‹ La dévotion au cœur de MarieChapitre 88 sur 221 · I.iv. V. «h. o · texte numérisé non relu

I.iv. V. «h. o

LA DîSoTiON APr.ÈS Lli B. tDOKS 2o7

dèles, aussi bien que ceux des chrétiens leivents.

« 0 Cœuradniirable de ma Reine, s"écriait-il, quel honneur est dû à l'éminence de votre haute dignité 1 0 Cœur très aimable, je suis ravi de joie, et je rends grâces infinies à mon Dieu de vous avoir communiqué, avec tant de plénitude, sa divine souveraineté et de vous avoir fait le Roi des Cœurs. Mais ce m'est une douleur indicible de voir qu'au lieu que tous les cœurs des enfants d'Adam devraient vous faire régner sur eux. la plus grande partie aime mieux être asservie à l'iiorrible lyiannie de Satan... 0 Mère de miséricorde, ayez pitié d'une telle misère. Hélas ! vous voyez qu'aujourd'hui toute la terre est pleine (le misérables cœurs qui sont asservis à la tyrannie de Satan, et qui ne voient pas néanmoins le malheur extrême dans lequel ils sont plongés. 0 ?iîèje degrfiee, je vous offre tous ces esclaves de l'enfer : ayezen compassion, je vous en supplie, par voire très béni Cœur ; rompez leurs chaînes, priez votre Fils bien-aimé, qui est venu au monde pour éclairer tous les hommes, qu'il donne la vue à ces aveugles, qu'il leur ôte ces cœurs de pierre que le péché leur a donnés, et qu'il leur en donne d'autres qui ne résistent plus aux touches de son Qsprit.

« 0 Mère d'amour, je vous offre aussi tous les cœurs de vos enfants qui vous aiment et honorent comme leur mère : conservez et augmentez en eux le précieux trésor qu'ils possèdent, afin qu'ils vous aiment toujours de plus en plus et qu'ils so montrent dignes d'èlîe les vrais enfants de votre Cœur.

M 0 Reine de mon Cœur, ayez pour agréable que

C!»;i s 1»E MARIE. — 17.

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je vous ofire encore mon misérable cœur et que je vous conjure par toutes les bontés ineffables du vôtre, d'employer toute la puissance que Dieu vous a donnée pour y écraser à quelque prix que ce soit et y anéantir totalement tout ce qui déplaît à votre Fils et pour y établir parfaitement le souverain empire de son Cœur et du vôtre, »

La consécration du genre bu main au Cœur de Marie est donc bien, comme Ta dit M. le curé de Notre-Dame des Victoires dans un rapport adressé à la sacrée Congrégation des Rites, « le dernier mot de rœuvre du Bienheureux et le but de sa dévotion. » Toutefois, ce n'est que de nos jours qu'il a été question d'une consécration officielle du genre liumain au Cœur de la Bienheureuse Vierge.

L'idée n'a pas germé tout d'un coup.

Elle a trouvé une préparation providentielle dans d'autres consécrations, qui, sans avoir autant de portée, étaient cependant des actes solennels accomplis au nom du peuple chiélien par ceux cfui ont mission de le représenter.

Au cours du XIX® siècle, nous avons vu beaucoup de sociétés religieuses se vouer au culte des Sacrés Cœurs. En 183;'), nous avons vu l'abbé Desgenelles consacrer sa paroisse au Cœur de Marie. En 1850, ce sont les évèoues qui, réunis en concile provincial à Albi, à Bourges, à Aix, à Sens, consacrèrent leurs diocèses au Cœur de Jésus et à celui de sa divine ?Tlcre (1). Dans les dernières années du XIX* siècle,

l.Voir les Jexit»; d;ms Nilles. Oe rationilnis feslontm II, p. 318,321, 312, 3îi.

le mouvemenl s'est généralise. Plusieurs évêques d'Italie, réunis à Turin en 1898, demandèrent à Léon XIII l'autorisation de consacrer leurs diocèses respectifs au Ca;ur très pur de Marie, afin d'apporter un remède au malheur des temps. Le Souverain Pontife leur accorda la faveur désirée, en l'étendant à tous les diocèses du monde qui en feraient la demande et en approuvant à cet effet une formule de consécration qu'on devait réciter chaque année, le dernier dimanche de mai. Il accordait de plus à ces mômes diocèses la permission de chanter, ce jourlà, une messe du Cœur de Marie, pourvu qu'il n'y eût pas une fête ou un dimanche de première classe etqu'on n'omît ni la messe conventuelle ni la messe paroissiale conforme à l'office. Beaucoup d'évêques de tous pays ont profité de celte faveur et il en est résulté une multitude de consécrations diocésaines au Cœur de Marie.

