‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 153 sur 215 · Ibid. 3e partie, c. 5, p. 431 (Turin · texte numérisé non relu

Ibid. 3e partie, c. 5, p. 431 (Turin

2. Ibid. 3e p. c. 5, p. 438-439. La plupart de ces textes ont été recueillis par Franciosi, col. 407-408, d'après l'édition de Turin, 1846. C'est aussi à cette édition-là que je renvoie, n'ayant pas sous la main celle de Besançon. Une remarque encore. Nous avons déjà dit que les fait mystiques, tout en étant réels comme expériences psychologiques, ne doivent pas être pris à la lettre, dans leur réalité objective. La vie de sœur Bénigne nous offre, à ce sujet, un cas intéressant. Un jour que notre-Seigneur l'avait si intimement associée aux souffrances de sa croix qu'elle y semblait être elle-même attachée, elle eut quelques mouvements de crainte de s'abandonner pleinement à l'opération de cette grâce, ne comprenant point comment elle pouvait se voir sur la croix, étant réellement à genoux ; mais son divin Epoux la rassura par sa parole secrète sur la vérité de cette miséricorde, lui apprenant que ce n'était que par représentation qu'elle était là, et que l'Epoux y était aussi de la sorte puisque « ma demeure, dit-il, est dans une lumière inaccessible. C'est seulement pour te faire comprendre l'état dans lequel je t'ai mise d'union à mon humanité crucifiée... Cette grâce ne t'est communiquée que d'esprit et de cœur ; car nous ne sommes ni l'un ni l'autre sur cette croix. » 2e partie, c. 14, p. 360-361.

que cela. Elle eut l'intuition nette que la Visitation avait été faite par le Sacré-Cœur et pour le Sacré- Cœur. Elle vit saint François de Sales faire son séjour, durant sa vie, dans le cœur de Jésus, et y recevoir l'inspiration d'établir un ordre qui aurait pour objet propre « de rendre hommage à ce divin cœur l'. » Sa Vie, publiée vingt-cinq ans plus tard, en 1686, arrivera à temps pour soutenir la B. Marguerite-Marie et pour la seconder dans son apostolat, comme celle-ci le dira avec une joie visible, dans une de ses lettres au P. Croiset 2.

1. Vie de la Vénérable Mère Anne-Marguerite Clément, Paris, 1686, passim ; cf. Letierce, Le Sacré-Cœur, p. 96-102 , Franciosi, 402-405. Galliffet, livre n, Addition, article 1, p. 132- 140. — Voici le texte même de la Vie, tel qu'il est rapporté dans les Contemporaines, t. i, p. 229 (259) et par Languet, p. 54 : « Dieu lui fit connaître que pendant que ce Bienheureux était sur la terre, il faisait son séjour dans le Cœur de Jésus-Christ, où son repos ne pouvait être interrompu par ses plus grandes occupations ; que comme Moïse devint le plus doux de tous les hommes en conversant familièrement avec son Dieu, de même ce Bienheureux, par sa familiarité avec son cher amant, arriva à la perfection des deux vertus du Cœur de Jésus- Christ, la douceur et l'humilité ; que ce saint législateur a été inspiré d'établir un ordre dans l'Eglise pour honorer l'adorable Cœur de Jésus et ses deux plus chères vertus, qui sont le fondement des règles et constitutions de la Visitation ; qu'il n'y avait point d'ordre qui fît profession de rendre hommage à ce divin Cœur... Celui de la Visitation est établi pour rendre un continuel hommage à son Cœur, et pour imiter sa vie cachée. » Ce texte est tiré de la Vie, 3e partie, c. 14, p. 266. On remarquera que les paroles à propos de la douceur et l'humilité, « les deux plias chères vertus du Cœur de Jésus, et le fondement des règles de la Visitation », sont à peu près celles de Mgr de Maupas et de sainte Chantai, que nous avons citées. On peut se demander si sainte Chantai et Mgr de Maupas ne feraient pas allusion aux visions de Mère Anne-Marguerite, ou si celle-ci n'aurait pas été influencée par les paroles de la fondatrice. Les cas analogues ne sont pas rares chez les mystiques.

2. « Il faut vous dire encore qu'une religieuse de la Visitation, décédée depuis environ 40 ans en odeur de sainteté, avait eu révélation que la dévotion au sacré Cœur de Notre Seigneur

La Compagnie de Jésus ; son rôle propre.

Origines et témoignages surnaturels. Premières traces historiques. Bécots et faits mystiques. Propagation par l'image. Propagation par les écrits ou la parole. Alvarez de Paz, etc. Louis Lallemant et ses disciples. Traité de Mathias Hajnal. Pierre Marie, Vincent Caraffa, Paul de Barry, Paul Lejeune, etc. Grande place de la dévotion dans l'ascétique de Saint-Jtire. Opuscule de Druzbicki. Jean Paullinus. Grande place dans l'ascélique de Nouet et traité spécial.

Nous ne trouvons^ pas, aux origines^de la Compagnie de Jésus, ni la même dévotion, ni les mêmes intuitions que nous avons remarquées chez saint François de Sales et à la Visitation. D'une dévotion de saint Ignace au cœur de Jésus, dans le sens précis du mot, nous n'avons pas de témoignage historique certain. La prière Anima Christi, qu'il a mise en tête des Exercices spirituels l, ne contient pas chez lui, l'invocation, Cor Christi, inflamma me, que l'on y rencontre parfois dès les débuts du xvne siècle, si ce n'est plus tôt. Dans le National Homenaje, page 100, on lui attribue une invoca-

Jésus-Christ prendrait son commencement dans l'Ordre de la Visitation. » Lettres inédites, ni, 125. Malgré l'écart chronologique (la lettre est du 15 septembre 1689 et la Mère Anne- Marguerite n'était morte que depuis 27 ans), il n'est pas douteux qu'il s'agisse de Mère Anne -Marguerite Clément : les expressions employées par Marguerite -Marie sont textuellement celles de la Vie qui venait de paraître.

