‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 107 sur 215 · C'est elle-même que la Bienheureuse désigne ainsi · texte numérisé non relu

C'est elle-même que la Bienheureuse désigne ainsi

appris, car c'est là qu'elle a étudié. Là on ne lit que vérité, mansuétude, compassion, douceur, joie du cœur et bonheur intime ; là on ne trouve qu'amour et charité pour le prochain. 0 cœur divin ! je ne puis m'empêcher de vous nommer, car elle s'est vue écrite en vous, en lettres d'or, éclatantes et belles. Entrez là, ô âme, si vous voulez être bientôt parfaite. C'est là la route courte, cachée, sûre et infaillible, par laquelle marche et a m a,rché votre mère : suivez-la donc l. » « Il y a, disait -elle encore, la même différence entre celui qui s'exerce à méditer les douleurs intimes (mentalibus) du Christ et celui qui s'arrête à celles de sa seule humanité 2, qu'il y en a entre le miel ou le baume qui est dans le vase, et les quelques gouttelettes qui humectent le vase au dehors. Celui donc qui désire goûter la passion du Christ ne doit pas se contenter de promener sa langue sur le bord extérieur du vase, c'est-à-dire les plaies et le sang qui adhèrent à ce vase sacré de l'humanité du Christ... Qu'il entre dans le vase même, j'entends le cœur du Christ béni, et là il sera rassasié, au-delà même de ses désirs... Tout esprit n'est pas apte à naviguer sur cet océan... Mais Dieu en rend capable celui qui le désire et le cherche en vérité 3. » Les mystiques franciscaines finissent, on le voit, vers la fin du xve siècle ou les commencements du xvi?, par nous introduire en pleine dévotion au cœur de Jésus. Quelques prédicateurs, dont nous avons les écrits, en ont également parlé. Les deux

1. Supplément à la Vie. c. 2. n. 14. p. 495 ; Franciosi, 293.

2. Il faut entendre ici les douleurs extérieures et corporelles.

3. Révélations, n. 21. Acla sanctorum, 1. c. p. 492 ; Franciosi, col. 294. Comtesse de Rambuteau, p. 103.

principaux sont frère Ubertin de Casai, l'ardent chef des Spirituels vers la fin du xine siècle, et saint Bernardin de Sienne, l'aimable apôtre de la dévotion au nom de Jésus. Dans son livre sur la Passion écrit en 1305, qu'il intitule Arbor vitœ, Ubertin parle souvent des douleurs cordiales, cordiales dolores, de Jésus. Il aime à étudier les douleurs intimes du cœur divin. Tl raconte que lui-même dans ses méditations sur la Passion, buvait l'eau qui coulait de la source ouverte de ce cœur, et comment « l'Esprit de Jésus l'occupa pendant quatorze ans de l'extérieur de Jésus, circa forinseca Jesn », avant de l'introduire « aux perfections profondes de son âme, et aux douleurs inestimables de son cœur. » Il aimait « à se plonger dans cet abîme des douleurs du cœur divin. » Il nous dit, en termes fort semblables à ceux de la B. Marguerite-Marie, « la douleur amoureuse du divin cœur durant toute sa vie», comment il reçut la croix dès le sein de sa mère et la porta toujours dans son cœur. » Plus que celle de la vie extérieure de Jésus, il goûte l'étude de sa vie intime, et le don spécial du Saint-Esprit « à ceux qui dans la ferveur d'un amour séraphique sont introduits aux sentiments cordiaux de la perfection du cœur de Jésus. » Il nous décrit Jésus allant au calvaire « plein d'amour, le cœur brûlant d'ardeur pour accomplir le mystère de la rédemption, que pendant trente-trois ans... il avait accompli dans son cœur, et exprimant par des signes extérieurs l'amour intime de son cœur. » Les paroles de Jésus en croix « venaient de l'abondance de son cœur... Il y avait dans ce cœur, une ardeur d'amour inextinguible, une douleur d'amertume incompré-

hensible, une vigueur de courage indomptable K » Le P. Henri de Grèzes, p. 112, interprète ainsi la doctrine de frère Ubertin.

(( La vie de Jésus-Christ se résume en ces deux mots : amour et sacrifice. Il m'a aimé, dit l'apôtre, et, par amour, il s'est sacrifié pour moi : Dilexit me et tradidit. Le sacrifice apparaît dans toute la vie extérieure du Sauveur et son expression la plus haute fut l'immolation du Calvaire. Mais ce sacrifice n'était que le Sacrement, c'est-à-dire, le signe visible et sacré du sacrifice invisible qui s'était accompli et ne cessait de s'accomplir dans le Cœur de Jésus tout brûlant d'amour. C'est donc à cet auguste sanctuaire qu'il nous faut aller, si nous voulons avoir l'intelligence de la vie immolée du Sauveur et de ses mérites infinis. Nous ne comprendrons le martyre du corps de Jésus qu'en étudiant affectueusement le martyre de son Cœur. » J'ai bien peur que l'interprète n'ait un peu mis du sien, au moins dans l'expression, et n'ait modernisé son auteur. Mais le fond reste exact, comme le montrent les textes que nous avons cités. Ajoutons celui-ci, où l'âme dévote est invitée à faire comme Marie : « La lance salutaire... a fait un trou dans la pierre, une retraite dans la muraille, comme un séjour de colombe. Lève-toi donc, Vierge bienheureuse, seule et unique colombe toute belle du bien-aimé Jésus, fais ton nid à l'ouverture du trou, dans le cœur ouvert et le côté de ton Christ... Et toi, fils dévot de la Vierge Mère, entre avec la Vierge toute dévote dans les secrets du cœur de

1. L. 4, c. 19, col. 2. Texte latin dans le P. Henri de Grèzes, p. 124. Les autres textes, ibid. p. 110-124. Cf. FrédégandCallaey. Etudes sur Ubertin de Casai, dans Recueil de travaux... publié par l'Université de Louvain, 28e fascicule, p. 87-90. Paris, 1911.

Jésus, que la lance t'a cruellement ouvert, et là complète ce qui manque à la passion du Christ, en goûtant avec la Vierge les douleurs des blessures du Sauveur l.

Ne prêtons pas à frère Ubertin plus qu'il n'en a dit. Si le symbolisme du cœur n'est pas très marqué, chez lui la mention du cœur est fréquente comme siège des sentiments et des vertus du divin Maître, comme centre de sa vie intime et particulièrement de son amour, comme lieu de repos pour l'âme contemplative et d'union intime avec Jésus, comme principe amoureux de tous les travaux et souffrances du Christ.

Saint Bernardin (1383-1446) est plus près de notre dévotion, à en juger par certains passages de ses sermons : « 0 amour, qui faites fondre toute chose, dans quel état, pour notre rançon vous avez laissé notre Ami ? Pour que le déluge d'amour inondât tout, les grands abîmes ont rompu leurs digues, je veux dire les profondeurs du cœur de Jésus : la lance cruelle a pénétré jusqu'au fond sans rien épargner. L'ouverture du côté nous fait connaître l'amour du cœur de Jésus jusqu'à sa mort, et nous invite à marcher vers cet amour ineffable qui l'a fait venir à nous (ad illum ineffabilem amorem ingrediamur, quo Me ad nos processit). Allons donc à son cœur, cœur profond, cœur secret, cœur qui pense à tout, cœur qui sait tout, cœur qui aime, ou plutôt qui brûle d'amour. La porte est ouverte : comprenons par là la vivacité de son amour2; et, le cœur conforme au sien,

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