Notice, p
2i0 liruDK liiïiToniQUi:
M. Lil)ciinanii était dans ces dispositions lors- (ju'il voulut couiniencer la rédaction des Clonslilutions de la nouvelle société. Il se trouva dans un état de stérilité et d'impuissance complètes. << Pour obtenir quelque lumiùre, raconte son bioijraphe, il fiî de suite le pèleiinage des sept grandes basiliques de Rome. L'attrait pour se mettre à l'œuvre devenait de plus en plus vif et cependant une preniicîc [)ensée se refusait obstinément à sa plume dès (ju'il commençail. Il reprit et laissa plusieurs l'ois cette tâclie, au point de se demander s'il ne devait pas renoncer à tout pour s'occuper uniquement du salut de son âme. Cet état de sollicitation el d'impuissance, de désir et d'aridité, dura, sans qu'il pût coordonner les idées qui se pressaient dans son esprit, jusqu'à ce qu'une sorte d'illustration soudaine lui donnât comme le mot d'ordre et le signe de ralliement : il pensa au saint Cœur de la bienheureuse Yieige ÎMarie pour lui consacrer l'œuvre tout entière, et la lumière se fit. Il écrivit ces premières lignes qui servent de frontispice aux règles de la Congrégation nouvelle et qui resteront sa devise à jamais :
« Toul à lu 1res grande gloire de notre Père céleste, en Jésus- Christ Notre Seigneur, par le divin Esprit et en union au très saint Cœur de Marie.
« Il put dès lors continuer, exposer, classer el commenter les règles de la Congrégation dont il avait trou\é le nom : Les Missionnaires du saint Cœur de Marie.
(( Or, il arriva (nous copions ici des notes qui ont
passé SOUS nos yeux) que du moment où ccUo pensée vive et pénétrante lui vint et qu'il eut cédé à l'impulsion de la grâce qui le pressait, comme une inspiration maîtresse de son âme, de vouer son œuvre au très saint Cœur de IMarie, toutes les difficultés disparurent pour lui. En contemplant d'abord ce Cœur, sanctuaire de toutes les vertus, il se sentit porté à l'invoquer et à l'honorer comme modèle de la vie apostolique, et à mesure qu'il s'unissait, en écrivant, aux dispositions intérieures et aux sentiments de ce Cœur envers Dieu, Marie le tavorisait de lumières plus abondantes et inconnues à lui jusque-là. Ce fut sous cette inspiration, ou pour mieux dire, sous celte direction du Cœur de Marie qu'il composa la règle tellequ'elleest encore aujourd'hui. Lorsqu'elle tut terminée, il s'aperçut alors, pour la première fois, que Marie s'était chargée ellemême, comme à son insu, d'y mettre un ordre et un enchaînement auquel il n'avait pas du tout songé...
« Un souhait qui rappelle la pieuse inspiration tlu début est comme le sceau final :
Que la paix et la bénrdiclion des Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie remplissent fous ceux qui observeront fidèlement ces règles (I). »
Peu de temps après, M. Libermann. ({uune pénible infirmité avait jusque-là écarté des ordres sacrés, obtint sa guérison à Lorette. Ordonné prêtre à Amiens le 18 septembre 1841, il célébra sa pre-
1. Vie du Véndrabte Libaonann, par le Cnrd. Pitra, 1. di. 9. {Ti' édition, l^aris, 1913).
CœUR DE MARIE. — 16.
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micre messe le 21 dans une chapelle fies Sacrés- Cœurs de Jésus et de Marie, chez les Religieuses do Louvencourt : mais il se hâla de revenir à Paris cl d'aller offrir le saint sacrifice à Notre-Dame de?» Victoires.
(t M. Desgenelles, l'ami, le confident des missionnaires des noirs, ne voulut céder à personne la consolation d'assister M. Libermann à l'autel du très saint et immaculé Cœur de Marie. Autour de ce vénérable pasteur, onVantau très saint Cœur de Marie le nouveau ministre du Seigneur, qui s'immolait lui-même à Jésus i)ar Marie pour le salut des Cimes les plus pauvres et les plus délaissées, se pressaient profondément émus et recueillis : MM. Le Vavasseur et Tisserand, M. Collin, M. Bessieux, depuis vicaire apostolique de la Gui née, et qui dès lors se sen lai la t lire vers la société du saint Cœur de Marie... Quétail-ce donc que celte auguste cérémonie sinon la première messe de communauté des missionnaires du saint Cœur de Marie... cl l'acte même par lequel prenait naissance, au pied même de l'autel de Notre-Dame des Victoires, la petite société, dont nous avons admiré naguère la formation merveilleuse dans le plus intime du Cœur immaculé de l'auguste Mère de Dieu et des hommes (1) ? »
La société fondée par le V. V Libermann progrcs- .sa rapidement et elle ne tarda pas à s'unir à la Congrégation du Saint-Esprit établie un siècle plus lot ])arM. Desplaces. Depuis lors, elle n'a cessé de gran-
i. NotiL-e, p. 19.