Ln an plus lard (1899), à l'instigation d'une fille du B. Jean Eudes, la mère Marie du Divin Cœur, religieuse de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur d'Angers, Léon XIII se décida à consacrer le genre humain au Cœur de Jésus, et l'on sait que depuis loi^s cette consécration se renouvelle chaque année dans toutes les églises et chapelles du monde catholique. Â chaque manifestation de la piété catholique en l'honneur de Notre-Seigneur correspond d'ordinaire une manifestation analogue en l'honneur de Marie. Il était donc naturel que la consécration du genre humain au Cœur de Jésus fit naître ledésiretlespérance de voir le même hommage rendu au Cœur de

2 GO LILbi: lIISTOHKjUb:

Marie, d'autant [)lus que, comme la si bien expliqué le B. (îrigiiiou de Monlfort, c'est par sa Mère que le divin Maître veut faire son entrée dans les cœurs et y établir son règne.

1^6 P. A. Deschamps, de la Compagnie de Jésus, est le premier. cro\ons-nous, qui ail soulevé la (|uestion de la consécration du monde au C(Eur de Marie. Désireux de remédier aux maux de l'Eglise et de la France, il conçut le plan dune (Jmiaade mariale dont les mcmbics se consacreraient d'une manière eirective au Cœur de Marie en s'appliquanl à mener une vie de plus en plu? chrétienne, et s'clTorceraient de répandre cl de faire signer une supplique demandant au saint Père de lui consacrer le genre humain. Ce projet reçut l'approbation de l'archevêque de Toulouse et d'un certain nombre d'évêques. Le congrès catholique de Lille, en lOOO, et le congrès mariai de Fribourg, en iU02, l'appuyèrent de leur suffrage et la croisade mariale commença à fonctionner (1).

1. (^f. Comjjle Remla dit (^onffips vicn'iul de Fribourg \, ji. 572 s(|. Voici ce ijim.' dit le P. Dcschaiiii)^ ati sujet de Ih consérralioi) inilividi-olie proposée aux iiioniln'osdo !a cioisadc inaiiale : ■^ (".elle sérieuse miini'cralion ou comursion reposei';ul comme sur une tri(i!o base, sur une ti-iple ri'-so!ution ri'Iative à la foi, h la înoralfi et au culte : on sait que le culfc ronsisle hurloul dans la prière et la sainte conmumion, « source de la résurri'rtioii el de la cic », suivant le nom que se donne à lui-même Jésus parlant à Marthe dans l'I''vanirile selon saint Jean. XI, 2.-). On le voit, la lorniule de consécration que les croisés de Marie sont invités à conserver et à signer surtout de l.ur nom de baptême, dont elle les excite à renouveler les promesses, contient tout simplement les comlitions de la vie chrétienne, enseignées par tous les calécliisines, en particulier par celui 'le Trente y . Ces pensées rappellent celles du IV de Jiérullc et du U. Jean Eudes, son lidéle disciple.

En JOOG, un mouvement du même genre s'organisa à Paris. Le Cardinal l\ichard autorisa le curé de Notre-Dame des Victoires à rédiger une adresse au Souverain Pontife pour obtenir la consécration du genre humain au Cœur de Marie. En moins d'un an, 153.617 signatures fuient recueillies. M. le curé do Notre-Dame des Victoires eut la joie de les présenter lui-même au Saint Père qui accueillit sa démarclie de la manière la plus encourageante et daigna éciire au bas de la supplique : Pcramenler occi})imiis:. Au mois de février 11)09, le curé de Notre-Dame des Victoires retourna à Rome et cette fois il y porta 551.228 sigatures (1).

