‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 131 sur 215 · I.A DÉVOTION AU XVIIe SIÈCLE · texte numérisé non relu

I.A DÉVOTION AU XVIIe SIÈCLE

de persévérer fidèlement et heureusement jusqu'à la fin de ma vie dans votre saint service et votre amour.

» 0 cœur très doux de Jésus, où se trouve tout bien, organe de la toujours adorable Trinité, à vous je me confie, en vous je me remets tout entier, en vous je jette toute sollicitude, tout ce qui me pèse ; à vous je m'offre humblement pour être purifié des souillures de mes péchés ; à vous je m'en remets en toute confiance pour que vous suppléiez à toutes mes propres insuffisances. En vous est tout mon espoir et ma consolation, en vous mon repos et ma demeure. Qu'il coule, qu'il coule par vous sur moi une gouttelette de sang du côté ouvert de mon Seigneur Jésus, pour effacer toutes mes souillures, et pour enflammer mon cœur du divin amour. 0 cœur de Jésus, cœur tout amour, soyez pour moi le refuge dans la tentation, la consolation dans la peine, l'abri dans la mort ; que je me repose et que je m'endorme en vous, jusqu'à ce que je goûte et je sente combien suave est Jésus, l'époux de l'âme qui aime, le Dieu béni par dessus tout à jamais. Amen l. »

Le pieux auteur n'indique pas où il a pris cette prière. Les premières lignes sont la salutation matinale de sainte Mechtilde. Je n'ai pas identifié le tout ; mais certaines idées, certaines expressions

1. Diurnale. pietatis, Antverpiae, 1616, t. 1, p. 153-15-4. J'ai traduit sur le texte latin, tel que l'ont copié pour moi deux amis obligeants, M. Albert Poncelet, Bollandiste, et M. Henri Pinard. C'est à eux que je dois, en outre, sinon la première connaissance du pieux Nicolas de Montmorency (car une partie de cette prière avait été traduite en français et m'était tombée sous les yeux), au moins tous les détails sûrs et précis sur le livre et sur les nombreuses mentions qui s'y trouvent du Sacré-Cœur.

sont de Louis de Blois ; les autres se ressentent d'Eschius et de Lansperge.

La Hollande et la Belgique nous offrent encore deux écrivains ascétiques, entre beaucoup d'autres sans doute, Jacques Marchant et dom Benoît Haeften.

Dom Benoît Haeften, abbé d'Afnighem (1587- 1648), dans son livre intitulé U Ecole du cœur (1629), parle de la plaie du côté en ternies touchants, où se résume toute la pensée traditionnelle. Lui aussi trouve le cœur à travers la plaie : « Approchetoi (mon âme) du Dieu de ton cœur, du cœur de ton Dieu : pose là ta tente, fais-y ta demeure. Là joins ton cœur au cœur de ton amour : non pas ton doigt, ni ta main, c'est ton cœur qu'il y faut jeter l. » Il voit dans le cœur divin le modèle de ce que doit être son cœur : « Ce que doivent être les pensées de mon cœur, je le trouve écrit dans ce cœur. Car votre cœur est la règle... des cœurs humains : ils doivent être réglés sur votre cœur. J'irai donc à ce cœur profond, au cœur de mon Dieu, et je regarderai ses perfections, pour, avec l'aide de sa grâce, les transporter dans mon cœur. Votre cœur, ô Dieu de mon cœur, a été pur de touc attrait humain, de tout amour pour ce qui passe. Daignez, Seigneur, ami de nos cœurs, répandre tout cela dans le cœur de votre serviteur, afin que son cœur soit parfait avec vous... Eh! donc, Seigneur, mettez-moi près de votre cœur, pour que je le regarde, et que sur ce modèle je rectifie

1. Schola cordis, sive a Deo aversi cordis ad eumdem reductio, auctore D. Benedicto Haefteno, O. S. B. Anvers 1663, p. 532; texte latin dans Franciosi, 379. M. Grimoùard de Saint-Laurent cite aussi quelques extraits, d'après l'édition d'Anvers 1629. Loc. cit., p. 56.

