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Letierce, Etude sur le Sacre-Cœur, l. 2, p

184 ÉTUDE HISTOniQL'K

Un Jésuite italien, le P. Pinamonti, voulut en traiter plus amplement. Il en fit l'objet d'un opuscule qui parut à Florence, en IG99, sous ce litre : Il sacro Cuore di Maria (1).

Le livre se compose de sept considérations ou méditations, une pour chaque jour de la semaine. Elles ont pour sujet : 1 . Le Cœur de Marie, miroir sans tache. — 2. Le Cœur de Marie vraiment digne d'une Mère de Dieu. — 3. Le Cœur de Marie, abîme de grâces. — 4. Le Cœur de Marie, fidèle image du Cœur de Jésus. — 'J. Le Cœur de Marie, sphère embrasée des ardeurs du saint amour. — 6. Le Cœur de Marie, submergé dans un abîme de douleurs. — 7. Le Cœur de Marie, délices du Cœur de Dieu.

Ces considérations sont uniformément divisées en trois points. A la suite de chacune d'elles, ou trouve une prière en rapport avec le sujet et des pratiques pour honorer Marie, dont plusieurs sont empruntées à la Philagie du P. deBarry ou au Diario de dom Marchèse.

L'opuscule du P. Pinamonti est excellent. II est

1. Le livre de l'inamonli a élo traduit en diverses langues. Nous avons entre les mains une tradiiefion latine, qui parut à Clratz. en 1728, sous «e titre : Sacîalissinuttn Cor Mariœ, sive summa Maria: sanctitas, per seplern selectissimas considerationes et pulolierrimas sanctornni praxes primuni italico idioinale a Reverendn Faire Joanne t'elro Pinamonti proposita, uunc in latinuni translata, et Ahnn; ae Vencrahili sodalitatî ^Iajori B. M V. ah angelo salutahn et sine labc originali C.oneepla; in acadcmico soc. Jesu coliegio (Irarii erecla? et confirlualae, pro Xeniu oblata. Anno a parlu Virginis M.IK'.C.XXVIIl. 'Iraecii, Liloris Ha^redum Widnianstadii. C'est d'après celle traduction que le P. Nilles cite le P. Pinamonti dans son livre Me rationibuf fcstorum.

I,V DÉVOTION APRÈS Li: B. EUDES 185

très riche de doctrine et aussi pieux que solide. Il s'en faut louleCois qu'il ait la portée des ouvrages du P. Eudes. En récrivant, le P. Pinamonti ne se proposait que de faire connaître et aimer la Très Sainte Vierge. Il ne paraît pas qu'il songeât à donner à son culte une orientation et une forme spéciales, encore moins à procurer l'établissement d'une fête solennelle en l'honneur du Cœur de Marie.

En France, cette fêle se répandait de plus en plus., surtout dans les communautés religieuses. Nous en avons une preuve manifeste dans la réédition à Lyon, en 1700, des offices du P. Eudes en l'honneur des Sacrés Cœurs, avec la traduction française en regard du texte, des notes explicatives, un panégyrique du Cœur de Jésus et un autre du Cœur de Marie, les litanies de ces deux Cœurs composées par le P. Eudes, VAve Cor sanclissirnum en latin et français, cl enfin trois hynnics en l'honneur du Cœur de Jésus (\).

L'auteur de celte publication était un prélie de l'Oratoire, le P. Bourrée. Son nom ne figure pas au titre du livre, mais il est indiqué dans le privilège accordé au libraire, le ]23 juin IG9I), pour lui assurer le monopole de l'impression et de la vente de l'ouvrage.

{. Offices drosifés en rho?i/)eur des Sacrés deurs de Jésus l'i de j)fovie. Avec leurs octaves, messes, nnticnne.s, litanies, iiymncs el panéjï.yriques particuliers. Laliii-IVançais. Enricliis lie notes aussi sa\antes que pieuses el uliles aux âmes ri? vol es. tirées des plus heniix endroits de l'Ecrilure sainte. Le tout dirigé suivant l'ordre du Bréviaire, augnicnti' d une table pour la commodité de ceux qui s'en serviront. A Lyon, cliez.Iean Cerfc, rue Mercière, à la 'l'rinité. M.DCC. Avec apjtrobalion et privilège du roi. 1 vol. in-8* de 464 p.

