'était un bonheur pour lui de célébrer solennellement la fête du 8 février, comme il l'avait fait à Autun en 1648. Mais il était à craindre qu'après son départ, la dévotion qu'il s'était efforcé d'inspirer à ses auditeurs ne vint à s'affaiblir et même à disparaître complètement. Pour obvier à ce danger, l'idée lui vint d'ériger des confréries qui auraient pour but
1. Voir ces litanies dans les Œuvres complètes, VIII, p. 18â sq. Cf. p. 405, 406, 469. Nous donnons dans r^p/>(?rtrf*cé'^ n. VL les litanies qu'on récite le samedi dans la Congrégation de Jésus et Marie.
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d'honorer le Cœur de Marie et en union avec lui le divin Cœur do Jésus (1).
Le Bienheureux lenla l'en [reprise à Beaune en 1048. Il y éiigca en faveur des personnes du sexe une confrérie du Cœur de Marie dont le succès fut <:omplct. A partir de ce moment, il en établit de semblables, quand il le put, dans les paroisses où il fut appelé à prêcher des missions, mais il y admit toutes les personnes pieuses, les hommes, prêtres ou laïcs, aussi bien que les femmes.
Les confréries érigées par le Bienheureux n'étaient pas uniquement destinées à honorer le Cœur de Marie, elles devaient en outre s'efibreer d'obtenir par son intercession que Di( u donnât à son Eglise des prêtres fervents et des pasteurs zélés. En y entrant, les fidèles se consacraient au Cœur de Marie, et, comme marque de leur consécration, ils s'engageaient à porter sur la poitrine un cœur d'étoile ou de métal portant l'inscription : Vive Jésus et Marie.
La formule de consécration rédigée par le Bienheureux est un peu longue, mais elle est très pieuse
i. Les premières confréries érigées par le P. Kudes portaient le nom <ie confréries du Cœur de Marie. C'est sous ce litre que Coslii, Annales l. p. 273, 448, et Martine. Vie du P. Etales 1. o, n. ()7 ; I. 8. n. '?*), mentionnent celles de Beaune (16i8) et de (iranviile {I0t>5!. On trouvera d"ans Y Appendice, n. 11. un Erenicc pour honorer le Cœur de Marie composé, croyonsnous, pour ces confréries et qui suflirait à montrer que c'est l)ien en l'tioiineur du Cœur de Maiic quelles éiaient érigées. Apres riiislitulirm de la i'ôte du Cœur de Jésus (1137:2), le P. Eudes ilédia les coufrJ'iics qu'il institua au Ca'ur de Jésus et de Marie. C est le titre (|u'elies poileuL dans les bulles de Clément .\ (1C74), et au.ssi dans les manuels de Coutanccs et de J..isieux rédiyi'is après ces bulles et en conforrailé avec elles.
LK B. EUOKS ET SON APOSTOÎ.AT 81
et comme elle mel en lumière la façon dont il comprenait la dévotion au Cœur de Marie, nous croyons devoir la reproduire dans son intégrité :
Elévation à la très sainte Mère de Dieu
pour kl choisir pour sa Mère
et protectrice et pour se donner entièrement à elle
Très aimable et très admirable Marie. Mère de mon Sauveur, prosterné à vos pieds en union de toute l'humilité, dévotion et amour de tous les cœurs qui vous aiment au ciel et sur la terre, je vous salue, vous honore et vous choisis aujourd'hui pour ma souveraine Dame, ma très chère Mère, la Reine de mon Cœur, la directrice de ma vie, ma protectrice, mon avocate et mon refuge en toutes mes nécessités spirituelles et corporelles.
Je vous offre et vous consacre mon corps, mon âme et toutes les dépendances et appartenances de mon être, désirant que toutes mes pensées, paroles et actions, et toutes les choses qui sont en moi pour le présent et pour lavenir soient autant d'actes de bénédictions vers la Très Sainte Trinité pour toutes Ica grâces qu'elles vous a faites. O Vierge très aimable, je dépose et résigne entre vo>i mains tous mes desseins, prétentions et intérêts, vous protestant que je n'en veux jamais avoir d'autres que ceux de votre Fils et les vôtres. Recevez-moi, s'il vous plaît, ô très chère Mère et Maîtresse, au nombre de vos serviteurs et des enfants de votre Cœur maternel ; regardez-moi et me traitez comme une chose qui est absolument vôtre ; disposez de moi et me con-
CCEl n UE MAIUE. — 6.
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(luisez en tous lieux non pas selon mes inclinations,, mais selon votre bon plaisir.