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mon cœur. Regardez-moi, vous aussi, et ayez pitié de moi, Seigneur ; de ce miroir brûlant de votre cœur l envoyez des rayons de feu dans mon cœur pour le biûler et le rendre conforme à votre cœur2. » Jacques Marchant, (f 1648), dans son Hortus Pastorum, invite la colombe mystique à entrer dans le côté percé de Jésus : « Tu ne pourras trouver de repos, lui dit-il, que dans le cœur du Sauveur. C'est là qu'il a voulu te préparer une demeure. Son cœur brûlant d'amour est le jardin fleuri où tu peux trouver tes délices et t 'écrier : II nous est bon d'être ici. Si donc tu sens parfois que ton cœur est pauvre, ou tiède, ou dur, tourne-toi vers le Dieu de ton cœur... Par cette large porte du côté... l'entrée t'est ouverte jusqu'au cœur. Là joins ton cœur à son cœur, pour y prendre la lumière, la vie, la flamme... Sa blessure n'est pas tant celle de la lance que celle de l'amour ; elle est à la fois, si vous l'aimez mieux, celle de la lance et de l'amour. Voilà pourquoi il dit deux fois : Vous avez blessé mon cœur, ô mon épouse, vous avez blessé mon cœur. Réponds-lui de ton côté : Blessez mon cœur, ô mon Époux, blessez mon cœur. Blessez-le de compassion, blessez-le d'amour 3. »

1. L'auteur, un peu plus haut, p. 541, a comparé le cœur de Jésus au fameux miroir concave d'Archimède, qui brûla la flotte ennemie.

2. Ibid. p. 544 et 546 ; Franciosi, col. 380. Autre passage très beau, cité par le P. Dufau, Trésor, t. 7, p. 393-395, à propos du texte Vulnerasti cor meum : « Si vous restâtes attaché à la croix, ce fut bien plus par les liens de votre amour que par les clous de fer... C'est bien par l'amour que je dois être uni à votre cœur. Et comment ne pas vous aimer ?... Vous avez été blessé par moi, ô mon Jésus : rendez-moi blessure pour blessure. » — Libr. 4, lect. 12, p. 519.

3. Hortus Pastorum, 1. 1, tract. 2, lect. 21. De vulnere lateris. Texte latin dans Franciosi, 692-693.

C'est aux pays flamands que se rattache également Jeanne de Cambry (1581-1639), d'abord religieuse augustine, puis recluse à Lille. Ce fut une grande dévote de la plaie du côté ; et plus d'une fois, dans la plaie du côté elle rencontra le divin cœur. Dans ce sacré côté elle, trouvait « deux chambres nuptiales », comme elle dit, « l'une, le cœur de chair et de sang, représentant son humanité ; l'autre, le cœur d'or, représentant sa divinité. » « Puissiez-vous, écrivait-elle à son directeur, posséder tellement ces deux chambres que vous n'en sortiez jamais 1. » Dans son grand ouvrage spirituel, elle représente le Cœur de Jésus comme « le lit nuptial où repose l'Époux avec l'Épouse, l'âme avec Dieu. » La couche, dit-elle, «ce sera le divin cœur de Jésus, oui ce sera ce cœur plein d'amour du doux Jésus, où l'âme se reposera, où l'âme sera unie, et de deux cœurs n'en sera fait qu'un par union d'amour... Si nous aimons Dieu, il faut que notre amour retourne à Dieu, à ce cœur amoureux de Jésus, qui par amour a voulu naître d'une Vierge, et endurer mort et passion, pour nous montrer son brûlant amour ; à ce cœur qui a été percé d'une lance pour nous, et le tout par ce feu d'amour. 0 cœur divin, qu'y-a t-il en cette méchante créature et ingrate que vous l'aimez de telle sorte ? Mais c'est votre poignant et brûlant amour qui vous fait ainsi aimer votre œuvre ! . . . Et puisque Dieu aime ce qu'il a fait et créé, quoi, ingrats que nous sommes, n'aimerons-nous pas celui qui nous a créés - ? »

1. Vie admirable de Jeanne de Cambry, par le P. Saintrain, C. SS. Pv. Tournai 1898, 3e partie, c. 6 ; cf. Franciosi, 365-366.