186 KTUDK HISTORIQIE

Dans la préface, le P. Bourrée déclare qu'en publiant son livre, il sest proposé de favoriser la diffusion du culte des Sacrés Cœurs.

« Voyant, dit-il, que ce culte fait de jour en jour de nouveaux progrès et que le ciel y répand à pleines mains des bénédictions, j'ai cru que rien ne pouvait contribuer davantage à lentretenir et à le répandre que de mettre entre les mains de tous les fidèles rofTice de ces Sacrés Cœurs. Car un des principaux moyens que lEglise a employés dès les premiers siècles de son établissement pour conserver dans ses enfants lespiit dadoration, de reconnaissance et d'amour pour les mystères du Sauveur du monde, a été de les célébrer tous les ans par des fêtes publiques, qui rendaient ces mystères présents aux yeux de leur foi et leur dormaient les moyens d en recueillir les effets. »

« Cette solennité, continue-t-il, fut instituée, il y a cinquante ans, avec la permission et l'approbation d'un grand nombre de nos Seigneurs les Evèques d'un mérite distingué pour être célébrée dans une communauté de prêtres de Normandie, dont le supérieur avait été élevé delà main de l'éminenlissime cardinal de Bérulle et nourri dans la piété envers les mystères du Verbe incarné. »>

On le voit, tout en désignant clairement le P. Eudes, le P. Bourrée évite de le nommer. Il s'applique même à faire remonter jusqu'au cardinal de Bérulle le mérite des offices qu'il publie. On dirait qu'en les composant le P.Eudes na fait que répéter ce qu'il avait appris à l'école du fondateur de l'Oratoire!

Le P. Bourrée destinait son livre à tous les fidèles, mais surtout aux religieuses, et c'est pour cela qu'au texte des offices il ajouta une traduction française et des notes explicatives. La traduction des hymnes est en vers. Dans la préface, le P. Bourrée nous apprend qu'elle n'est pas de lui. Il l'avait demandée à AL de la Monnaie, ancien correcteur à la chambre des comptes de Dijon.

L'ouvrage du P. Bourrée dut obtenir un succès <:onsidérable, car on le rééditait encore à l'époque de la Bévolution, ce qui suffirait à montrer que, même après la publication de plusieurs offices du même genre, ceux du P. Eudes restèrent en usage en beaucoup d'endroits (1).

Un autre fait qui prouve que la dévotion au Cœur de Marie progressait rapidement, ce sont les nombreuses confréries du Cœur de Marie qui furent instituées à la fin du xvn* siècle et au commencement du xvin*. On en établit à Apt, dans l'église des Carmes (lt»80) (2), à Poitiers, chez les religieuses

1. Office du Cœur rh' Jésus avec octave. A Parfs, <le limpriinerie de Crapart. 1792. 1 vol. iR-i2 de 176 p. — Office en l'honneur du très saint Cœur de la Sainte Vierge. A Paris, de limprimerie de Gi-apart, rue d'Enfer, n° 129. M. DOC. XCII. 4 vol. in-12 de 1.32 p. — Dans celte édition, on trouve la traduction en regard du texte, mais les notes marginales et les panégyriques ont été supprimés.

