Ibid. c. 18, p. 513-515 ; Franciosi
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cœur, dépouillée de tous les objets terrestres, dans un bienheureux oubli de tout ce qui n'est pas Dieu et de sucer ainsi le lait de votre sagesse. Que mes yeux ne voient plus que vous ; que mes oreilles n'entendent que vous ; que ma langue ne parle que de vous ; que tous mes sens doucement assoupis dans votre divin cœur, comme Jean sur votre poitrine, rêvent et parlent de vous dans un amour ineffable. 0 cœur de Jésus, école de la divine vérité, où l'âme apprend et saisit ce qu'il y a de plus incompréhensible ! . . . Divin artiste, c'est dans l'atelier de votre cœur que vous travaillez le mien par les coups redoublés d'un amour réciproque pour en faire un vase précieux... Votre cœur est une arche pleine de blanches colombes, qui échappées au bourbier de ce monde ont cherché en vous un refuge. Et vous me tendez la main vous-même afin d'y faire entrer mon âme fatiguée de son vol... Votre cœur est encore un rocher mystérieux qu'il me suffit de frapper un peu avec le bois de la croix pour en faire sortir une eau vive qui étanche à jamais la soif de mon âme... Oh ! que l'on dort doucement sur ce rocher, au bruit des eaux célestes, au souffle rafraîchissant des divines consolations ! Oh ! comme du haut de ce rocher vous chantez doucement ces paroles : « Viens ma colombe, la » porte de mon cœur est ouverte pour toi. Tu es » mon cœur et je suis le tien ; j'ai mis mon cœur » dans le tien et j'ai enfermé le tien dans le mien, » et nous n'avons tous deux qu'une même volonté. » Je te porte écrite dans mon cœur ouvert. Tu es » là comme une perle d'un prix inestimable comme » la perle du saint amour. » 0 mon Sauveur ! enfermez-moi dans la citadelle de votre cœur.
Placez des gardes à la porte, afin que mon âme n'y soit point troublée, mais qu'elle y jouisse de votre félicité dans la paix et le repos K »
On pourrait ajouter ici saint Fidèle de Sigmaringen, mais il en a déjà été question.
Dans la famille Bénédictine, nous avons déjà signalé l'ouvrage de dom Hseften, abbé d'Afïlighem, et la vie de la Mère Deleloe. La France nous fournit deux ou trois grandes abbesses très dévotes au cœur de Jésus.
Dans la vie de Mme Françoise de Nérestang, f 1652, abbesse de La Bénissondieu, écrite par le P. Chérubin de Marcigny, Récollet, et imprimée à Lyon, en 1653 2, où sont recueillis quelques écrits de la pieuse abbesse, on trouve, au cours d'une élévation sur l'Eucharistie, une belle prière au Sacré-Cœur : « Comme je suis très assurée d'avoir accès dans votre cœur, puisque la charité que vous avez pour nous y loge, permettez-moi d'y faire ma retraite et mon séjour. Permettezmoi que j'entre dans ce généreux et pitoyable cœur, comme au heu de mon refuge, pour fuir et me sauver de mes cruels ennemis... Mon doux Sauveur, vous avez voulu que votre sacré flanc fût
1. P. Henri de Grèzes, p. 287. Les mêmes textes avec quelques différences, sans importance pour la question présente, 'dans Franciosi,col. 428-431, d'après la, Vie de la Vénérable par le P. Bède Weber, traduction Charles de Sainte-Foi.
2. C'est la date que donne M. Cucherat, à qui j'emprunte ce texte, p. 168. Voici le titre précis de l'ouvrage, tel que me le communique M. de La Bégassière, d'après Œttinger, Bibliographie biographique (au mot Nérestang) : Le Palais de la sagesse, ou le Miroir de la vie religieuse, trouvée dans la vie de la Mère de Nérestang, première abbesse de l 'abbaye royale de La Bénissondieu, par le P. Chérubin de Marcigny. In-4°, Lyon, 1656. Remarquer qu' Œttinger dit : 1656. Est-ce une seconde édition, ou y a-t-il erreur de côté ou d'autre?