De mon côté, ô Vierge sainte, je prends aujourd'hui une ferme resolution et je vous fais une protestation de tout mon cœur de vous révérer, servir et aimer, et d'attirer tous ceux que je pourrai à faire de même en toutes les manières qu il me sera possible. Spécialement, je désire honorer d'une dévotion toute particulière votre Saint Cœur, et, pour cet effet, moyennant votre assistance, je lâcherai d'imiter autant que je pourrai, les principales vertus dont il est orne, mais surtout son humilité très profonde, son amour très ardent vers Dieu, sa charité très grande vers le prochain, sa pureté plus qu'angélique et sa soumission très accomplie à la divine volonté. O Reine de mon cœur, imprime/ vous même dans ce mien cœur une image parfaite des vertus de votre Cœur très sacré, afin que le cœur de l'enfant soit un vif portrait du Cœur de la Mère.
En mémoire de tous ces miens désirs et résolutions et pour marque du désir extrême que j'ai que Jé.sus et Marie vivent et régnent uniquement et éterneliemcnl dans mon cœur, je désire désorn»ais porter tous les jouis de ma vie à l'endroit du cœur ces paroles écrites dans la figure d'un cœui- : Vive Jésus et Marie. Priez votre cher Fils, ô Mère d'amour, qu'il les imprime lui-même dans le plus profond de mon cœur en la manière qu'il sait être la plus parfaite, afin qu'il n'y entre plus rien qui lui déplaise. Unissez tellement ce mieu cœur avec celui de mon Jésus qui est votre vrai cœur, que je
n'aie plus d'autres seiitimenls ou volontés que les vôtres et que je ne fasse jamais rien que ce qui sera le plus agréable au très aimable Cœur de Jésus et de Marie, et ce pour la pure gloire et le seul contentement du Fils et de la Mère, et afin que par ce moyen je sois véritablement du nombre des enfants de votre Cœur.
Bienheureux saint Joseph, saint Joachim, saint Gabriel, sainte Anne, saint Jean-Baptiste, saint Jean l'Evangéliste, mon saint ange gardien, tous les anges^ tous les saints et saintes de Dieu, je vous offre mon cœur ; offrez-le, s'il vous plaît, à mon Seigneur Jésus et à sa très sainte Mère, pour toutes ces intentions, et m obtenez d'eux par vos prières que toutes ces choses s'accomplissent en moi à la gloire de leur très saint nom. Ainsi soit-il (1).
Le Bienheureux exhortait les âmes pieuses qui s'enrôlaient dans la confrérie à réciter tous les jours VAve, Cor sanclissimum, à célébrer la fête du 8 février et, à partir de 1672, celle qu'il avait établie en l'honneur du Cœur de Jésus et qui avait lieu le 20 octobre, à imiter les vertus du Cœur de Marie, à accompagnerle Saint Sacrement lorsqu'on le portait aux malades, à visiter les pauvres, les prisonniers, les affligés, à prier et à faire prier pour la sanctification du clergé et à y coopérer effectivement en procu-
i. Œuvres complètes, {. Vfl!. p. 543. Voir dans l'Appendice, YExercire apiriïuei pour honorer le Cœur de Marie. i^.oinmo jious le dirons pins ioin. cet exercice est extrait du livi-e du iïicnheurt'iix sur la dévotion nu Irt-s saint Cœur et au très saint nom de la IJienlieareuse Vierge réédité à Dijon, eu 1634, par Jean-Hapliste Gontier.
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raiit l'établissement des séiiiiiiaires ecclôsiasliques.
Le zèle du lîionheuroux ne larda pas à avoir des imitateurs. De divers cotés, on vil. surgir des confréries modelées sur les siennes. Quelques-unes même furent approuvées et enrichies d'indulgences par le Saint-Siège avant que le P. Eudes songeât à solliciter pareille faveur.
Ainsi, à Morlaix, dans la chapelle de Notre-Dame des Vertus, située dans l'enclos du cimetière Saint- Martin, une confrérie composée de fidèles de l'un et de l'autre sexe avait été élaltlie p<.nr honorer le Cœur de Marie et celui de son divin Fils. Le 16 août lGt)C, le Pape Alexandre VU l'approuva en la forme ordinaire et lui accorda un bref d'indulgences. Le 4 juin de l'année suivante, elle fut érigée canoniquement par Mgr François de Visdelou, évêque de Léon. On a retrouvé la pancarte qui servait d'afliche à cette confrérie. On y voit, en tête du bref d'Alexandre VII, un grand cœur enilammé à l'intérieur duquel on aperçoit, comme dans les armesque le P. Eudes donna à sa Congrégation, un <( regard de Jésus et de Marie » En exergue, autour du cœur, on lit ces paroles ://on«e«r «a Cœar de Jésus et de Marie, m Mère. 11 ne paraît pas que le Bienheureux ait connu l'existence de cette confrérie, mais le vocable sous lequel elle fut érigée, le cœur enflammé qui orne la pancarte et le regard de Jésus et de Marie à l'intérieur du cœur montrent clairement qu'elle relève de son influence (1).
1. !.'• Doré, A.?* Sacres Cœurs et le Véuérablr Jean Eude<, I, |). ISisq.