2. Traité de la ruine de V amour-propre, etc., 1. 4, c. 26. Les Œuvres spirituelles de Sœur Jeanne-Marie de la Présentation...

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Dans les mêmes régions, l'ordre de saint Benoît nous fournit encore une dévote du Sacré-Cœur, que dom Bruno Destrée a révélée dernièrement au public, la Mère Jeanne de Saint -Mathieu Deleloe. Née en 1604, à Fauquembergues, dans le diocèse d'Arras, elle entra chez les Bénédictines de sa ville natale et suivit sa communauté à Poperinghe, quand elles furent obligées de s'y transporter. Elle y mourut en 1660. Toute sa vie ne fut qu'une suite de communications intimes avec le cœur de Jésus 1.

Enfin, avant d'entrer en France pour n'en presque plus sortir, signalons un grand saint de l'ordre de saint François, saint Fidèle de Sigmaringen, capucin (1577-1662). Parmi ses pratiques de dévotion, on en signale une en l'honneur du cœur de Jésus. La prière commence ainsi : « Je vous rends grâce, ô très aimable Jésus, pour l'amour infini et pour l'infinie douleur de votre très doux cœur. » Il s'y remet tout entier et conclut : « Pendant toute ma vie et particulièrement à l'heure de ma mort, il y a pour moi un refuge assuré dans cette blessure de votre cœur très fidèle 2. »

Tournai, 1665. Franciosi, col. 368. Voir dans la Vie admirable de Jeanne de Cambry, par le P. H. Saintrain, C. SS. R. Tournai et Paris (Casterman, 1899), la 3e partie, c. 6, la dévotion de Jeanne au Sacré-Cœur, p. 320-337.

1. Une mystique inconnue du xvne siècle, par dom Bruno Destrée, Bruges, 1905.

2. Signalé par M. R. de La Bégassière, d'après le Compendio storico... délia divozione al SSmo Guor di Gesù. Ediz. 2a. Roma 1822, p. 34, § 14. La prière n'est pas, je crois, du saint luimême. Voir ci-dessus Louis de Blois et Xicolas de Montmorency.

Diffusion en France.

Bertille, Olier, M™ de Neuvillurs. Mère Madeleine de suint Joseph, la Carmélite de Beaune, la bonne Armel le ; M,ne d'Herculais et les milieux jansénistes

En France, nous rencontrons partout la dévotion, dans le monde, et même à la cour, comme dans les cloîtres ; elle s'allie aux tendances de spiritualité les plus diverses, à celles de Bérulle ou de M. Olier comme à celles des Jésuites ; on la trouve jusque chez les Jansénistes ; elle est si familière aux âmes que Bossuet pour donner la formule de la perfection chrétienne rencontre comme naturellement la formule même de la dévotion au Sacré- Cœur.

En tête du mouvement, apparaît saint François de Sales, l'un des hommes dont la spiritualité est le plus imprégnée de la pensée du Sacré-Cœur. On a depuis longtemps signalé les principaux passages où il parle de ce cœur divin. C'est dans ses lettres surtout que sa dévotion s'exprime avec une tendresse de piété qui ravit toujours les âmes dévotes. Nous aurons à y revenir quand nous chercherons à la Visitation les premières traces de la dévotion au cœur de Jésus.

Le cardinal de Bérulle (1575-1629) a quelques réflexions, subtiles mais pénétrantes, sur le cœur de Jésus. « Saint Jean seul, comme bien-aimé disciple, fait mention de la blessure dont lejcôté et le cœur de Jésus ont été ouverts. D'autant que c'est une blessure d'amour, il était convenable