Le mouvement se propagea à l'étranger, il passa même en Afrique et en Amérique, où les Missionnaires Fils du Conir immaculé de Marie, les Pères de la Compagnie de Marie et les Eudisles recueillirent des milliers de signatures.

Le P. Le Doré ne pouvait manquer de s'associer à une démarche si conforme à lesprildu P.Eudes. Le i juillet 1908, il adressa, lui aussi, une supplique au Souverain Pontife pour le prier, au nom des prêtres de la Congrégation de Jésus et de Marie, des religieuses de Notre-Dame de Charité du Refuge et du Bon-Pasteur, et des membres de la société du Cœur admirable de consacrer le genre humain au Cœur de la Bienheureuse Vierge. Au mois de juin 1912, il profila d'une audience qu'il obtint de Pie X

1. Voiries Annales de Xotre-Dame des Victoires, jîinvier 1011 et passira.

2G2 KiLTiF. HISTORÎQUR

pour levcnii- à la charge et présenter une seconde supi)lique (I ).

Depuis lors, le mouvement en faveur de la consécration du genre humain au Cœur de Marie ne s'est point ralenti. Il a trouvé en France et à létrangerde. zélés promoteurs et l'accueil que le Souverain Pontife a fait aux requêtes qui lui ont été présentées, permet d'espérer que désormais nous n'attendrons pas longtemps la réalisation du grand acte si ardemment désiré. Alors, nous aimons à le croire, la fêle du Cœur de Marie sera étendue à toute l'Église et elle prendra rang parmi les principales fêles de la Sainte Vierge.

Il ne manque pas de catholiques zélés dont les aspirations vont encore plus loin. A la fête religieuse, ils voudraient voir s'ajouter une fête civile en l'honneur des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Ce serait de toute justice, et la France, qui a reçu de ces Cœurs Sacrés tant de marques de prédilection, devrait être la première à leur pa\er ce tribut de vénération et d'amour. Fasse le ciel qu'elle s'y décide sans tarder!

V!ll. K.ONOCUAPHIK DU ajKUR DU M.\1\1K

Trois nianiùres de représenter le (.Aeiii' de Marie. — I.e Cœur contenant la personne. — Le Cœur sans la personne. — I-a personne mon Iran t son Cœur.

Les statues, tableaux, vignettes [)ar lesquels une dévotion se manifeste appartiennent à son histoire. Ils ont contribué à la tendre populaire et ils aident

t. Voir res suppliques <ians la revue : Les sariits Cœurs de JésuH et de Marie, aoiil 1908 el août 1912.

à se rendre compte de la façon dont les fidèles l'ont comprise et pratiquée. Nous ne pouvons donc né gliger l'iconographie de la dévotion au Coeur de Marie Ce serait mutiler son histoire et renoncer à l'une des sources d'information qui permettent d'en préciser la théorie. Toutefois, notre intention n'e.st pas d'étudier en détail les diverses représentations du Cœur de Marie dues au talent des peintres et des sculpteurs. Nous nous bornerons à en signaler les types principaux. On peut, ce semble, les ramener à trois : le premier représente le cœur contenant la personne, le second le représente sans la personne, enfin le troisième représente la personne nous montrant son cœur.

Le premier type est celui qu'a adopté le P. Eudes.

Il ne paraît pas que le Bienheureux ait jamais fait exécuter de statue du Cœur de Marie, non plus que du Cœur de Jésus, mais il répandait à profusion l'image de Notre-Dame des C<Burs, et il a donné à ses divers instituts des armes ou des insignes oiî l'on voit, d'ordinaire, une représentation des Sacrés Cœurs, Or, toutes ces compositions répondent au type que nous étudions. Sans doute chacune d'elles présente des particularités qui la distingue des autres, mais dans toutes l élément principal est un cœur de grandes dimensions dans lequel on aperçoit la Sainte Vierge et son Fils, ce qui indique que le cœur qui les contient est celui du Fils et de la Mère, deux cœurs physiquement distincts, disait le Bienheureux, mais si étroitement unis que moralement ils ne font qu'un.

