Ï)K LA DÉVOTION
Le cœur Je chair et ranioiir. — Leur union dans I;i ijrvolion. — Leurs rapports. — Symbolisme el (lépendance.
Les dévotions qui se rapportent à la Sainte Vierge ont cela de commun qu'elles s'adressent à sa personne tout entière. C'est qu'en effet, comme le remarque saint Thomas, « à parler proprement, on n'honore jamais qu'une personne. Même quand nous célébrons la bonté d'un de nos semblables, ou que nous lui baisons la main par respect, ce n'est ni sa bonté ni sa main en elles-mêmes que nous voulons honorer, c'est à sa personne tout entière que s'adressent nos hommages (I). » De ce chef, les dévotions qui se rapportent à Marie ont toutes un objet commun, qui est la personne même de la Très Sainte Vierge. Toutefois, chacune d'elles envisage en
1. « Proprie honor exhibetur toli rei subsistent!. Non enimdicitur quofl manus hominis honoretur. se(i quod homo honoretur ; et si quandoque contingat quo(l;fli""atur honorari manus vel pes alicujus. boc non dicitur ea ratione quod hLijusmodi partes sccundum !^e honorenfur ; sfd quia in islis partibus honoratur totura. V Sam. theoL, 3 p., q. 2.5, a. 1.
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Marie un titre particulier d'honneur, par exemple, un mystère de sa vie, une de ses pcrrcctions, une parlie de son être, et c'est là ce qui les distingue les unes des autres et constitue leur objet propre.
Comme les autres dévolions mai'iales, la dévotion au Cœur de Marie s'adresse donc à loiile la personne de la Sainte Vierge, mais, comme elles aussi, elle a son objet spécial, et cet objet c'est, bien entendu, le Cœur de Marie. Reste à expliquer ce que l'on entend par cette expression.
Dans toutes les langues, en effet, le mot cœur se prend dans des acceptions variées. Au sens propre, il signifie l'organe de chair qui bat dans notre poitrine et qui répand la \ie dans l'organisme en y faisant circuler le sang. Mais on le prend aussi dans un sens figuré, et alors, abstraction faite des autres signitlcalions qu'il peut avoir, on l'emploie j)our désigner l'amour et, dans un sens plus large, la partie supéiieure de l'ùme et toute la vie intellectuelle et morale.
Dans la dévotion au Co3ur de Marie, quel est donc l'objet proposé à notre vénération ? Est-ce le cœur de chair de la Bienheureuse Vierge!* Est-ce son amour et sa vie intime ?
Tous les membres de la très Sainte Vierge, toutes les facultés de son âme, tous les actes de sa vie se froîivent ennoblis au plus haut point par sa dignité de Mère de Dieu et participent, dune manière ou d'une aulre à son éminente sainteté. Tout en elle est souverainement digne de l'admiration et de la vénération des anges et des hommes. Même envisa-
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gés séparé nient, son cœur de chair el son amour, ou, comme dit le P. Eudes, son cœur corporel et son cœur spirituel, mériteraient donc uos hommages. Mais il n'est guère dans l'esprit de l'Eglise d'honoier d'un culte spécial un objet purement sensible, ni même un objet purement spirituel. D'ordinaire, les dévolions qu'elle approuve elles fêtes quelle établit, embrassent à la fois, dans l'unité de leur objet, un élément sensible et un élément spirituel. C'est ainsi, par exemple, que la fête de la IS'alivilé de Marie, celle de son saint Nom et celle de sa Présentation au temple ont pour objet le fait sensible, d'où elles tirent leur nom, et les mystères de grâce qui y sont renfermés. L'Eglise sait que, n'étant pas de purs esprits, nous avons besoin des réalités de l'ordre sensible pour nous élever jusqu'aux mystères de l'ordre surnaturel, el c'est précisément pour s'accommoder aux exigences de notre nature que, dans les dévotions qu'elle propose à notre piété, elle a soin de réunir un objet sensible et un objet spirituel, afin que le premier nous serve comme d'échelon pour atteindre le second.
On comprend dès lors que la dévotion au Cœur de Marie ne peut avoir pour objet ni le Cœur de chair de la Bienheureuse Vierge à l'exclusion de son amour, ni son amour à l'exclusion de son Cœur de chair. Une dévotion ainsi comprise ne serait ni conforme à l'esprit de l'Eglise, ni proportionnée aux besoins de la nature humaine. Aussi n'est-ce point de cette façon que les promoteurs de la dévotion l'ont conçue et expliquée. Ils s'accordent, au con-
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traire, à nous montrer dans la complexité de son objet un élément sensible, le Cœur de chair de la Bienheureuse Vierge, et un élémejit spiriluel, son amour pour Dieu et pour nous, et, avec son amour, toute sa vie intime.
Voici du reste quel est, sur ce point, renseignement de ceux qui ont le plus contribué à rétablissement ou au développement de la dévotion.
Le bienheureux Jean Eudes a consacré un chapitre du ('M:Lir axiniirable à expliquer ce qu'il entend par le Cœur de Marie. Il distingue en Marie trois cœurs, qui, à des litres divers, rentrent tous les trois dans l'objet de la dévotion.
« Le premier Cœur de la Mère de Dieu, dit-il, c'est le cœur corporel qui est dans sa poitrine virginale. Le second, c'est son cœur spiriluel, le cœur de son âme, qui est désigné par ces mots du Saint- Esprit : Oninis gloria Filiœ Régis ab intiis ; Toute la gloire de la Fille du Roi prend son origine dans son intérieur, c'est-à-dire, dans son Cœur... Le troisième Cœur de cette divine Vierge, c'est celui dont elle parle, quand elle dit : Je dors et mon Cœur veille, cest-à-dirc, selon l'explication de plusieurs saints docteurs, pendant que je donne à mon corps le repos qui lui est nécessaire, Jésus, qui est mon Cœur et que j'aime comme mon Cœur, est toujours veillant sur moi et pour moi.
« Le premier de ces trois cœurs est corporel, mais tout à fait spiritualisé par l'esprit de grâce et par l'esprit de Dieu dont il est tout rempli.
« Le second est spirituel, mais divinisé, non par
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l'union hypostatique comme le Cœur de Jésus..., mais par une très éminenle participation des divines perfections.
« Le troisième est divin et Dieu même, puisque c'est le Fils de Dieu.
.( Ces trois cœurs de la Mère de Dieu ne sont qu'un seul cœur par la plus sainte et la plus étroite union qui fut ni qui sera jamais après l'union hypostatique. C'est de ces trois cœurs, ou plutôt de cet unique cœ'ur, que le Saint-Esprit a prononcé par deux fois ces divines paroles : Marie conservait taules ces choses dans son Cœur (]). »
Nous verrons plus tard en quel sens on peut et on doit dire, avec le Bienheureux, que la dévotion au Cœur de Marie s'élève jusqu'à la personne adojable de Jésus. Pour le moment, nous recherchons l'objet propre de celte dévotion. On ne peut y comprendre la personne du Verbe incarné, qui en est l'objet final. Mais on voit que le Bienheureux y fait entrer les deux éléments que nous avons indiqués, savoir, le Cœur de chair de la Bienheureuse Vierge et ce qu'il appelle son Cœur spirituel, c'est-à-dire, son amour et, dans un sens plus large, la partie supérieure de son âme et toute sa vie intime.
La doctrine du P. Pinamonti ne diffère pas de celle du P. Eudes.
« Dans l'Ecriture, dit-il, le mot cœur, quand il est pris au sens moral, désigne souvent la volonté ; parfois aussi il désigne toute la vie intime de l'âme.