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qu'elle fût rapportée par le disciple du cœur et de l'amour de Jésus. Remarquons que le cœur vivant de Jésus est assez navré d'amour ; c'est pourquoi cette navrure de la lance est réservée à son cœur mort, comme si, avant la mort, ce fer ne l'eût pu navrer davantage, tant il était navré d'amour. Son cœur est éternellement ouvert, éternellement navré ; sa gloire n'ôte point cette plaie, car c'est une plaie d'amour ; cette navrure de la lance n'est qu'une marque de la vraie et intérieure navrure de son cœur... Rendons grâces au Père éternel qui... lui a destiné cette plaie... pour nous loger... en son cœur dans l'éternité l. » Il écrivait à une personne éprouvée et tentée : « Souvenez-vous que le Fils de Dieu, par les douleurs et plaies de son cœur, nous a préparé une retraite en icelui, en nos peines et tentations ; et lui rendez grâces de ce soin et amour sien vers nous, et de ce refuge sacré qu'il veut que nous ayons et trouvions en lui... Mais vous êtes indigne 2 d'y être logée, vous étant ce que vous êtes, et lui étant ce qu'il est, et ce n'est pas à vous de vous y loger, ni vous ne le devez pas entreprendre. Souvenez-vous donc que, lui étant ce qu'il est, vous n'y oseriez penser ; mais aussi lui étant ce qu'il vous est, par sa grâce et miséricorde, par ce qu'il a daigné être aux pécheurs et à vous, et parce qu'il a voulu être navré en son cœur de douleurs et de cette plaie ; pour cet effet, priez-le avec vraie humilité qu'il lui plaise de vous loger lui-même en cette sainte

*§|1. Opuscules divers de piété, n. 69. Dans Œuvres complètes, édition Migne, 1856, col. 1046.

2. Il y a a digne » dans Migne ; je pense que c'est une faute d'impression.

retraite, parmi l'orage qui vous porte... et, durant icelui, soyez toute retirée et de toute votre puissance^ dans ce saint cœur du Fils de Dieu, navré de douleur pour votre salut l. »

De son côté, M. Olier écrivait à une dame pieuse : a Perdez-vous mille fois le jour dans son admirable cœur, où vous vous sentez si puissamment attirée. C'est là où vous entrerez dans la jouissance de tout ce qu'il est, et même des correspondances et des communications mutuelles qui se passent entre lui et son Père. C'est la pièce d'élite que le cœur du Fils de Dieu ; c'est la pierre précieuse du cabinet de Jésus, c'est le trésor de Dieu même où il verse tous ses dons et communique toutes ses grâces... C'est en ce cœur sacré et en cet adorable intérieur que se sont premièrement opérés tous les mystères, et c'est dans les saints que Dieu y applique plus particulièiement que se passent ses communications plus intimes et que s'expriment le plus parfaitement tous ses divins mystères 2. » Il écrivait encore : « Que dire de la gloire que la grandeur de Dieu reçoit du cœur de Jésus-Christ tout seul, qui rend plus de respects et de louanges à Dieu que tous les saints ensemble, puisque tous les' anges et tous les saints ne sont faits que pour exprimer les sentiments intérieurs qui sont renfermés dans le cœur de Jésus ? O magnifique cœur... qui contient tous les amours, tous les respects, toutes les louanges de tous les saints ensemble 3. »

1. Lettre 233, dans Œuvres complètes, édit. Aligne, col. 1578'

2. Lettres, n, 598. D'après M. H. Joly, Le B. P. Eudes* 1909, p. 173. »- fv-

3. Cité par Mgr Perraud, Le Second centenaire et le jubilé de la B. Marguerite-Marie, Autun (1890), p. 185.

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Parmi les dames qui aux débuts du xvi±e siècle édifièrent le grand monde par leur piété, MmeTde Neuvillars (1571-1616), se signale à nous par7 sa dévotion au cœur de Jésus. Suzanne de la Pomélie, dame de Neuvillars, était née dans le calvinisme. Convertie à vingt-trois ans, elle ne vécut que pour Dieu et fut favorisée de grâces insignes, parmi lesquelles la manifestation et le don du Sacré-Cœur : « Pensant aux péchés de ma vie passée, écrit -elle, et me voulant cacher sous terre... Notre-Seigneur me présenta son côté ouvert, et me dit que c'était le lieu où il voulait me voir me cacher et demeurer cachée toute ma vie. Je m'y jetai aussitôt avec grand plaisir, et j'ai tâché de m'y tenir toujours depuis, le mieux que j'ai pu. » En janvier 1615, après la sainte communion, il lui montra encore l'ouverture de son côté sacré et lui commanda d'y appliquer la bouche. « Et je le fis, dit-elle, et j'y portai encore mon cœur, que je n'en retirai pas ; mais il y fut retenu, avec promesse de Notre-Seigneur qu'une autre fois il me donnerait le sien, ce qui me rendit toute confuse... Et il me sollicita souvent de faire cette demande, avec assurance que je ne serais pas refusée. » Malgré tout, elle n'osait faire la demande. « Enfin, raconte-t-elle, m'étant un jour prosternée aux pieds de Notre-Seigneur, et faisant avec sa Majesté des colloques pleins d'affection, en les lui baisant tendrement, il me fit reproche de mon peu de confiance, en ces propres termes : II n'y a personne qui n'eût accepté mon cœur, si je le lui eusse offert aussi bien qu'à vous. Et toutefois je n'eus pas encore le courage de lui faire cette requête, que j'estimais trop incivile, à cause de