204 lirUDK HISTORIQUE

Dans l'image de Notre-Dame des Cœurs, nous l'avons dit. le Cœur de Jésus et de Marie est représenté comme une fournaise d'amour destinée à embraser l'univers. Il est rayonnant de lumière et lance des flammes que le Saint-Esprit active de son soufllc. Marie est debout au milieu du cœur tenant Jésus sur son bras gaucbe, et de la main droite lui présentant un cœur qu'il s'efforce de saisir, et qui n'est autre que celui du Bienheureux et de ses enfants

Sur le c(T;ur d'argent que les religieuses de Notre- Dame de Charité portent suspendu au cou en signe de leur consécration au Cœur de Marie, la Sainte Vierge est égalemcntreprésenléc en ])ied tenant Jésus dans ses bras. Elle est comme encadrée par une branche de rose et une branche de lis, symboles de son amour et de sa pureté. Au levers du cœur d'argent, la devise des enfants du P. Eudes : Vive Jésus et Marie.

Dans les armes de la Congrégation de Jésus et Marie, le cœur se développe en largeur : il porte à l'intérieur les figures de Jésus et de Marie se faisant face ou placés des trois quaris, et, dans l'enclavurc. une croix. A l'extérieur, une branche de lis et une autre de lose s'étalent de chaque cùté du cœur avec la devise : Vive Jésus et Marie. Pai fois les armes se complèlcnl par l'addition de deux blanches de laurier (jui parlent de l'enclavurc du ccjMir et s'étendent de chaque côté de la croix. Ce blason figure m lêlc de tous les ouvrages du Bienheureux. Souvent même on le rencontre dans le corps du livre soit en tétc des chapitres étalé en larges \ignettes, soit à la fin en

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guise de culs-de-lampes. Ces armes servent de sceau aux enfants du P. Eudes et avant la Révolution il n'était pas rare de les voir scidptées sur la façade de leurs séminaires.

Comme marque de leur consécration au Cœur de Marie, nous avons vu que le Bienheureux exhortait les membres des confréries établies par lui à porter sur la poitrine un cœur d'étoffe ou de métal avec l'inscription : Vive Jésus et Marie. Vprcs sa mort, on compléta cet insigne en y ajoutant un « regard de Jésus et de Marie », ce qui le rapprochait des armes des Eudistes (l).

Mentionnons encore le tableau que le Bienheureux avait fait exécuter pour le séminaire de Coutances et dont Abraham Bazire nous a conservé la description. Il représentait le règne de la divine volonté dans les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Le divin Maître et sa très sainte Mère y étaient peints en pied dans un coiur unique, et, au milieu d'eux, on apercevait la divine volonté sous la figure d'une reine.

On le voit, toutes ces représentations offrent deux caractères distinctifs : le premier c'est que Jésus et Marie sont représentés dans leur Cœur, le second c'est que les Sacrés Cœurs sont représentés par un cœur unique (2). Aujourd'hui ce mode de représen-

\ . Voir le Manuel de la confrérie dans les Œiwres complète.^ du B. Jean Eudes, t. VIJI, p. 529 515, texte et notes.

2. C'est précisémenl, seaible-t-il, parce quil représenlail les Sacrés Cœurs de Jésus et de Mai'ie par un m-ur unique, que le P. Eudes lut amené !^ roprésenlor Jf^sus cf Marie dans leur cœur. Les autres modes de représentation l'auraient obligé à séparer le Cœur du Fils de celui de la Mt're, el c'est ce qu'il

2fiG KTl HK HISTORTOUF.

Uition nous étonne un peu. Il n'en était pas de même au temps du P. Eudes. On était habitué à voir Jésus représenté dans son Cœur (1), à t^^l point que le libraire Sébastien Iluré avait pris pour marque une vignette do ce genre (2). Et quant à 1 emploi d'un cœur unique pour représenter les Sacrés Cœurs, il n'avait non plus rien de singulier ni de nouveau. Saint François de Sales, en eflet, ne proclame-t-il pas dans le Traité de l'amour de Dieu qu'entre les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie il y a, non pas union, mais unité!* Et, dans un sermon suri' Assomption, ne dit-il pas que le Sauveur et sa Mère sont « comme deux personnes en un cœur ? » Bien plus, le saint Docteur a donné pour blason aux Filles de la Visitation un cœur unique entouré d'une couronne dépines, percé de deux flèches et dominé par une croix, sur lequel sont gravés le monogramme de Jésus et celui de Marie, et ces monogrammes, comme le billet par lequel le saint évêque annonçait à sainte Chantai le choix de ce blason, donnent à entendre que le cœur qui en est l'élément principal est celui de Jésus et de Marie.