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ouvert afin de nous tenir une porte libre pour entrer chez vous. Vous avez fait que l'amour plus que la lance l'ait percé, afin que nous puissions y loger, et y être à couvert de tous les périls et persécutions du monde et de l'enfer. Je vais donc avec confiance et respect entrer dans ce favorable cœur pour n'en sortir jamais... C'est là que je veux considérer, examiner et pleurer mes péchés et en demander pardon à votre divine Majesté dans ce cœur amoureux qui autrefois en a conçu un regret inexprimable, et en a été percé d'une extrême douleur. C'est dans ce cœur sacré, infiniment saint et merveilleusement pur, et qui a en horreur les moindres imperfections, que je veux haïr toutes les miennes jusqu'aux plus légères ; que je veux combattre toutes mes passions déréglées, et résister courageusement aux assauts de tous mes ennemis, espérant d'en remporter une glorieuse victoire à la faveur de cette inexpugnable forteresse. Ce sera dans ce divin cœur, qui a été affligé pour moi, que je vivrai contente dans mes mortifications et pénitences, et dans tous mes déplaisirs, afflictions, aridités, ennuis et contradictions. Ce sera là même que je souffrirai sans me plaindre les douleurs de la mort, en me ressouvenant que ce généreux cœur fut, pour l'amour de moi, accablé d'ennuis et de tristesses, au temps de son amère passion sans murmurer. C'est dans ce cœur sacré que je renouvelle l'absolue donation que je vous ai faite de moi-même, mon cher Maître, de mon âme, de mon corps, et de toutes leurs facultés et opérations ; et que je m'abandonne absolu - ,ment à vous, mon adorable Rédempteur, dans une entière dépendance de tout ce que je suis
et de tout ce que je puis : protestant de vouloir éternellement agir selon les inclinations de votre cœur, suivre ses conseils, me conformer à ses désirs, entrer dans tous ses intérêts et me transformer en ses affections l. »
La Mère Mechtilde du Saint-Sacrement (1614- 1698) fondatrice des Bénédictines de l'adoration perpétuelle, vit un jour la sainte Vierge qui lui présentait son Fils tout blessé, le cœur ouvert, et qui l'invitait à chercher refuge en ce cœur. C'était vers 1637. Plus tard, dans le petit livre sur Le véritable esprit des Religieuses adoratrices, rédigé vers 1660, elle disait à ses religieuses : « Courons donc, mes sœurs, courons au très Saint Sacrement. Allons rassasier les désirs infinis de ce cœur adorable ; communions pour le contenter. Jetons-nous à corps perdu à ses pieds sacrés, et lui disons avec un réciproque amour, le plus ardent qu'il nous sera possible : 0 cœur divin ! 0 cœur aimable ! 0 cœur dont l'excellence et la bonté ne s'expriment point ! Contentez vos désirs en moi, attirez-moi toute à vous pour rassasier vos désirs, nourrissezvous en votre manière, afin que je sois substantée de vous, et que vos désirs trouvent leur assouvissement entier. Communiquez à mon âme une petite parcelle de vos plus ardents désirs, et que je puisse dire d'un même cœur et d'un même amour, par l'épanchement de vos sacrés désirs en moi, en
1. D'après Cucherat, Histoire populaire de la B. Marguerite-Marie Alacoque, 2e édition, Grenoble 1870, t. 1, 1. 3, n. 18, p. 169-170. — Le P. de la Colombière entrera, en 1675, en rapport avec La Bénissondieu, et fera l'oraison funèbre de Françoise II de Nérestang, nièce de celle-ci ; il y jettera ensuite les premières semences de la dévotion au Sacré-Cœur reçue de la B. Marguerite-Marie. On voit que le terrain devait être préparé.
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communiant tous les jours : Desiderio desideravi l. » On remarquera dans cette belle prière, l'adresse directe au cœur de Jésus. C'était chose assez rare, bien que nous en ayons vu des exemples. On remarquera aussi cette idée, que nous croirions toute moderne, ou du moins toute dépendante des visions de Paray, de la communion quotidienne regardée comme une réponse aux désirs du Sacré- Cœur. Bien d'autres traits, dans les lettres de la pieuse fondatrice, font mention du cœur de Jésus, et montrent une vraie dévotion -. Rien d'étonnant que les efforts du B. Jean Eudes aient trouvé là le meilleur accueil.
Il est probable que, en étudiant la vie de Mme de Lorraine, abbesse de Montmartre, on trouverait des traits semblables ; car là aussi le P. Eudes trouva le meilleur accueil, et son Office du Cœur de Jésus y fut reçu dès 1668 ou 1669, avec l'approbation du Cardinal de Vendôme. Nous en dirons un mot en étudiant l'action du B. Jean Eudes.
Les différentes familles religieuses connues sous le nom général d'Ursulines nous fournissent aussi des traits intéressants.