2. L'établissement de la confrérie d'Apt fut autorisé par Jean de Gaillard, évèque du lieu, le 7 lévrier 1680. Avant son élévation à lépiscopat, Jean de Gaillard était chanoine de Coutances. Loi"squ'il fut nommé évèque d'Apt, il résigna au P. Blouet de Ganiilly la théologale dont-il était titulaire, (i'était donc un ami des Eudistes et il est clair que la confrérie dont il autorisa l'érection se rattache à l'apostolat du F, Eudes. Cfi Costil. An^

1H8 KTUDF. HISTORfQl'Ii:

<le Notre-Dame (1003), à Sarlat, chez les religieuses de Notre-Dame ;iG99j, à Troyes, dans l'église des Dominicains t 1702), à Aigueperse, dans léglise paroissiale (1703), à Rennes, dans l'église des Carmes (1704), à Pisc. chez les Barnabites (I70.j),à Orléans, dans l'église des Carmes (I700\ à Béziers, chez les leligieuscs de Notre-Dame (1717), à Vilna, chez les Visitandincs (1717), à Miscendorf, chez les Clarisscs (1718), à Liiiz. chez les Ursulines (1710), à Vienne, en Autriche, chez les Chanoinesses de Saint-Augustin (1719). a Gray, chez les Capucins (1720), à Porlolongonc, dans l'église Saint-Jacques (1721), à Plaisance, dans l'église Saint-Georges (1723), à Bourges, dans l'église des Sœurs (1723), à Besançon, chez les Ursulines (1724), à Bourbonne, dans l'église paroissiale (1724), à Langeac, chez les religieuses de Notre- Dame (1724), à Prague, chez les Chanoinesses de Saint-Auguslin (1725).

A côté des confréries dédiées au Cœur de Marie, nous en trouvons daulres qui étaient consacrées à honorer les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie : à

noies, I. p. rii'3. On trouve dans Ha» hclIc-Uesporles. La dévotion au C(cur de Maine, p. Mi (l-Mit 1825) l'acte par ieiiiiel il a'ilorisa r»''tul>lis?(:nicnf de colle confréiio. Cet atiloiir ajoiiîe <jue. de son li-mfts, on lisait dans l'église des C;irnies, auprès de la chapelli- dédiée au Cœur de Marie, une formule de consécration de la ville d .\pt, dont voiii la conclusion : Apta Jui.ia, Cordi Virfjinh addictissima. seipsani suonimque riviiim corda dat, dicat, dcdicat ; potius mûri parafa qiiam Mariano non vivere Cordi. Cette inscri|dion a disparu, mais le curé d'Api écrivait vers 1870 à MM. Lambert et Duirette que les anciens du pa.vs se souvenaient de l'avoir vue dans l'ancienne église des Carmes. Cf. Landterl et lUiirette. Histoire de l'église de Notre-Dame des Victoires, l'aris, 1871', p. 2i0 sq.

Rennes, dans l'église de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle (1608). à Huy, dans les Pays-Bas, chez les Célestines (1698), à Yilledecran, chez les Dominicaines (1702), à Falaise, dans la chapelle de l'Hôtel-Dicu (1703), à Quimperlé, chez les Dominicaines (1703), à Espalion, chez les Ursulines (1712), à Thrain, dans réglise de Notre-Dame (1710), à Sanfermo, dans l'église Sainte-Marie (1721), à Brulen, chez les Récollels (1721), au Faouet, chez les Ursulines (1722J (1).

Il va sans dire que, dans toutes ces confréries, on célébrait, avec plus ou moins de solennité, la fête du Cœur de Marie. C'était la fête patronale, ou tout au moins l'une des fêtes patronales. Et il y a tout lieu de croire que, en beaucoup d'endroits, on se servait, pour la célébrer, de la messe et de l'office du P. Eudes, car, à cette époque, il n'y en avait pas d'autres.

La liste des confréries que nous venons de dresser, montre que la dévotion au Cœur de Marie se répandit de bonne heure en divers pays.

Nulle part, elle ne se développa plus rapidement qu'au Canada.