Le succès obtenu par l'image de Notre-Dame des Cœurs montre qu'au xvn' siècle les fidèles compre-

vonlait rvifer. surloiil à l'ôporpie où ii imagina les emblèmes et tableaux indiqués.

1. On on trouve dos exemples dans l'ouvrage du P. llilaire lie Harenton. /.f Sacré Cteur : iloclriite, irunogrophic, histoire, l'aiis, 1914, p. 131-188.

"i. Voir celte vif,'netle dans le livre du 1*. Ililairede Barenton, p. l!i.'» et dans Aloi, la Franco Pt le Sacré-Cœur, édit. Lejeune, II. 231.

liaient et goûtaient les conceptions du P. Eudes. Il n'est donc pas étonnant qu'on les ait imitées en dehors de ses instituts. C'est ce qui eut lieu, par exemple, à Morlaix. Nous avons déjà signalé la vignette qui ornait la pancarte de la confrérie établie dans cette ville, en 1667, et nous avons dit que Jésus^ et Marie y étaient représentés dans un cœur unique. Nous avons vu également que M. Boudon lit placer un tableau des Sacrés Cœurs dans la salle où sfr réunissait la société des Bons amis, et on ne peut guère douter que ce ne fût une reproduction de ceux (lu P. Eudes. De nos jours, Claudius Lavergne a conservé le cœur unique et, à l'intérieur, l'effigie de Jésus et de Marie dans le vitrail de Saint-Lô, oij il a représenté les origines de la dévotion aux Sacrés Cœurs (l), mais c'est là une exception. Il y a en effet dautres manières de représenter les Sacrés Cœurs qui cadrent mieux avec l'individualisme de notre temps, et les enfants du P. Eudes eux-mêmes ont cru devoir les adopter, sans renoncer pourtant aux armes et aux insignes qu'ils ont reçus de leur bienheureux Fondateur et qu'à aucun prix ils ne voudraient modifier.

Nous avons dit que.dansle second procédé employé pour représenter le Cœur de Marie, on laisse de côté la personne pour ne conserver que le cœur. C'est de cette manière qu'on représentait le Cœur de Jésus au moyen âge et même au temps du

l. Voir une reproduction de ce vitrail dans Alet, La France et le Sacré-Cœiw, p. 169, édit. Lejeune, et dans Adam, Marié des Vallées, p. 119.

:>()8 Krri)K insn^iiiouR

P. Kudos. Trmoin «X'S cœurs perot's ;l*nn toup de lance; qui eurent 1;miI de vogue en Kuiopeà jiailiidu w" siècle (I I. Tétnoin aussi le uionogiaiumc au Sacré Cœur qu'on rencontre si souvent <lans les livres des Franciscains et des .Tésuiles (2). JNous ne savons si, au moyen âge, le Cœur de Marie fut représenté d'une manière analogue (3). Mais, depuis la bienheureuse Marguerite-Marie, les représenlutions de ce genre sont devenues très communes.

La raison en est facile à trouver.

Les images du Sacré Cœur faites ])ar la liieuheureuse, ou sous son inspiration, représentent ce divin Cœur séparé de la personne de Notre-Seigncur cl orné de caractéristiques qui rappellent son amouiet ses douleurs. Il est enflammé et rayonnant, une couronne d'épines l'entoure, une croix le surmonlc i'I il porte la blessure que lui fit la lance du soldat romain. Nous avons vu que. coinnK^ le P. Eudes, la bienheureuse 'Marguerite-Marie et ses disciples associaient le Cœur de Marie au cul le qu'ils rendaient au Cœur de .lésus. Il est donc tout naturel qu'ils aient voulu avoiruneimagc du Cœur de .Marie et qu'ils laienl représenté de la même manière que le Comr de Jésus. On le peignit donc séparé de la personne de Marie et on lui donna comme carac-