La Vénérable Mère Anne de Xainctonge, fondatrice des religieuses de Sainte-Ursule de la très
1. Le véritable esprit des religieuses adoratrices perpétuelles du très saint Sacrement de l'autel, c. 8, p. 130-131, réédition de Paris 1900. Cette réédition paraît être la reproduction exacte de la première, dont les approbations sont de 1681 et 1682.
2. La lettre enflammée à Mrae la Comtesse de Chateauvieux, tirée à part par les Bénédictines de la rue Tournefort, avec l'indication trop sommaire, t. 3, p. 445, ne parle pas expressément du Sacré-Cœur ; mais elle pourrait prendre place, sans désavantage, parmi les plus belles de la B. Marguerite-Marie, à côté, par exemple, de celle à sœur de la Barge, dont nous avons donné des extraits, p. 64-65.
Sain te- Vierge (1567-1621), quand elle assistait à la Messe « pratiquait avec le Sauveur, dit le P. Binet, l'un de ses biographes, une sainte familiarité, s'avançant en esprit jusque sur l'autel, y baisant la précieuse plaie de son côté, et faisant un vol, pour employer ses propres paroles, bien avant dans son cœur, pour unir étroitement son âme à lui... protestant de n'en vouloir jamais sortir, qu'il ne lui eût dit de s'en aller avec l'assurance qu'il l'aimait et bénissait l. »
Parmi les Ursulines de Sainte-Angèle Merici, les Chroniques de l'Ordre nous indiquent bien des cas de dévotion au Cœur de Jésus. Voici ceux qu'a recueillis le P. de Franciosi.
La mère Anne de Beauvais, de Bordeaux (1587- 1620), disait à son directeur, le P. Loyrot, jésuite, que Notre-Seigneur lui avait ôté son cœur et lui en avait donné un autre 2.
Sœur Charlotte Rouault, d'Abbeville (1618-1644), ne désirait et ne demandait presque autre chose que d'être logée dans le cœur de Jésus. Elle y puisait des forces pour d'effrayantes austérités. Quelques
1. La vie parfaitement humble et courageuse d' 'Anne de Xainctonge, par le R. P. Binet de la Compagnie de Jésus, p. 207 du manuscrit, qui est d'environ 1635. Je dois ces indications à l'obligeance des religieuses de Sainte-Ursule de la très sainte Vierge (dites, à Tours, les dames de Lignac), actuellement à Sainte-Marie d'Haverloo, Bruges, Le mot auquel le P. Binet fait allusion se trouve dans les Instructions que la V. M. Anne de X. a laissées écrites de sa main, p. 78-79, Besançon, 1747. Le texte de la Vénérable n'a pas le mot cœur ; mais la chose y est : « Je m'en vais faire un vol au côté de Notre-Seigneur, considérant pourquoi il l'a laissé ouvert. C'est afin de me témoigner son amour, et aussi pour me convier de m'y aller reposer, afin de m'unir et conj oindre étroitement avec lui. »
2. Chroniques de VOrdre des Ursulines. Paris, 1673,3e partie, 2e traité, p. 448 ; Franciosi, 382.
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jours après sa mort, une de ses sœurs la vit « attachée à ce cœur divin *. »
La mère Marie-Germaine Tiercelin, de Pontoise (f 1649), vit un jour Notre-Seigneur qui lui découvrait « son côté ouvert et son cœur brûlant d'amour pour elle, lui faisant en même temps entendre que son cœur divin et le sien étaient si unis qu'ils ne faisaient plus qu'un cœur 2. »
La sœur Étiennette Guyot,de Beaune (1626-1642), vit un jour Notre-Seigneur. « Il m'a dit, racontat-elle : Aime-moi, marche après moi. Approche ta bouche, ma fille bien-aimée, et la mets sur la plaie de mon cœur, bois et en suce les di\ines liqueurs, tant que je te le permettrai 3. »
La Mère de Jasse, d'Ussel (1614-1656), vit Notre- Seigneur qui changeait de cœur avec elle. « Il me plaît, lui dit-il, de prendre le tien, c'est un de mes trésors. » Puis il lui donna le sien, en lui recommandant de le conserver 4.
Grâces analogues à sœur Antoinette Miette, de Roanne (1592-1657), que le P. Coton avait en grande estime : échange des cœurs, application au divin cœur pour y boire une douceur indicible 5.
Sœur Marie Prévostière de Saint-Jean d'Angély (1623-1662), touchait à ses derniers moments. « Quand elle reçut la Communion, elle vit une lumière brillante auprès de son lit, avec un cœur au milieu de cette lumière, qui causait de grandes palpitations au sien, comme pour aller joindre ce