Texte latin dans Franeiosi. col
3. A côté de la note du P. Henri de Grèzes sur les Œuvres de saint Antoine, il faut consulter l'appendice 2, de M. Lepitre, S. Antoine (h Padoue. Paris. 1901, p. 204-208.
C'est également comme des témoignages de la dévotion franciscaine qu'il faut rappeler quelques passages du Stimulus amoris, souvent attribué à saint Bonaventure et où l'on trouve souvent ses idées et même ses expressions, mais qui certainement n'est pas de lui h Là aussi d'ailleurs, c'est la blessure du côté qui attire surtout l'attention ; le cœur n'est pas loin de la pensée, mais ce n'est qu'en passant qu'il en est fait mention explicite : « Je veux faire trois tentes, une en ses mains, une en ses pieds, mais surtout une qui soit fixe en son côté... Là je parlerai à son cœur et j'obtiendrai de lui tout ce que je voudrai *. » (1, 1,634) « Dans l'excès de son amour, il s'est ouvert le côté, afin de te donner son cœur.)» (1, 1, 635) Si tu t'es fondue, (liquejacta) en entendant sa voix, comment n'as-tu pas été perdue en lui (absorpta), quand tu entres par ses blessures... jusqu'à son cœur ? » 2,8, 672) « Si tu médites bien sa passion, et si tu entres profondément dans son côté, vite tu viendras à son cœur. Heureux le cœur, qui s'unit ainsi tendrement au cœur du Christ. » (3, 1,677) < Approchonsnous de ce. cœur profond, et plongeons-nous tout entiers dans cette profondeur de l'infinie bonté. Approchons-nous avec confiance du côté de Jésus : entrons-y. » (1, 14, 657) Il a voulu montrer l'amour de son cœur par l'ouverture de son côté. » ( 3, 1 4, 690 ) Cette dernière expression est la formule même
1. Voir S. Bonaventurœ Opéra omnia. Quaracchi, 1898, t. 8, Prolegomena, c. 3, art. 2, p. cxi ; cf. p. xciv.
2. Je traduis moi-même sur le texte latin, édition Vives. Pari-;. 1868, t. 12. Cf. Aiguillon d'amour... traduit en français parle P. Ubald d'Alençon. 1910, c. 14. p. 83 et 86; c. 4. p. 33 ; c. 13, p. 75. Le P. Ubald suit L'édition de Quaracchi. où manquent le 3e et le 5e texte.
2l2 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE II
de l'amour du Sacré-Cœur. Nous la retrouvons dans un poème du moyen âge, intitulé Philomena ou Philomela, que l'on attribue également à saint Bonaventure. mais qui ne paraît pas non plus être de lui l. « Enfin il vous a découvert son cœur si tendre, pour vous faire entendre combien il vous a aimé :
Demum suum dulce cor tibi denudavit, Ut sic innotesceret quantum te amavit 2. »
Au mouvement franciscain, nous pouvons rattacher sainte Marguerite de Cortone (1247-1297), la grande pécheresse qui devint tertiaire de saint François; la B. Angèle de Foh>no (1248-1309); sainte Françoise Romaine (1384-1440), qui fut tertiaire de saint François avant de devenir fille de saint Benoît, dans un monastère qu'elle avait fondé ; la B. Jeanne de France (1464-1505), qui fut du tiers-ordre de saint François avant de fonder les Annonciades ; la B. Baptiste Varani, Clarisse (1458-1527).
Notre-Seigneur apparut un jour à sainte Marguerite de Cortone (1247-1297), et lui dit : « Mets tes mains sur les plaies de mes mains. Elle n'osait, et lui disait : Non, Seigneur. Soudain s'ouvrit la
1. Voir S. Bonaventurœ Opéra omnia. Quaracchi,1898, t. vin, Prolegomena, c. 2, art. 1, § 7, n. 2, p. civ-cv, cf. p. 669, note 3.
2. Strophe 67, Edition de Quaracchi, t. 8, p. 672 ; édition Vives, t. 14, p. 165. On pourrait citer aussi les strophes suivantes, surtout la seconde :
Cor ignavi siquidem minime perpendit Ad quid Christus optimum suum cor ostendit Super alas positum crucis ; nec attendit Quod reclinatorii vices hoc praetendit.
L'idée du cœur de Jésus comme reclinatorium (couchette?)
se trouve dès le XIe siècle. Elle se rattache à saint Jean reposant
sur la poitrine du Sauveur.
blessure du côté, et, dans cette ouverture, elle vit le cœur de son Sauveur. Dans ce transport (in quo excessu) elle embrassait son Seigneur crucifié, et était enlevée par lui au ciel l. »
Un autre jour Notre-Seigneur, lui dit : Ma fille, m'aimes-tu ? Elle répondit : Non seulement je vous aime, Seigneur, mais je vous désire, et je voudrais, si vous V agréiez, être dans votre cœur. Et le Seigneur : Pourquoi, lui dit -il, veux-tu entrer dans mon cœur et n'entres-tu pas dans la blessure de mon côté ? Et Marguerite reprit : Seigneur Jésus, si je suis dans votre cœur, je serai dans la blessure du côté. - »
Un jour qu'elle priait pour les Pères de son âme, Notre-Seigneur lui dit : « Dis à mes Frères Mineurs, que leurs âmes ne tardent pas à entrer en moi par l'amour; car ainsi j'entrerai dans leurs âmes par la grâce. Dans cette vue, qu'ils commencent par ma crèche, et qu'ils conduisent leur méditation... jusqu'au supplice final de ma passion. A chaque étape de mes souffrances, qu'ils considèrent l'amour de mon cœur brûlant 3. »
La B. Angèle de Foligno (1248-1309) s'occupe plus, elle aussi, de la blessure du côté que du cœur proprement dit. Certains traits pourtant sont à relever. Un jour, dit-elle, « j'eus un songe, où me fut montré le cœur du Christ, et il me fut dit : Dans ce cœur il n'y a point de mensonge ; tout y est vrai. Et il me semblait que cela m'était dit parce
1. Vie par son confesseur, c. 6, n. 152, Acta Sanctorum, t. 6, février t. 3, ad diem 22, p. 335. Texte latin dans Fran ciosi, col. 208.