Quelques cantiques
9. Quelques notes personnelles ; mais peu. Encore parmi celles-là, quelques-unes ont-elles été écrites « pour obéir ». Signalons :
a) Des notes de sa retraite de profession, novembre 1672, avec les résolutions « dictées» par Jésus, et l'offrande de tout son être, écrite de son sang. Contemporaines, t. I, p. 37 (68).
b) Notes de sa retraite de 1678. Contemporaines, t. I, p. 124(154).
c) L'acte par lequel Jésus la constitue l'héritière de son Cœur, écrit de son sang, 31 décemT bre 1678, et autres notes. Contemporaines, t. I, p. 129(159).
d) Notes de- sa retraite de 1684, avec ses
résolutions. Contemporaines, t. I, p. 192 (221).
c) Vœu de perfection, avec les grâces qui suivirent, 31 octobre 1686. Contemporaines, t. I, p. 248(276).
/) Notes de sa * retraite intérieure dans le sacré Cœur de J.-C. pour se préparer à paraître devant la Sainteté de Dieu ». Contemporaines, t. I, p. 296 (323). Cette « retraite intérieure » fut de 40 jours, à partir du 22 juillet 1690 ; mais les notes ne vont pas au delà du second jour.
10. Divers fragments recueillis par les Contemporaines, sans autre indication que celle qui assure l'authenticité.
11. La petite consécration qu'elle joignait parfois à ses lettres. Il nous en reste deux autographes, avec quelques mots seulement de différence. Lettre xlix (l), t. II, p. 98 (135). Cf. Lettre XLvm, t. II, p. 96(133).
12. Une prière au P. de la Colombière, écrite de sa main sur une image, trouvée en 1894. Facsimilé dans Le Règne du Cœur de Jésus, 2e édition, Paris, 1899, t. I, p. 5.
13. Des litanies latines de sainte Chantai, écrites de la main de la Bienheureuse. Voir ibid. t. iv, p. 496.
Fidélité de la transmission.
Habitude de remanier les textes. Les autographes. Retouches des copistes ou des éditeurs. Fidélité suffisante et authenticité, sauf détail d'expression. Le ton de Marguerite-Marie.
Les éditrices de Paray ont reproduit avec soin (sauf légères erreurs de détail) les autographes.
quand ils sont connus l. Pour le reste, elles ont dû s'en rapporter aux textes imprimés ou aux copies manuscrites.
Le P. de Gallifïet avait publié le Mémoire de la Bienheureuse ; Languet avait donné beaucoup de textes fournis par les Contemporaines ; Croiset avait inséré dans son Abrégé de longs fragments de lettres ; les éditeurs du P. de la Colombière avaient joint aux notes de retraite un billet de la Bienheureuse, et le récit de la grande apparition, que le Père avait transcrit. Mais en ces temps-là l'idée ne fût venue à personne de donner tels quels les écrits de la Bienheureuse, avec leurs incorrections et leur manque de tenue littéraire. Tous retouchèrent les textes qu'ils éditaient. On retouchait même en copiant : les Contemporaines faisaient la toilette aux textes qu'elles transcrivaient pour leurs sœurs ou pour Mgr Languet, comme Mgr Languet le faisait en vue du public.
1. Voici, en attendant des découvertes ou des précisions nouvelles, une liste des autographes reconnus :
Le Mémoire, ci-dessus, n° 3 ; Livret de Paray, n° 6 ; les 17 lettres à la Mère de Soudeilles, celle à la Sœur Payelle (2e édition, lettre xn), les 15 à la Sœur de la Barge, 2 de celles à la Mère de Saumaise (lettre lix et cxvn, 2e édition, lx et cxix), les 2 à Sœur de Thélis, les 4 à la Mère Dubuysson, la seconde des 10 au P. Croiset (2e édition, lettre c) celle qu'a éditée le P. Letierce, ci-dessus n° 4 ; les avis xvin, xix (tel qu'il est donné dans la seconde édition), xxvn (tel qu'il existe à Annecy, notablement différent de l'imprimé), xlvii de la seconde édition, lvii (2e édition, Lvm) ; parmi les écrits divers, Les demeures dans le Sacré-Cœur (autographe d'Annecy, différent de la pièce analogue, contenue dans 1^ livret autographe de Paray) ; les deux petites consécrations ci-dessus, n° 11 ; la prière au P. de la Colombière, ci-dessus, n° 12 ; les litanies de sainte Chantai, n° 13. En tout, 54 pièces — Je dois plusieurs des indications qui précèdent à l'obligeance de M. A. Hamon, qui a si bien étudié toutes ces questions.