1. On sait que cette prière existait bien avant saint Ignace. Il paraît qu'elle fut enrichie d'une indulgence par Jean XXII, et certains auteurs en attribuent l'origine à Jean XXII luimême.

tion, où il serait fait mention des cœurs de Jésus et de Marie : « Sainte Marie, Mère de nos cœurs, faites que notre cœur devienne semblable à votre cœur et au cœur de votre doux Fils. » Mais le texte sur lequel on se fonde ne dit pas ce qu'on lui fait dire. Les témoignages que nous avons ne sont pas d'ordre historique proprement dit. Un Jésuite, le P. Claude Bernier, f 1655, disait avoir appris de Notre-Seigneur que le divin Maître avait donné son cœur à Ignace, comme autrefois à sainte Catherine de Sienne 1. Ceci se passait bien avant les grandes manifestations du Sacré-Cœur à la B. Marguerite-Marie. Longtemps après, (c'était, ce semble, en 1733), un jeune Jésuite espagnol, le P. Bernard-François de Hoyos, eut une révélation beaucoup plus expressive. Voici comment il la raconte : « Au moment de communier, je sentis le saint Fondateur à ma droite, et à ma gauche saint François Xavier... Quand j'eus le cher Jésus dans mon cœur, il me sembla que les deux saints lui rendaient leurs hommages. Alors Notre-Seigneur fit signe à notre saint Patriarche de me parler, et à moi d'écouter la doctrine qu'il allait m'enseigner. Le saint alors, par des paroles formées et par des idées qu'il faisait passer en moi sans rien dire, déclara que la divine Providence voulait donner à la Compagnie la gloire de voir ses fils propager le culte du sacré cœur de Jésus, obtenir de l'Église la fête souhaitée, et se charger de la faire agréer. Le saint lui-même et... saint François de Sales ont mission de promouvoir cette entreprise par le moyen de leurs deux familles religieuses, la Visi-

l. Mènologe de la Compagnie de Jésus, par le P. de Guilhermy Assistance de France, 17 juin.

tation et la Compagnie l. » C'est, on le voit, comme une réplique de la célèbre vision de Marguerite- Marie.

Historiquement voici ce que l'on constate. L'esprit de saint Ignace est, suivant le mot de sainte Madeleine de Pazzi, l'esprit de saint Jean l'Évangéliste, un esprit tout d'amour 2. Cet esprit éclate partout dans sa vie et dans ses Constitutions. Il n'y a, dans les Exercices spirituels, aucune mention explicite du Sacré-Cœur ; mais on peut dire qu'ils y orientent les âmes par la façon humaine de leur présenter Jésus, qui appelle leur dévouement et leur amour ; par l'étude attentive et amoureuse de Jésus dans sa vie et dans sa mort ; par le ressort qui met tout en jeu, l'amour passionné pour Jésus, répondant à l'amour de Jésus pour nous. Les méditations les plus terribles, comme celles du péché et celle de l'enfer, finissent par un colloque d'amour et de reconnaissance, on pourrait dire par un cri du cœur au cœur de Jésus. A chaque instant, nous y sommes tout près du Sacré-Cœur et comme sous sa chaude influence : la prière Anima Christi ne contient pas le mot cœur, mais elle est pleine de la chose ; la demande si souvent, si instamment répétée « de connaître Jésus intimement, afin de l'aimer davantage, et de le suivre toujours mieux », est toute dans l'esprit de la dévotion ; la conformité amoureuse de vie et l'union de cœur avec Jésus, qui sont l'âme

1. Le V. P. Bernard-François de Hoyos, par le P. J.-B. Couderc. Tournai et Paris (Casterman), 1907, p. 153.

2. Dixit quod spiritus istorum sanctorum (saint Jean et saint Ignace) esset idem, quia totus est amare et conducere ad amandum. Acta Sanctorum, t. 33, p. 861.

des Exercices, préparent le retraitant à entrer en commerce intime avec le Sacré-Cœur, dès que ce Sacré-Cœur lui sera découvert.

Nous avons de saint François de Borgia une admirable invocation à la plaie du côté ; le cœur de Jésus n'y est pas nommé, mais il n'y manque que le mot 1. Saint Louis de Gortzague est souvent cité comme grand dévot du Sacré-Cœur ; mais les deux témoignages qu'on en donne n'ont pas une valeur historique directe. Le premier est celui de sainte Madeleine de Pazzi ; elle disait, dans une de ses extases, que Louis, fils d'Ignace, « décochait sans cesse des flèches d'amour au cœur du Verbe 2 ». Elle ne dit pas : « du Verbe incarné », comme on a traduit quelquefois. L'autre témoignage est moins direct encore : c'est la guérison miraculeuse du F. Nicolas Célestini, novice de la Compagnie de Jésus à Rome, le 9 février 1765, par une apparition de saint Louis de Gonzague : « Notre-Seigneur, lui dit le saint, t'accorde, à ma prière, la santé, pour travailler encore à ta perfection et propager de toutes tes forces la dévotion à son Sacré-Cœur, dévotion très chère à tous les habitants du paradis 3. » C'était trois jours après le bref de Clément XIII, accordant enfin l'office et la fête du Sacré-Cœur.

Pour avoir des témoignages explicites de dévotion au Cœur de Jésus parmi les Jésuites, c'est au B. Pierre Canisius qu'il faut aller d'abord. On a vu

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