mon indignité. » Enfin, le 15 juin 1615, «Notre- Seigneur, dit-elle, se présente soudain devant mes yeux, et répondant à mes pensées : Je vois bien, me dit -il, que tu te plains de moi. Mais tu ne le feras plus désormais. Voilà mon cœur que je t'avais promis ; tu y trouveras abondamment tout ce que tu y saurais désirer. » — « Je neveux point ici rechercher, dit l'historien, en quelle façon se fit cet admirable commerce de cœur à cœur... Je me contenterai de dire que... la suite montra qu'il s'était passé de grands changements dans l'âme de cette servante de Dieu. » Un autre jour, vers la fin de sa vie, « Notre-Seigneur lui découvrant à nu les ouvertures de ses plaies sacrées, et faisant sortir de son côté comme un torrent de flammes divines, elle qui en brûlait toute, et qui voyait que c'était là son élément et son séjour naturel, s'élança à plusieurs reprises avec une ferveur admirable au milieu de ces flammes, ne pouvant espérer de lieu plus propre à entretenir son amour que cette fournaise d'amour \ »

La dévotion pénétrait jusqu'à la cour de Louis XIII, sous des influences diverses, parmi lesquelles on peut indiquer celle d'une Carmélite. Le Carmel de la rue Saint -Jacques était très souvent visité par les dames de la cour ; la reine ellemême y venait parfois ; la duchesse de Longueville y était sans cesse. Tout ce grand monde aimait à respirer le parfum du cloître austère. Parmi les

1. La Vie de Mne de Neuviliars, miroir de perfection pour les femmes mariées et pour les âmes dévotes, par le P. Nicolas du Sault. s. j. Pari*. 1649, 1. 3, c. 7. Réimprimé à Nantes, 1889, p. L52-158, mai> avec retouches de st\rle. Le P. Alet, 1. c. p. 214- 216, garde le texte uiiginal : c'est lui que je suis, sauf pour les deux premiers passages, qu'il n'a pas transcrits.

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saintes Carmélites qui s'y trouvaient, la V. Mère Madeleine de saint Joseph (1578-1637) avait un don merveilleux de pousser à la piété. Or, très dévote elle-même au cœur de Jésus, elle s'efforçait d'inspirer aux autres la même dévotion. C'est le témoignage que lui rend la duchesse de Longueville dans sa déposition : « Elle m'a quelquefois parlé en particulier d'honorer le cœur de Notre -Seigneur Jésus-Christ, de lui demander qu'il sanctifiât tous les mouvements du mien par ceux du sien très saint et divin, et j'ai connu, par tout ce qu'elle m'en adit, qu'elle avait une dévotion et très particulière application à ce très sacré cœur du Fils de Dieu K »

Une autre Carmélite, la « Carmélite de Beaune », comme on la désigne couramment, exerçait, de son Carmel, une action semblable, qui s'étendit par toute la France. La V. Marguerite du Saint-Sacrement (1619-1648) est surtout célèbre pour sa dévotion à la Sainte Enfance ; mais le Sacré-Cœur tient aussi une place considérable dans sa vie. Notre-Seigneur, dit le P. Amelote, son historien, « lui fit paraître son cœur comme une vaste et immense fournaise d'amour, et l'y enferma les jours et les nuits, l'espace de trois semaines ou d'un mois. Là elle puisa toutes sortes de grâces dans leur source, et... ses progrès parurent plus grands en un seul jour qu'ils n'avaient été auparavant en des années entières. Tantôt ce cœur divin la brûlant toute comme un feu très vif, consumait en elle ses imperfections ; tantôt elle y était plongée