LA DKVOTION APRÈS LE B. EUDIÎS 243
dir et de propager par le monde la dévotion au Cœur de Marie en recrutant de nombreux associés pour l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires.
Avant de passer à un autre sujet, notons que si la dévotion du P. Libermann se rattache à celle de M. Desgcneltes, elle n'est pas non plus sans lien avec celle du bienheureux Jean Eudes. Car, avant de s'unir aux PP. Tisserand et Le Yavasseur, le Vénéré fondateur avait passé un an, en qualité de directeur, au noviciat de la Congrégation de Jésus et de Marie, et l'une des choses qui l'y avaient frappé,^ c'était la beauté des enseignements du P. Eudes sur les Sacrés Cœurs. « Les vues du P. Eudes sur le Sacré Cœur, écrivait-il alors, sont admirables : il était fou d'amour pour ce divin intérieur de Jésus et de Marie. C'est là notre dévotion par excellence et le fondement de tout ce que nous avons (I). »
Les enfants du P. Libermann n'ont pas oublié ces faits, et, en 1909, lorsque le fondateur de la Congrégation de Jésus et de Marie fut élevé sur les autels, ils vinrent se joindre aux fds du Bienheureux poui' célébrer les fêtes organisées en son bon neur dans l'église de Notre-Dame des Victoires (2).
Vers le même temps, la dévotion au Cœur de Ma rie trouva en Espagne un apôtre zélé dans la personne du P. Clarel. Elle avait jeté dans son âme de profondes racines durant le court séjour qu'il avait fait à Rome au noviciat des Pères Jésuites en 1839.
\. Vie dn V. P- LiO^rmann, ]. 3, ch. 2. 2. Voir les Sai/its Ctnirs de Jésus et de Marie, dôcom- Lre 1909.
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C'est là en efiel qu'il pratiqua pour la première fois les excrciocs de la neu vaine au Cœur de Maiie.
Obligé de quilter le noviciat pour cause de maladie, il rentra en Espagne, et, comme il était déjà prêtre, il s'employa à prêcher des missions. En 1845, la lecture des Annales de l'archiconlrérie de Notre-Dame des Victoires, qui venaient d être traduites en Espagnol et publiées à Bilbao, le décida à se faire l'apôtre de cette belle association. A partir de 1^)47, il l'établit dans toutes les paroisses où il eut à prêcher des missions.
En 1848, il publia un opuscule intitulé : Les Religieuses chez elles ou Les Filles du Irèssainf et ininiaeulé Cœur de Marie. Il était destiné à une association nouvelle fondée par lui en faveur des personnes du sexe qui. sans quitter le monde, aspiraient à la perfection. Cette association rappelle la société du. Cœur de lu Mère admirable fondée au xvn' siècle par le bienheureux .lean Eudes, avec cette réserve que ses membres font le vœu de chasteté qu'elles renouvellent trois fois par an ; à l'Age de 40 ans elles peuvent le faire pour toujours.
En 1848, le P. Claret fonda une société de missionnaires aujourd'hui très florissante, qu'il dédia au Coîur de Marie et qu'il appela la Congrégation des Missionnaires Fils du Cœur immaculé de Marie. Il ne fut pas, non plus, étranger, sinon à la fondation <le l'institut des sœurs Filles du très saint et immaculé Cœur de Marie érigé à Olat, en 1848. pour l'éducation des petites filles, du moins au patronage sous lequel elle se plaça.
Au cours de celte histoire nous avons vu bon nombre de Jésuites se faire les apôtres dévoués de la dévotion au Cœur de Marie. Depuis longtemps, celle dévotion était florissante dans la Compagnie. Pourtant, le 24 juin 1848. le R. P. Roolhaan, supérieur général, crut devoir recommander à ses religieux de s'y attacher de plus en plus. Les jours étaient mauvais. La révolution venait d'éclater dans plusieurs capitales de l'Europe. Le P. Roolhaan invita ses confrères à chercher un refuge dans le Cœur de Marie et, pour les y exciter, il leur rappelait l'institution de l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires et les fruits de salut si abondants et si merveilleux qu'elle avait proiUîits dans tout l'univers. Il rappelait aussi qu'en i8o7, pendant que le choléra sévissait à Rome, les jésuites avaient fait un vœu en l'honneur du Cœur de Marie, et que, sur trois cents qu'ils étaient dans la ville éternelle, pas un n'avait été atteint du fléau, bien que tous eussent fait preuve d'un grand dévouement au service des mourants (i).
C'est ainsi qu'au xix^ siècle comme au xviii*, dans les moments critiques, on continuait à recourir au Cœur de Marie avec la certitude d'y trouver aide et protection
\. Cf. Nilles, De rationibus festorum. I. p. 593. E-tif. 1885. Voir dans l.elierce. Etiide sur le Sacré-Cœur, II, p. 501, une conséci-fttion du P. Hoothaan aux Sacrés Cœurs de Jésus et dp Marie.
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