J. Voir lies exeiiiplfs <lans l'oinrage <Iii P. Hilairo de liarenlon, p. 123 s'j.

2. Cf. LeIicroiN Etude sur le Sacr-'-drur, II, p. 505 sq., el Ililaii-p (le Baienlon, I. r., p. 169 sq.

3. Tne représenlation de ce genre, remonfant au niilie») du wii'' biccio, a été signalée sur une j)orte de l'église .Sainl-Jeaii <le (•"i)nlenay-le-Cou»U'. Cf. Ililaire de Haienlon, 1. c, p. I3*>.

LA Ui':VOTIO.N APRÈS LE B. KLDKS SGD

téristiqucs des flammes, des rayons et un glaive qui le transperçait ou sept glaives qui s'enfonçaient dans les chairs. Souvent aussi on l'entoura d'une couronne de roses et dans l'enclavure on planta tantôt une croix, tuntot une fleur de lis.

Dans certains ouvrages où aucune méprise n'est possible, on trouve parfois des vignettes où ces caractéristiques soiU omises. A titre d'exemple, nous pouvons citer le curieux ouvrage de Gintlier intitulé Mater amoris et doloris (1). 11 contient d'intéressantes vignettes du Cœur de Marie. Dans l'une, cet aimable Cœur nous est présenté comme le livre où l'on apprend à connaître Jésus-Christ. Dans une autre, on le voit s'offrir en holocauste le jour de la Présentation. Une autre nous le représente uni au Cceur de Jésus sous le pressoir de la souffrance. Une autre nous le montre se tenant constamment en la présence de Dieu. Et dans ces vignettes la l)lupart des caractéristiques attribuées au Cœur de Marie font défaut.

L'union est si étroite entre le Cœur de Jésus et celui de sa divine Mèrequc souvent, sans aller jusqu'à les représenter par un cœur unique comme l'ont fait saint François de Sales et le bienheureux Jean Eudes, on les a juxtaposés l'un à l'autre. La belle estampe gravée en 1765 pour commémorer l'établissement de la fote du Cœur de Jésus dans tous

1. Matf/' amoris et doloris... explii-ala per sacra embleniala, figuras Scriptur» quamplurimas.., auctore A. R. 1). Antonio Ginfhei-, SS. ïlieol. li.". Tamer. ac l^arocho ad sanctam Crucem in B.berbai'!;. Ediiio l.rlia. Augiistaî Yindelicoriim. 1741.

270 KTLDK llISTOlUgUE

les diocèses de France par l'assemblée du clergé nous en offre un exemple (1). On y voit la Religion montrant à la France les Sacrés Cœurs de .Jésus et de Marie, deux cœurs si étroitement unis, dit la légende, qu on n'a pas voulu les séparer.

L'usage de juxtaposer ainsi les Sacrés Cœurs et de les encadrer dans les rayons d'une même gloire est aujourd'hui ti'ès répandu, et la sacrée Congrégation des Rites a décidé qu'il pouvait être conservé, à condition que les deux cœuis ne fussent point placés sur les autels, dammodo altaribus non apponantur (2).

On a trouvé à Paris, le 20 mai 1837, en creusant les fondations de la chapelle du couvent des Oiseaux, une médaille des Sacrés Cœurs qui se rapporte au type que nous étudions. Elle a la forme d'un cœur et représente d'un côté le C-eur de Jésus et de l'autre le Cœur de Marie. On lit à l'intérieur du premier : Dieu en moi, et à l'intérieur du second : Moi en Dieu. La médaille paraît dater de la seconde moitié du xvn^ siècle (3).

Le troisième procédé employé pour représenter le Cœur de Marie consiste à le joindre à la personne de la très Sainte Vierge en le plaçant dans sa main ou en saillie sur sa poitrine. Habituellement le cœur porte ses caractéristiques ordinaires : il est rayonnant et enflammé, entouré de roses, trans-

i. Cette estampe est reproduite ilans Alct. 1. c. p. 235, et (lansHilaire do Harenlon, 1. c. p. 227.

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