Quand ce n'était pas inconscient, on arrangeait comme d'instinct l.
C'est ce que montre la comparaison des textes imprimés avec les autographes. C'est ce que montre aussi la comparaison des textes imprimés entre eux : pas deux ne se ressemblent exactement.
En revanche, cette comparaison nous prouve que les retouches n'ont été que de forme. Il y a eu des suppressions regrettables, et il y a eu de violentes dissections de pièces qui faisaient un tout, des transpositions malheureuses. Mais la pensée n'a pas été faussée. On n'a guère fait que des retouches grammaticales, avec çà et là quelques retouches de style.
Pour les lettres au P. Croiset, le manuscrit d'Avignon est fidèle, sauf quelques suppressions. Entre autres garanties, nous avons la collation avec l'autographe, pour la seconde lettre. L'édition de Toulouse n'est pas parfaite. Mais, en somme, elle
1. "Cn trait, raconté par la Mère de Sauinaise, nous t'ait saisir sur le vif avec quel sans-gêne inconscient on y allait en copiant les textes : « Notre-Seigneur lui fit voir un jour les croix et les peines intérieures que le P. de la Colombière souffrait dans le pays où ses Supérieurs l'avaient envoyé. Ce qu'elle vint nous dire, en nous présentant un l>illet pour le lui faire tenir : lequel contenait des choses très consolantes que Jésus-Christ lui avait dictées. Comme je reçus, quelque temps après, des lettres de ce grand serviteur de Dieu, je connus par les demandes qu'il faisait, qu'il avait besoin qu'on priât pour lui, ce qui pouvait être quelque chose des connaissances que cette vertueuse Sœur avait eues. Ce qui m'obligea de lui envoyer le dit billet, lequel je copiai, sans en avoir rien fait connaître à qui que ce fût. Néanmoins elle vint nous trouver, dit qu'en le copiant j'y avais changé quelque chose, et que Xotre-Seigneur ne le voulait que comme il le lui avait fait écrire. Et comme je voulus le relire, pour voir ce que j'y avais changé, je trouvai que j'y avais mis quelques paroles, lesquelles, quoique assez semblables, avaient pourtant bien moins de force. » Contemp. t. i.
nous donne le texte du manuscrit. Quand elle s'en écarte, elle l'indique assez souvent par des italiques (que nous respecterons) ; mais elle ne le fait pas toujours.
La lettre cxxxn (cxxxiv) éveille plus d'inquiétude. Le style est d'une fermeté toute virile : le ton, d'une assurance et d'une décision rares chez la Bienheureuse ; le développement, d'une suite et d'une poussée tout oratoires. Tout cela, et d'autres traits encore, fait penser au P. de la Colombier e. De plus, il y a entre les diverses recensions, avec quelques différences de mots, une différence dans l'ordre des paragraphes. À tout cela se joint le vague dans la désignation du destinataire. Si bien qu'on se demande si nous n'avons pas là un écho, visiblement fidèle par ailleurs, de la Bienheureuse Marguerite-Marie, plutôt que le son même de sa voix. On voudrait presque retrouver là cette lettre que le P. de la Colombière dit avoir écrite à l'un de ses amis de France, pour lui recommander cette aimable dévotion et pour le pousser à s'en faire l'apôtre. C'est de ce ton qu'il a dû lui parler. Mais les promesses sont d'une ampleur et d'une précision qu'elles n'ont pas chez la Bienheureuse avant les dernières années de sa vie. De plus, ramrmation du P. Croiset, attribuant cette lettre à Marguerite-Marie, est trop précise pour permettre le doute. Il est évident, en toute hypothèse, que les choses exprimées, que les expressions mêmes, dans l'ensemble, sont de la Bienheureuse.
