‹ La dévotion au cœur de MarieChapitre 67 sur 221 · Migne, 1. c, col. 1446 sq · texte numérisé non relu

Migne, 1. c, col. 1446 sq

être prononcée dans une chapelle de religieuses, très probablement de Bénédictines. A lire l'exorde, il paraît évident qu'elle fut composée pour la fête du Cœur de Marie. Le prédicateur commence en effet par déclarer que, s'il lui est doux de parler de Marie, il trouve la tâche difficile, surtout étant donné qu'il faut parler de son Cœur.

« Si le Cœur de Marie, dit-il, est un abîme de^ grâce, qui pourra le sonder ? Si c'est le cabinet de la suradorable Trinité, qui osera y entrer ? Si c'est un paradis de délices, qui pourra le comprendre ? Si c'est un ciel de gloire, qui le pourra envisager ? Si c'est la vive image du Cœur auguste de Jésus, qui le pourra représenter ? Si c'est, comme parle saint Jean Chrysostome, un abîme de mystères, qui l'entendra? Ce Cœur est la maison de la sagesse, l'oratoire du Saint-Esprit ; ce Cœur est un mystère qui n'a point encore été découvert, c'est un secret aux âmes les plus éclairées et qui n'est connu que de Dieu seul. »

« Mais, ajoute loraleur, il faut aujourd' hui que le respect cède à l'affection. Il faut au inoins, dit saint Ildephonse, son dévot chapelain, que nos cœurs se consument d'amour, si nos esprits et nos langues se trouvent trop faibles pour lui donner les louanges que sa grandeur mérite... Abandonnonsnous à l'amour, et, si nous parlons mal, je veux dire si nos discours sont trop éloignés du mérite de leur sujet, an moins aimons véritablement Que ce discours soit un discouis d'amour et au commencement, et au milieu, et à la fin. »

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Le jour où le prodicaleur avait à prendre la parole Tobligeait donc à parler du Cœur de Marie, et on ne s'expliquerait pas une obligation de ce genre s'il ne s'agissait de la fêle du Cœur de Marie.

Le sermon de M. Boudon est intéressant à plu» d'un titre. Comme tout ce qui sorkiit de la plume ou des lèvres du pieux archidiacre, il est très riche de piété et de doctrine. On y retrouve souvent les idées du P. Eudes. Le prédicateur invoque même son autorité sans pourtant prononcer son nom, qu'il sait être connu de son auditoire.

(( Le Cœur de Marie est roi, s'écrie-t il. parce qu'il est le Cœur de la Mèie de Dieu. Ça été lui, dit l'un (le ses plus grands dévols, donl Je ne vous eache pas le nom : // se nomme le dévol du Conir de fa Bienheureuse Vierge, sa dévol ion particulière étant assez connue par le bel ojfice qu'il a composé en son honneur ; c'a donc été. dit ce dévot personnage, ce Cœur qui a été le principe de la vie humaine et sensible de l'Enfant- .lésus, puisque, pendant que l'enfant est dans le sein de sa mcrc, le cœur de la mère est tellement la source de la vie de l'enfant aussi bien que de la sienne propre, que la vie de l'enfant n'en dépend pas moins que celle de la mère... »

Pour prouver la royauté du Cœur de Marie, l'orateur en aj^pcllp à son union étroite avec le Cœur de Jésus, et il est impossible de ne pas reconnaître dans ce passage les idées de Saint François de Sales et du bienhcuionx Jean Eudes.

« Mais, dit-il, l'argument qui me semble le plus pressant et qui conclut, c'est l'union, on peut même