1. Déposition autographe de Madame de Longueville (pour le procès de béatification de la V. Mère Madeleine de Saint- Joseph), dans V. Cousin, La jeunesse de Madame de Longueville, Paris, 1853, p. 437.

comme dans un abîme de charité... Tantôt elle y était lavée comme dans une fontaine de pureté... Elle remarqua ce double mouvement d'élévation et de compression qui a été connu dans le cœur de Jésus-Christ par d'autres saints, et elle comprit que ce cœur se resserrait afin de se remplir du divin Esprit pour soi-même, pour aimer en son propre nom Dieu le Père, pour s'offrir à lui en sacrifice, pour s'anéantir devant sa Majesté, pour s'unir à toutes ses adorables perfections, pour lui rendre tous ses propres devoirs ; et qu'il se dilatait afin d'épandre son esprit dans tous ses membres, et de communiquer à son Église, qui est son corps, la chaleur vitale qu'il avait produite pour soimême. Elle aperçut dans ce cœur un océan sans fond et sans rives d'amour envers Dieu le Père, une possession et une jouissance de sa divine bonté, un repos en son infinie béatitude, un calme et une paix qui surpassaient toute intelligence, un trésor incompréhensible de toutes les vertus... Toutefois, parmi tant de richesses et de bonheur, elle vit que ce cœur aimable avait été noyé dans des abîmes profonds de douleurs et d'amertumes... Mais... elle reconnut en ce cœur un si admirable transport d'amour pour ceux qui lui avaient causé tant de maux, que son courage surpassait de beaucoup sa crainte... Elle vit ce cœur admirable comme le palais sacré où étaient nées et où avaient été nourries toutes les affections de Jésus- Christ, tous ses désirs, toutes ses dévotions, toutes ses joies, toutes ses tristesses... Elle ne prenait presque point de nourriture, mais, en revanche, elle trouvait dans ce cœur sacré de Jésus-Christ un supplément surnaturel, qui la soutenait sans man-

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ger, et qui, plus noblement que n'eût fait le fruit de vie, rétablissait toutes ses forces. Il lui semblait parfois qu'il s'écoulait de ce cœur divin une sacrée liqueur dans tout son corps, tantôt en forme d'huile douce et pénétrante, tantôt comme un lait très pur, tantôt comme un baume plein d'odeur céleste, tantôt comme un suc animé, tantôt comme une manne agréable, qui ne fortifiait pas seulement son corps, mais qui produisait aussi dans son âme des effets merveilleux. Quelquefois Jésus- Christ lui disait, la tenant cachée dans ce cœur : Je te lave de pureté », etc. l. » Un jour, Notre- Seigneur lui témoigna qu'il voulait prendre son âme pour son jardin de délices, et qu'il aurait soin de le cultiver lui-même... Il commença donc à répandre dans son âme de nouvelles vertus... Quelque temps après, il lui ouvrit son cœur divin et en fit sortir un ruisseau d'eau vive, dont il arrosa son âme. Et en même temps elle sentit une nouvelle vigueur d'esprit qui lui fit embrasser ces vertus avec un ravissement de joie 2. »

On sait que la France attribua pour une part la naissance de Louis XIV aux prières de l'humble Carmélite. On sait moins qu'elle eut, à ce propos, une manifestation spéciale du Sacré-Cœur. « Un jour, Notre-Seigneur l'encouragea à lui demander de grandes grâces pour les âmes, au nom de son Enfance divine et lui donna l'espérance qu'elles lui seraient accordées. Alors il lui fit naître une

1. Vie de Sœur Marguerite du Saint-Sacrement, 3e édition, 1. 3, c. 6, n. 2, p. 110-113, d'après Franciosi, 375-376. Le même texte est cité par le B. Jean Eudes, Le Cœur admirable, 1. 12, c. 19 : Œuvres complètes, t. 8, p. 299-303. Variantes sans importance.

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