C'était alors une colonie française, que l'on désignait sous le nom de iSoavclle-France. Le P. Eudes y comptait de nombreux amis. Le premier évêque de Québec, Mgr de Montmorency-Laval, l'honorait

1. Le catalogue des confréries érigées en l'honneur soif du Cœur de Marie, soit des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie se trouve dans Galliffet, Excellence de la dévotion au Sacré- Cœur, 2* partie ; Hachetle-Desportes, Dévotion au Cœur de Marie, p. 185 sq. ; Nilles, De rationibus festorum 1. p. SCin'i. Edil.

de son amitié, et paimi les prêtres qui, sous sa haute direction, évangélisaicnt la colonie naissante, quelques-uns. et non des moins influents, venaient de l'Ermitage de Caen où le Bienheureux était vénéré. D'autre part, à IHôtcl Dieu du Précieux sang, vivait une sainte religieuse, la mère Catherine de Saint- Augustin, qui, toute jeune, avait profité de ses instinictions et de sa direction pendant une mission qu'il prêcha à Sainl-Sauveur-le-Yicomte en 1043. On comprend que, dans de pareilles conditions, la dévotion au Cœur de Marie se soit facilement implantée dans la Nouvelle-France.

C'est à l'Hôtel-Dieu de Quéhcc qu'elle s'épanouit tout d'abord. Lu tradition raconte qu'elle y fut apportée par la mère Catherine de Saint-Augustin, qui réussit à la faire adopter par la communauté. Toutefois ce n'est qu à partir de 1690 que la fête du Cœur de Marie fut établie dans la maison. Cette année-là, la colonie se trouva à deux doigts de sa perte. Une flotte anglaise très puissante, que commandait l'amiral Phips, vint mettre le siège devant Québec. La ville semblait hors d'état de se défendre. Elle se défendit pourtant éncrgiqnement. et. an bout de quelque temps, Phips se vit contraint de se retirer (j). Les habitants attribuèrent ce succès inespéré à la très Sainte Vierge et s'efl'orcèrent à l'cnvi de lui en témoigner leur reconnaissance. Les religieu.ses de rilotel-Dieu profitèrent de l'occasion pour solliciter l'autorisation de célébrer chaque année, le 3 juillet,

1. Cf. Myran-l, Sir Williain Phips devant Québec. Québec, D<iiners et frère. 1893.

une fête solennelle en l'honneur du Cœur de Marie, et Mgr de Saint- Vallier, qui avait remplacé Mgr Laval sur le siège de Québec, le leur permit par lettrespatentes, en date du lo novembre 1690, dont voici le texte :

(( Jean, par la grâce de Dieu etdu Saint-Siège apostolique, évêquc de Québec. A tous ceux qui ces présentes liront, salut.

« Comme il n'y a rien de plus doux et de plus salutaire aux chrétiens, et surtout aux âmes religieuses, que d'entrer dans le Cœur de la très Sainte Vierge, et que le moyen de parvenir à un si grand bonheur, c'est de l'honorer autant qu'on le peut, nous ne pouvons nous empêcher d'approuver la demande que nous ont faite nos très chères Filles en Notre-Seigneur, les religieuses hospitalières de cette ville de Québec, d'en célébrer la fête avec toute la solennité et toate la ferveur dont elles sont capables. Nous jugeons par là qu'elles connaissent les inclinations de leur Epoux, puisqu'elles ne sauraient rien faire qui lui plaise davantage ni qui l'oblige plus efficacement à leur communiquer les grâces dont elles ont besoin pour soulager ses membres, qui sont les pauvres. D'ailleurs, ce Cœur sacré étant la source précieuse d'un ruisseau encore plus précieux qui est le sang de Jésus-Christ, auquel elles sont obligées par leur Institut et par leur fondation de rendre des hommages particuliers, elles ne pouvaient choisir une dévotion plus conforme à l'esprit de leur règle et aux intentions de leur fondatrice. Nous avons