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dire l'unité de ce Cœur au Cœur de Jésus. L'on rapporte des premiers chrétiens qu'ils n'a /aient qu'un cœur et qu'une âme ; à plus forte raison, peut-on dire la même chose de Jésus, Fils de Marie, et de Ma rie, Mère de Jésus. On le disait des premiers fidèles, parce qu'ils n'avaient qu'un même esprit, mêmes désirs, mêmes sentiments, mêmes desseins et mêmes affections ; mais nous devons le dire de Jésus et de Marie qui, à plus juste raison, avaient mômes inclinations et mêmes volontés. Et si saint Paul a pu dire avec vérité que ce n'était plus lui qui vivait,, mais Jésus qui vivait en lui, ô Dieu d'amour, que pouvons-nous dire de la précieuse Vierge Marie? Et qu'est-ce que la Mère du bel amour pourrait dire làdessus? Oh! qu'il est vrai que Marie ne vivait pas, mais Jésus dans Marie. Jésus était l'esprit de son esprit, lame de son âme et le Cœur de son Cœur ; sachez que c'est une vérité aussi solide que pieuse que le Cœur de Marie est le Cœur de Jésus, tellement que si le Cœur de Jésus est roi du ciel et de la terre, il faut nécessairement que le chaste Cœur de Marie possède la même qualité. Il n'y a nul moyen de séparer la puissance et la douceur du Fils et celles de la Mère : c'est la même chair, un même esprit et un même amour de tous les deux. »

« Allez donc, continue rorateur, allez. Cœur aimable, anéaji lissez-vous, à la bonne heure, changezvous, transformez-vous au Cœur glorieux de Jésus ; jouissez de ses grandeurs et de son autorité royale, soyez tout puissant au ciel et en la terre, vivez et régnez par tout et en tout. Vous voilà... dans le plus.

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haul point de vofrc émincnce ; mais les yeux de mon esprit s'éblouissent parmi tant de divines clartés dont je vois ce grand, ce chaste, ce précieux et adorable, cet incomparable Cœur environné de toutes parts ; il n'est plus, il est vrai, mais il est Jésus. »

El le prédicateur termine cette partie de son discours par la prière suivante :

« 0 Cœur de Jésus et de Marie..., nous vous adorons, nous vous supplions pour l'administration de votre royaume :puissiez-vous posséder tous les ccieurs, puissiez vous régner sur tous les cœurs ! Que votre empire soit universel ; que le péché, votre cruel ennemi, ce maudit antéchrist, soit extirpé et détruit. Régnez, aimable Cœur, dans nos cœurs, dans les cœurs de tous les chrétiens, dans les cœurs de tous les hérétiques, dans les cœurs de tous les infidèles. O ciel, ô paradis, conspirez avec nous, joignez vos prières avec les nôtres : que le Cœur de Jésus ef de Marie soit à jamais le roi souverain de tous les cœurs. ;•

On voit par cette prière que si Boudon fai.sait siennes les idées du P. Eudes, il nhésilait pas non plus à lui emprunter son langage et à dire avec lui : Le Cœur de Jésus el de Marie.

La dévotion qu'il prêchait ainsi de vive voix, Boudon la recommandait également dans ses écrits. Son livre du Saint Esclavage contient de belles pages sur la dévotion au Cœur de Marie. Le chapitre troisième du deuxième traité lui est consacré presque en entier. Le pieux auteur y célèbre avec entliousiasme les perfections de ce saint Cœur, et il conclut i)ar ces belles paroles :

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« Qu'un chacun porte ses dévotions où il voudra ; pour moi, j'entends qu'après mon Dieu, ô aimable, 6 doux, ô ravissant objet, tous les désirs qui s'écloront dans mon cœur, tous les mouvements qui s'élèveront dans mon âme, tous les actes qui se formeront dans ma volonté, toutes mes actions soient consacrées à la gloire pour la gloire de Jésus... O Cœur inestimable ! je t'aime plus que mes yeux, plus que mon cœur, plus que ma propre vie (1 i. »

Boudon raconte ensuite tout ce que le P. Eudes cl ses enfants ont fait pour l'établissement de la dévotion au Cœur de Marie et il termine par cet éloge de l'office du Bienheureux que nous avons déjà cité :

(( L'on peut dire avec vérité que c'est un des offices les plus dévots que nous ayons, el qu'il semble que la Sainte Vierge en ait inspiré la douceur ; il est bien difficile de le lire avec attention sans avoir le cœur saintement attendri (2). »

Dans une lettre datée du '2'2 février 1702, nous voyons le pieux arcliidiacre adresser à son ami, M. Thomas, une consécralion au Cœur de Marie.

« Voici, lui dit-il, votre dévotion au très saint Cœur de l'admirable Mère de Dieu que je vous envoie, avec une autre que la divine Providence m'a fait faire ; mais celle dernière est un peu longue ; choisissez laquelle des deux vous ferez imprimer (3). »

!. Migno, t. 2. col, Uo.

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