Cette conclusion, qui s'impose pour la plus douteuse des pièces que nous mettent en main les éditrices de Paray, sauf l'exception signalée,
lettre cxxxi (cxxxiii), s'impose, à plus forte raison, pour tout le reste. Nous avons dans les écrits édités de Marguerite-Marie sa pensée toujours, et, sauf détails secondaires, ses propres expressions 1. Sans faire tant de critique, il suffit de lire pour en être convaincu. Il y a là des choses qui ne s'inventent ni ne s'imitent. Tout lecteur non prévenu est envahi par cette onction pénétrante et suave de l'ardente charité du Sauveur, que Marguerite- Marie, au nom de Jésus lui-même, promettait aux apôtres de son Sacré-Cœur. C'est une des raisons pour lesquelles nous la citerons si largement. Aussi bien à qui demanderions-nous le récit de ces expériences intimes, sinon à celle qui les a éprouvées ? Qui peut mieux nous renseigner sur la dévotion au Sacré-Cœur que celle qui l'a apprise de Jésus, qui l'a vécue dans sa plénitude, qui a reçu mission de la propager ?
1. iSur cette question des texte-, voir l'article de M. A. Hamon, Les vies de la Bienheureusi Marguerite-Marie, déjà cité.
Les visions de Marguerite-Marie ne se comptent pas 1.
Dans plusieurs, il y a des traits utiles pour connaître la dévotion au Sacré-Cœur : nous nous en servirons à l'occasion. Mais ce n'est pas la dévotion privée de Marguerite-Marie que nous étudions principalement, ni ses relations personnelles avec le Sacré-Cœur. Aussi arrivons-nous d'emblée aux grandes révélations qui lui étaient faites en vue du culte public que Xotre-Seigneur voulait établir par son entremise.
Première des grandes apparitions
- décembre, très probablement 1673).
Les secrets du Sacré-Cœur dévoilés. Le Sacré-Cœur, passionné 'J'>nnour pour les hommes, veut se manifester et leur ouvrir ses trésors. La disciple et l'évangêliste du Sacré-Cœur.
Marguer ite-Marie, dans sa lettre au P. Croiset, datée du 3 novembre 1689, signale comme « première grâce spéciale » ayant un rapport direct à sa mission et au culte du Sacré- Cœur, celle du jour
1. Voir une liste clans Le règne du Cœur de Jésus, t. v, p. 274. Cette liste comprend 92 numéros.
de saint Jean l'Évangéliste. Elle ne dit pas la date, mais ce dut être en 1673. Comme sainte Gertrude à pareil jour, elle fut admise à « reposer plusieurs heures sur cette sacrée poitrine » et reçut « de cet aimable Cœur des grâces, dont le souvenir, dit-elle, me met hors de moi-même. » Elle ajoute qu'elle ne croit pas « nécessaire de les spécifier l. » Mais elle en a gardé « le souvenir et l'impression » très vive. Elle en parle aussi dans une lettre à la Mère de Saumaise, écrite en janvier 1689 : « Ce divin Époux, dit-elle, me fit la grâce incompréhensible de me faire reposer sur son sein avec son bien-aimé disciple et de me donner son cœur, sa croix et son amour 2. » Mais nous avons mieux que ces allusions et ces impressions personnelles, où rien n'indiquerait une mission spéciale. Le Mémoire, écrit par ordre du P. Tlolin, donne quelques détails précis.
C'était devant le Saint-Sacrement. Notre-Seigneur la « fit reposer longtemps sur sa divine poitrine ; )> il lui « découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son sacré Cœur )>, qu'il lui avait, dit-elle, « tenus cachés jusqu'alors. » Il lui « ouvrit son Cœur », et lui dit : « Mon divin Cœur est si passionné d'amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu'il les répande par ton moyen, et qu'il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors. » Il y a là tout ce qu'il faut « pour les retirer de l'abîme de perdition. » « Je t'ai choisie, ajouta-t-il, comme un abîme d'in-