Voir Franeiosi, col
5. Je ne saurais dire par qui fut faite l'insertion, éditeur ou traducteur.
sonnes? Sainte Lutgarde passa des Bénédictines aux Cisterciennes ; sainte Françoise Romaine, après avoir été longtemps sous la direction des Franciscains, passa aux Olivétains ; Ubertin de Casai commença par être franciscain, il devint bénédictin, et mourut cistercien ; Ludolphe le Chartreux fut d'abord dominicain. Que de liens, invisibles parfois, mais qui existaient, et que nous devons supposer !
Nous pouvons même discerner certains centres de communications, et quelques zones d'influence. Signalons notamment la Chartreuse de Cologne. Bloemenvenna y avait traduit Harphius, le mystique franciscain ; Lansperge y traduisit sainte Mechtilde et sainte Gertrude, les mystiques cisterciennes ; Surius fit de même pour Suso et Tauler, les mystiques dominicains, sans parler de Ruysbroek et de mainte vie de saints ou saintes mystiques ; un peu plus tard Bruno Loër y rééditait les œuvres mystiques de Harphius et les dédiait à Ignace de Loyola. Van Esch (Eschius), très dévot lui aussi au cœur de Jésus, était en rapports intimes avec Lansperge et les Chartreux de Cclogne, auxquels il amena Surius, l'un de ses élèves. Un autre de ses élèves, Pierre Canisius, condisciple et ami de Surius, était aussi des familiers de la Chartreuse. Il avait publié, en 1543, une édition de Tauler, dans le texte original allemand, qui servit de base à la traduction de Surius K Est-ce dans ses rapports avec son pieux maître et avec ses amis que Canisius puisa cette tendre dévotion au cœur de
1. Ce i certain Pierre Noviomagus », dont parle le P. Noël dans son Introduction à sa traduction française de Tauler, t. I. p. 87, n'est autre que Canisius, né à Ximègue.
DIFFUSION DU CULTE 'l'A
Jésus qui en ont fait un des précurseurs de Le B. Marguerite Marie ? Enfin, les Chartreux de Cologne publiaient, en 1541, chez Jaspar Gennepaeus, un petit volume de 88 feuillets, intitulé Hortulus devotionis. C'est un recueil de prières et de pratiques pieuses, où il est à chaque instant question du Sacré-Cœur. Pour les péchés du cœur on y offre à Dieu le cœur de Jésus. Il s'y trouve nombre d'exercices en l'honneur des cinq plaies. Les prières à la plaie du cœur — c'est toujours l'expression employée — sont particulièrement pieuses et touchantes.
D'autre part, Louis de Blois était attentif à ce mouvement de piété. Je ne sais s'il connaît Lansperge ; mais il est rempli de Tauler, il cite Harphius et Ruysbroek, il butine chez les mystiques d'Helfta. Sa dévotion au Sacré-Cœur est riche de celle du passé. 1
Préciser davantage serait long ; sur bien des points, ce serait téméraire dans l'état actuel de nos connaissances. Les indications qui précèdent suffisent pour nous faire entrevoir non seulement combien la dévotion était répandue vers la fin du XVe siècle et les débuts du XVIe, mais aussi par quelles voies et de quelle façon elle se répandait, et, tout en restant une dévotion privée, tendait de plus en plus à entrer dans le domaine public. Voyons-la maintenant qui prend corps, pour ainsi dire, en dévotion distincte et en pratiques qui lui sont propres.
1. Pour la plupart de ces détails, voir dom Boutrais, p. 44- 50 ; les autres détails sont empruntés à Hurter, Nomenclator litterariu8 t. 4, Innsbruck 1899, aux noms de Harphius, Tauler, Suso, et t. 1, 1892, aux noms de Blosius et de Surius.