‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 135 sur 215 · Ibid. p · texte numérisé non relu

Ibid. p

comme le remarque M. Gazier, page 202, d'une sorte de culte profane du cœur humain qui n'était pas nouveau sans doute, au xvne siècle, mais qui se répandit beaucoup en ces temps-là, sous les influences combinées d'une psychologie très raffinée des sentiments et d'une physiologie rudimentaire qui les attribuait au cœur \ Cette diffusion même du culte profane ne peut-elle pas être regardée comme une des préparations providentielles au culte du Sacré-Cœur ?

Les Congrégations religieuses.

Dominicains (Ignace del Nente), Chartreux, Franciscains (P. Joseph. Jeanne-Marie de la Croix), Bénédictins M",e de Nérestang, Mechtilde du Saint-Sacrement), Ursulines (Marie de l'Incarnation ; fondatrices : Mère de Xaiuctonge, Marcelle Germain, Jeanne de Matel.

C'est naturellement dans les Congrégations religieuses qu'il faut s'attendre surtout à trouver cette dévotion de tendresse et de piété. Dans les anciennes, le branle était donné, et elle était çà et là comme de tradition ; dans les nouvelles, nous en rencontrerons également des exemples. Déjà il a

1. M. Gazier cite les cas de Henri IV et de Louis XIV léguant leurs cœurs aux Jésuites ; de Madame de Longueville et d'Arnauld léguant les leurs à Port-Royal. Il rappelle Mascaron développant en trois points, dans son Orasion funèbre de la duchesse d'Orléans, prononcée au Val-de-Grâce en 1670, « les qualités de ce cœur qui était effectivement sous le catafalque » ; Bossuet prononçant à la Visitation de Chaillot celle de la reine d'Angleterre, et parlant de ce cœur « qui se réveille, tout poudre qu'il est, et devient sensible, même sous ce drap mortuaire, au nom d'un époux si cher. » H aurait pu ajouter l'Oraison funèbre du Prince de Condé par Bourdaloue, qui roule aussi tout entière sur les qualités du cœur qui était là.

LA DÉVOTION AU XVIIe SIÈCLE 305

été dit un mot des Carmélites. Parmi les Dominicains, nous pouvons signaler deux écrits où il est expressément traité du cœur de Jésus. Le premier est du P. Ignace del Nente, et fut publié à Florence en 1642. Il est écrit en italien, et il a pour titre : Solitudes des saintes et pieuses affections envers les Mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la Vierge Marie. Ces Solitudes ou Retraites sont au nombre de sept. Les cinq premières ont pour objet l'Annonciation, la Nativité, la Sainte-Enfance ; les deux dernières, qui n'entraient pas dans le plan primitif, sont consacrées l'une à l'Eucharistie, l'autre au cœur de Jésus. Plus d'une fois, dans le cours du livre, il est fait mention de ce divin cœur. Mais l'auteur a voulu composer une « Solitude de quelques heures », qui fût expressément en son honneur, comme il s'en explique lui-même dans Y Avertissement. Il s'appuie sur une révélation de Notre-Seigneur à sainte Gertrude, et il montre d'un mot comment le cœur du Christ étant uni « au cœur du Verbe et de la Divinité, qui le contemple, l'adore, l'offre au Père céleste, et vit dans l'union de son divin amour, fait nécessairement une œuvre sublime, la plus agréable qu'il puisse présenter à Dieu ». Pour titre : « Seul avec le Sacré-Cœur. » En commençant, une belle prière pour offrir « au Père éternel en union avec le cœur de Jésus » toutes les bonnes pensées et exercices de cette Solitude. Méditation préliminaire : Exhortation à la solitude avec le cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Suivent : une exhortation à méditer dans le cœur de Jésus, des affections de douloureux repentir en union avec le cœur de Jésus, un soliloque d'union au cœur de Jésus, cinq médi-

tations (très courtes) sur le très divin cœur de Jésus, une offrande du cœur de Jésus au Père éternel, des invocations et oraisons au cœur de Jésus, un second soliloque en cinq parties où nous voyons comment Marie perd son cœur dans le cœur de Jésus, quelles douceurs, quelle sagesse, quelle charité elle puisait dans le cœur de Jésus, et comment Jésus consolait sa Mère des souffrances qu'il lui imposait.

Tout cela est très pieux, très pénétrant, une perle de dévotion au Sacré-Cœur l.

M. Didiot, qui nous a donné en français l'opuscule du P. del Nente, signale encore, p. 5, d'après Echard et Quétif, l'ouvrage d'un dominicain flamand, le P. Antoine Barbieux, publié à Lille en 1661. sous le titre La dévotion au très saint cœur du Fils de Dieu et de sa très sainte Mère. Je ne le connais que par cette indication.

Les Chartreux continuent au XVIIe siècle les traditions de leurs devanciers : leurs écrivains parlent du cœur divin, leurs mystiques reçoivent ses faveurs. Dom Antoine de Molina Chartreux de Miraflores vers 1605, dans ses Méditations sur la Passion, n'a garde d'oublier la passion du cœur aux heures de l'agonie 2. Dom René Hensaeus, qui était en 1610, prieur de la Chartreuse de Brûhn en Moravie, cherchant pourquoi Jésus a voulu que son côté fût percé, donne cette raison, entre autres : « Enfin Jésus a voulu que son côté fût

1. Voir Seul avec le Sacré-Cœur. Opuscule italien publié en. 1643, par le P. Ignace deUNente, dominicain, traduit et annoté par le Dr Jules Didiot. Maison Casterman, Tournai et Paris 1890, 36 pages in- 18°.

2. Méditation sur la Passion. Méditation 5e. Mois du Sacréf^rpi/r par d'anciens auteurs Chartreux. 29e jour, p. 160-164.

LA DEVOTION AU XVIIe SIECLE 3«>7

ouvert afin que, par cette blessure visible il nous fît voir la plaie invisible qui a percé son cœur. » C'est, on se le rappelle, la formule même de la dévotion que l'Église a faite sienne en l'empruntant au pieux auteur de la Vigne mystique. « Entrez donc, conclut dom Hensaeus, par cette porte du paradis. Allez vers la fontaine et l'arbre de vie, qui ne sont autres que le cœur même de Jésus, afin que vous voyiez comment il vous a porté dans son cœur. Entrez par cette porte dans le cellier mystique : l'Époux des âmes vous y invite, quand il dit : Si quis sitit,veniat ad me etbibat, que l'âme altérée vienne à moi et se désaltère l. »

Dom Polycarpe de la Rivière, tour à tour prieur de la Chartreuse de Bordeaux (1629) et de celle de Bonpas, près d'Avignon, a des idées et des élans semblables ■ ; et aussi don Jean Anadon, prieur des Chartreux de Saragosse (f 1682) 3.

Sœur Anne Griffon (15S0-1641), d'Abbeville, Chartreuse à Gosnay en Artois, raconte comment un jour, elle reçut « une grande douceur et abondance de délices », qu'elle voyait « comme couler du cœur » de Jésus. « Ce qui découlait, dit-elle, du cœur de mon doux Sauveur était une lumière pure qui m'attirait à lui. Ce très subtil rayon qui sortait de ce cœur divin et qui pénétrait le plus intime de mon âme, tirait à soi toute l'affection de mon cœur pour le perdre et le transformer en lui, d'une manière admirable et incompréhensible... M'entende qui pourra. » Ce qui suit est plus encore dans le ton de la B. Marguerite-Marie, fond et

Page 1