192 KTirtF. msroRiQt't:

inèmc sujet de croire que la Mère de Dieu qui, par plusieurs miracles, vient de nous délivrer des Anglais, ses ennemis et les nôtres, a inspiré à ses Filles <le rendre à son aimable Cœur des hommages nouveaux dans la Nouvelle-France, pour graver plus profondément dans tous les cœurs le souvenir d'un bienfait si signalé. Ainsi, pour satisfaire un désir si pieux et si propre à immortaliser la victoire dont nous sommes rcdeva])les à la Reine du Ciel, après tivoir vu et examiné l'office et la Messe du très saint Cœur de la Bienheureuse Vierge par le P. Eudes, dont la mémoire est en bénédiction, et approuvés par plusieurs illustres prélats, nous pcj*mettons à nos dites Filles, qui nous les ont présentés, de chanter l'un et l'autre solennellement tous les ans, le lioisième jour de juillet, ainsi qu'elles lonl souhaité, leur accordant à même temps l'oraison des Quaranle-lleuics, qui commenceront le même jour, et l'indulgence pléniijre à tous ceux qui, pendant ce temps-là, se confesseront et communieront et diront leur chapelet devant le Saint-Sacrement dans leur église pour remercier Dieu des dons immenses dont il a orné cet auguste Cœur.

Donné à Québec le 15 novembre 1090.

Signé : Jean, Evêque de Québec (i)

Peu de temps après, le Souverain Pontife daigna

i. Archives de IIIolel-IMcMi tleQuébec. Plus tard, Mgr deSainl- Vallior piihlia un iiiaiidcmoiit où il annonçait ;i ses diocésains l'élahlisseinciil de la IV-le «lu Cœur de Marif à IHùlel-Dieu de (Juébcc. On on trouve le texte dans Tèlu et (îaynon, Maiidemrnis des Evèques de Québec, I, p. 385.

LA DlhOTION APRRS LE B. ECUKS 193

accorder une indulgence plénière à tous les fidèles, qui, s'étant approchés des sacrements de pénitence et d'Encharistie, visiteraient la chapelle de rilôfel- Dieu le jour de la fête du Cœur de Marie, et les prièles des Quarantc-Heures cessèrent d'être unies à la célébration de cette fête.

Quelques années plus tard, Mgr de Sainl-Yallier fonda l'Hôpital général de Québec et en confia la direction aux Religieuses de l'Hôlcl-Dieu, qui y apportèrent la fête du Cœur de Marie (I). De son côté, l'évêque de Québec ût construire dans l'église de l'Hôpital général une chapelle, qu'il dédia au Cœur de Marie. H y plaça un tableau dans lequel il était représenté à genoux devant le Cœur de la Reine du Ciel et c'est dans cette chapelle qu'il voulut être inhumé (2).

De Québec la fête du Cœur de ^farie ne tarda pas à passer à Montréal.

En 1718. Mme Pierre Biron fonda, pour le 3 juin de chaque année, une messe basse et un salut du Saint-Sacrement en l'honneur du Cœur de Marie chez les Religieuses de la Congrégation de Notre- Dame. L'intention de Mme Biron était, dit l'acte de fondation, « de se conformer au zèle que les sœurs ont toujours eu d'inspirer la reconnaissance et l'amour de ce très saint Cœur aux enfants qu'elles instruisent, tant en leur maison dans cette ville [de Montréal] que dans les missions de la campagne,

1. Mgr lie Saint- Voilier et i Ilôitital général de Québec, p. 2.J0. Québec, 187:2.

2. }J(jr de Suint- VaU'u-r e! l'Hôpital général de QuéhecA. c,

CœiH l»E MAUlt:. — 1.1.

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et que par là il soit honoré dans toutes leurs missions érigées ou à ériger à l'avenir dans tout le pays ( l). »

L'année suivante (1719), Mgr de Saint-\ allier permit aux sœurs- de célébrer chaijue année, le 3 juin, la foie du Cœur de Marie avec exposition du Saint- Sacrement, et il daigna attacher à cette solennité l'une des trois indulgences plcnières qu'il était autorisé par le Saint-Siège à accorder aux fidèles dans les limites de son diocèse (2).

