‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 133 sur 215 · Elévations... p. 69 ; Gazier, 1. c · texte numérisé non relu

Elévations... p. 69 ; Gazier, 1. c

puisque vous m'avez donné entrée dans votre cœur par cette plaie d'amour que vous y avez reçue, aidez-moi, s'il vous plaît, à m'en approcher, et que j'établisse ma demeure et mon repos en ce lieu de refuge, où vous invitez votre épouse, quand vous lui dites de se retirer aux trous de la pierre et aux cavernes des masures, qui sont vos plaies sacrées l. » On reconnaît là le plus pur langage de la tradition, et ceux-là seuls peuvent s'étonner de le trouver à Port-Royal qui transportent dans le passé les préoccupations des luttes qui suivirent. On trouve dans les études de Cousin sur Mme de Longue ville maint trait dans le même sens. Longtemps après dans ses Elévations à Jésus-Christ Notre-Seigneur sur sa passion et sa mort, publiées en 1676, le P. Quesnel trouve aussi le cœur dans la plaie du côté. « Cette plaie sacrée de votre côté est la porte de cette arche divine qui nous donne entrée dans votre cœur pour y être à couvert durant le temps de la vengeance... Cette ouverture est vraiment l'entrée de votre cœur, et ce cœur est l'école de la science de la croix et de la charité ; et c'est où je désire l'étudier toute ma vie. C'est la porte du temple de votre cœur, où je désire souvent adorer Dieu en esprit et en vérité, comme dans le véritable sanctuaire. Ne me fermez pas, ô Jésus, cette arche, cette école et ce temple ; mais faites au contraire

1. Elévations... p. 160 ; Gazier, 1. c. p. 200. M. Gazier conjecture que les Elévations pourraient bien remonter jusqu'à 1627. Mais c'est pure conjecture, les données manquent. Ce que dit M. Gazier du cœur surmonté d'une croix et percé de deux flèches avec les monogrammes IHS — MA, est inexact. Le cœur est celui,' du fidèle et le sceau parait être celui de la Visitation, que la Mère Angélique aura gardé quelque temps. Voir Grimoùard de Saint-Laurent, p. 88-92.

LA DÉVOTION AU XVIIe SIÈCLE 301

que j'y entre souvent par la foi... Créez donc et formez en moi (un cœur pur, un cœur brûlant de charité), afin qu'il soit digne d'être introduit dans le sanctuaire de votre cœur l. » Ici encore, nous sommes en plein dans le courant traditionnel. Le symbolisme du cœur est peu marqué. Nous ne sommes pourtant pas en face d'une simple métaphore, p:

M. Gazier aurait pu citer d'autres cas, et bien plus remarquables, celui, par exemple, de Marie de Valernod, dame d'Herculais (f 1654). Elle fut, dans un milieu tout imprégné d'esprit janséniste, une grande dévote du Sacré-Cœur. Un jour, son confesseur lui défend de communier pendant six mois : « Je ressentis fort cette défense, écrit-elle... Tandis que je priais ainsi, mon Sauveur me montra son côté ouvert, et j'aperçus des yeux de mon âme son cœur tout brûlant d'amour. Cette vue adoucit l'extrême désolation où je me trouvais plongée. Je m'adressai à ce cœur si aimant : « Sera-ce dans ce sacré réduit, ô mon Jésus, que j'entrerai pour recevoir du soulagement à mon mal ? Oserai- je bien prendre la hardiesse de pénétrer dans ce Sancta sanctorum, où vous ne recevez que les âmes pures et parfaites ? » Un autre jour qu'elle se résignait, par obéissance, à se priver encore de lui, Notre-Seigneur lui apparut de nouveau. « Il me montra, écrit-elle, sa poitrine toute brûlante des flammes de son amour. Mon âme lui dit ce qu'elle souffrait loin de lui, et lui demanda de reposer sur son cœur. » Une voix lui assura qu'elle

1. Elévations... édition Mougin-Rusand, Lyon, 1889, p. 319 ; d'après M. Gazier, 1. c. p. 201. Le texte n'aurait-il pas été rajeuni ?

serait reçue *. Un jour enfin qu'elle demandait à Dieu où elle trouverait pour lui rendre ce qu'elle avait reçu de lui, Notre-Seigneur lui apparut, et portant la main à son côté, lui montra son cœur, où le sang « bouillonnait avec des ardeurs de feu », comme le trésor où elle devait puiser. « 0 amour, ô sacré cœur, s'écria-t-elle, que je vous dois, mais que vous me donnez bien pour satisfaire à toutes mes dettes 2. »

Tout ceci se passait avant 1643, époque où s'arrête la relation. Mais quelques fragments de ses actions de grâces, en 1652, nous la montrent toute pleine de la pensée du Sacré-Cœur. « O mon Sauveur, vous qui reposez maintenant dans mon cœur, faites-moi - reposer dans le vôtre... O mon tout, mon libéral amour, redoublez les nœuds par lesquels vous liez mon cœur à vous, ou plutôt, cher amour, faites que ce cœur ne soit plus qu'un avec le vôtre. O amour, amour, que votre force réduise tous les cœurs en un seul, pour les sacrifier à mon Jésus, en expiation de tant de mépris qu'on fait de son adorable personne ; que tous les cœurs soient consommés dans le cœur de Jésus avec le mien... O amour, qui se communique si amoureusement à moi, faites fondre et écouler tout mon cœur dans l'incomparable douceur que vous m'avez donnée, en me versant toute dans le cœur de mon adorable Jésus. Faites que je ne sois plus trouvée en moi-même, et qu'étant tout entière dans le cœur de mon Dieu, je me nourrisse, dans ce cœur tout aimant, de sa pure vie ; et en même

1. Vie de Madame d'Herculais, née Marie de Valernod, par F. Toumier, Paris (1903), c. 7, p. 63.

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