1. Annales dus Religieuses de la Congrégation de Xotre- Danie.

â. Annnlei? des Ihdigieuses de la Congrégalion de Notre- Dame VA. Vif de la sœur Bourgeois, 11. p. 254. .Montréal, 1853. Le 19 juin ITiil, un violent incendie rlélruisil une partie de la ville de Mouli\"al Les sœurs de la Congrégation ny écliappèreuL que tirAre à !rt prolortion dn Cœur île Marie. « Dès que les s«eurs. dont lencios est contigu k celui «le IHôtel-Dieu, virent cette dernière maison en feu, elles ne doutèri-nl point que la leur 110 devînt aussi, en peu d'instants, la proie de cet affreux incendi'-. car le vent poussait les fiammos s\ir leurs bâtiments qui t'taicnl d<'jà Inul couverts dt'-lincelies. I)ans un péril si imminiînt et qui semblait même inévitable, elles sadrossorent au Cœur iiumaculé de .Marie dont elles célébraient la fête depuis quelques années ; et, comme si iJieu eùl voulu autoriser celte dévotion nouvelle [)ar un signe visible de sa protection, lèvent changea tout à coup et les (lummes prirent une autre direction... Los KiiK's de la Congrégalion prolongèrent leur action de gr;\f"es pf>ndunt ime année entière : et afin de laissera celles oui viendriicnt après elles un mémorial d'une assistance si providentielle, elles en firent le récit i)ar écrit et le déposèrent dans leurs archives. Nous avons considéré cet événement, disenl-oiles d;ins celte relation, comme ime marque toute particnli.'-i-e de la bonté du Seigneur et do la protection de la Sainte Vierge Afin de conserver la mémoire de cette faveur et den témoigner notre reconnaissance à son auteur, nous avons fait dire, avcila permission de nos supérieurs, une messe dans nalre é"lise tcus les preniiers samedis de cliaque mois, pendant un au. en l'iinnneur i\\\ Sacré Ca-ur de .Marie. » Vie de la sœur Bourgeois, II, [>. 270.

LA DÉVOTION APRÈS LE B. IX'DKS J9o

Enfin, le 1"^' janvier J722, l'évêque de Québec, qui ^lait encore Mgr de Sainl-Vallier, érigea dans l'église paroissiale de Montréal, desservie par les prêtres de Saint-Sulpice, une confrérie du Cœur de Marie et permit d'y célébrer, le 19 octobre, la fête du Cœur de la Bienheureuse Vierge.

« Nous avons érigé, dit le pieux évèque dans la lettre d'institution, nous avons érigé et érigeons dans une des chapelles de l'église paroissiale de Ville-Marie la dite confrérie du Sacré Cœur de Marie avec permission d'exposer le Saint-Sacrement le dix-neuvième joui' d'octobre, qui est le jour que nous voulons que se célèbre la fête du Sacré Cœur de Marie, déjà consacré à la dévotion de son Intérieur, et d'y chanter une grand'messe propre à la dévotion de ce Sacré Cœur que nous approuvons pour ce diocèse (1). »

La messe approuvée par Mgr de Saint- Vallier était, nous l'avons vu, celle du P. Eudes, et c'est d'elle que. durant de longues années, on se servit à Montréal et à Québec, comme en tant d'autres lieux, pour chanter les louanges du Cœur de la Bienheureuse Vierge.

C'est elle également, croyons nous, que Mgr François-Paul de Neuville approuva, lorsque, le Ifi juillet 1710, il permit aux confrères du culte perpétuel de la Sainte Vierge de célébrer chaque année, le

1. Têlii el. G.ignon, Jfand<.'ments des éoèques de Québec, I. ji. wOî), sq. A la suite des lettres-patentes, on trouve les Rèijles tle la confrérie.

196 ÉtUUS HESTURIQLK

8 février, la file du Cœur de Marie dans l'église du (îrand IIôlel-Dieu de Lyon (i).

n. IV p. UK GALI.IFFET KT f.V PKVOTION AU

CCytLR DK MARIK

Instiimes pour obtenir la concession do la fêle du Cœur de Jésus. — Le livre de Y Excellence de la dévotion au Cœur de Jésii'i : son succès. — Place qii y occupe la dévotion au Cœur de Marie. — lîapporfs entre les deux dévotions dapros le P. de CiallitTel. — Exercices pour iionorer le Cœur de .Marie : la réparation. — Lotlice du Cœur (!<■ Marie : ses rapports avec l'office du P. Eudes.

Apres le liienheuieuv Jean Tùules, il n"est personne qui ail anlaiil contribué à la diffusion de la dévoUon au Cœur de la Bienheuicuse Vierge que le P. de Calliffel.

On sait qu'en 1720 des démarches furent faites en cour de Rome en vue d'obtenir la concession de la fêle du Cœur tie Jésus avec messe et oirice propres. Elles émanaient des Religieuses de la Visitation el de Mgr Szaniawsky, évéquc de Cracovie, et elles étaient appuyées par Auguste II, roi de Pologne, el Philippe V, roi d Espagne. Le P. de Galliflel, alors assistant du supérieur général des Jésuites, fut chargé de poursuivre l'affaire, et, (lans ce but, il rédigea un excellent Mémoire, auquel plus lard il îijouta de Nouvelles observations pour répondre aux objections du Promoteur de la foi.

I. Cf. Calliffel, L' Excellence de la di-votion nu Cœur de .hiius, i' partie, .Nppruualions des archevêques et évêques.

L\ DKVOTfON APUKS l,F- C. KLDF.S 197

Dans ce Méino're, il faisait observer que, selon toute vraisemblance, 1 établissement de la fêle du Cœur de Jésus aurait pour consé(|uence l'institution d'une fêle en l'honneur du Cœur de Marie, et, dans ses réponses au Promoteur de la foi, il ajoutait que. bien loin de s'en inquiéter et de s'en plaindre, il fallait au contraire s'en féliciter.

« jNous ne pouvons le nier, disait-il. il est probable que la fête du Cœur de Jésus sera suivie de la fclc du Cœur de Marie, car cela est conforme à la pratique et aux usages de I Eglise. Mais cela doit-il empêcher la sacrée Congrégation de nous concéder la fête du Sacré Cœur ? Ah ! qu'il nous soit permis de donner un libre cours à nos sentiments ! Qu'il nous soit permis de nous adresser aux l-lminentissimes Cardinaux et d'en appeler au témoignage de leur conscience. La fête du Cœur de Marie suivra la fête du Ca-ur de Jésus ; nous le pensons aussi ; mais est-ce donc là un péril à conjurer? N'estce pas plulc)t un événement soviveraitiement désirable ^ Car remaïqucz qu'on peut penser, proportion gardée, du Cœur de ÎNIarie ce que l'on pense du Cœur de Jésus. Ce Cœur immaculé de Marie ne doit pas être pris uniquement dans son être matériel, mais commeélant le centi'e anim<''dc toutes ses vertus et de toutes ses affections ; en un mot, il exprime tout l'intérieur de la trrs Sainte Vierge. Or, en ce sens, quoi de plus noble que le Cœur de Marie ? Quoi de plus sublime, de plus saint, de plusexcellent, déplus aimable, de plus aimant ? Quoi lie plus doux cl de plus suave ? Et conséqucmment

108 KTUDE inSTORIOlF:

quel cœur a plus de droits aux empressements d& la jîiété, à la confiance et à l'amour de tons les fidèles ? Où est le serviteur, oij est l'enfant de Marie qui n'en convienne avec nous ?

« Si donc on vient nous dire que la fètc du Sacié Cœur de Marie s'imposera d'elle-même à l'Eglise, les vraischrétiens. loin de voir dans celte éventualité une menace, l'accueilleront comme l'annonce d'une grande joie. On les verra presser par tous les moyens la c-oncession de la fête du Sacré Cœur pour avoir à se réjouir plus prochainement de l'établissement d'une fête en l'honneur du saint Cœur de Vîarie. La fête du Cœur de Marie va venir... Oh 1 qu'elle vienne et ne tarde plus ! C'est le Cœur de Marie, de la Mère admirable, de notre bonne Maîtresse et Souveraine, de notre Avocate et Médiatrice, de notre Patronne et de notre Refuge. Marie n'est-elle pas notre auxiliatrice, notre espérance, notre vie ? Oh ! quand viendra ce beau Jour, ce jour qu'appellent tant de vœux ? Que de grâces n'avons nous pas à attendre de ce Cœur virginal et immaculé ! Annoncez celte fête aux pécheurs, et qu'ils respirent, qu'ils conçoivent un espoir mieux fondé de leur conversion et de leur salut ; une source inépuisable de pardon s'ouvre à leur coniîance ! Annoncez-la aux justes et qu'ils tressaillent d'allégresse!.. A oici un miroir resplendissant (pii leur présente, avec l'exemple des plus suaves vertus, les motifs les plus pressants de les imiter. Annoncez cnlin ce tiiomplie à tous les enfants de Marie dispersés dans l'Eglise, et que Ions, épris du plus

LA DlivOTION APnih IX B. FX'DKS I9v)

tendre amour pour celle incomparable Mère, ils forment les vœux les plus ardents pour que ce nouvel hommage soit accordé à leurs empressements et ne fasse plus languir leur attente !

« Mais ainsi les fêles se multiplieront ? Et sans doute ; mais multiplier de pareilles fêtes, c'est multiplier les dons et les bienfaits de Dieu, les moyens de salut et les voies qui mènent à la perfection. Nous aurons deux fêtes de plus ; deux fêtes qui manquaient au cycle de nos solennités, et que Jésus veut instituer aujourd'hui pour sa propre gloire et pour celle de sa Mère, pour l'honneur et pour l'utilité de son Epouse bien-aimée, la sainte Eglise Heureux les ouvriers dont Dieu aura daigné se servir pour donner un prompt achèvement à cette œuvre si glorieuse et si chère, si féconde en fruits de salut et en pures délices pour les âmes (l) ! »

Les démarches du P. de Cîalliffet n'obtinrent pas le succès qu'il en attendait. Le 12 juillet 1727, la sacrée Congrégation fit à ses instances une réponse dilatoire, et, comme il revint à la charge, elle répondit le 30 juillet 1729 par un refus positif.

Cet échec ne découragea pas le W de Calliffet. I! comprit que, pour être moriientanément écartée, la cause n'était pas définitivement perdue, et, afin d'en préparer le succès, il traduisit et compléta le Mémoire qu il avait rédigé en J726, et, en 1733, il le publia à Lyon, chez Valfray, sous ce titie : De iex-

1. Nous citons la traduction du 1'. Letierco, dans son Etude sur le Sacre' Cœta^ II, p. 1-49 sq. Voir le texte dans Nilles, De rationibus festoriim, I, p. 63. Ed. 1883.

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cellence df. la dévolion au Cœur adorable de Jcsim- Chrisf.

(t Le succès de ce livre fut prodigieux, dit le P. Le tierce, el plusieurs éditions se succédèrent rapidement. Ainsi, malgré son échec devant le tribunal des Rites, l'œuvre du Père devenait devant l'opinion le manuel par excellence de la vraie dévotion au Sacré Cœur. On le lisait dans les cloîtres et dans le monde. Les Religieuses de la Visitation de Lyon, 1" monastère, rannoncèrenl à tons les couvents de rOrdre par une circulaire qui reproduit dans une analyse détaillée la substance de l'ouvrage... Les simples fidèles ne lui firent pas un moindre accueil et de plus en plus la tlévotion pénétra dans les masses et devint populaire. ^Lalgré l'échec des pétitions adressées aux Congrégations romaines, un attrait irrésistible portait les vrais calholi(pics à se prononcer pour la dévotion au Sacré Cœur (I). »

Le livre du P. de Galliffet n'avait pas pour but unique la propagation de la dévotion au Cœur de Jésus, il visait également à promouvoir la dévolion au Cœur de Marie.

Dans un long chapitre (2), qu'on trouve reproduit ou résumé dans beaucoup de livres de piété, le savant auteur s"appli(jue, en elTct, à établir que la dévotion au Cœur de Marie est « une suite naturelle n de la dévotion au Cnnir de Jésus. Il s'appuie sur ce principe souvent incuhjué par le P. Eudes,

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