‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 17 sur 215 · Lettre xcviii (xcvn), Vie et Œuvres, t. ji, p · texte numérisé non relu

Lettre xcviii (xcvn), Vie et Œuvres, t. ji, p

dont la mission se présente toujours à elle comme complétant celle de la Visitation. Elle rattache cette Diission aux prières du P. de la Colombière, comme elle rattache celle des visitandines à saint François de Sales \ Grâce à lui, la Compagnie de Jésus sera gratifiée, avec la Visitation « de toutes les grâces et privilèges particuliers de la dévotion du Sacré-Cœur. » Ce divin cœur leur promet de répandre « avec profusion ses saintes bénédictions » sur leurs travaux. Tl désire « être connu, aimé et adoré particulièrement de ces bons Pères. » Et s'ils tâchent « de puiser toutes leurs lumières dans la source inépuisable de toute la science et charité des saints », il donnera à leurs paroles « Fonction de son ardente charité » avec des grâces si « fortes et puissantes, qu'ils seront comme des glaives à deux tranchants qui pénétreront les cœurs les plus endurcis des plus obstinés pécheurs 2. »

« S'il est vrai, dit-elle ailleurs, que cette dévotion tant aimable a pris naissance dans la Visitation, moi je ne puis m'empêcher de croire qu'elle fera son progrès par le moyen des Révérends Pères jésuites. Et je crois que c'est pour cela qu'il avait choisi le bienheureux ami de son cœur (le P. de la Colombière) pour l'accomplissement de ce grand dessein 3. »

Pourquoi ne peut-elle s'empêcher de le croire ?

1. Voir la lettre du 15 septembre 1689 au P. Croiset, Lettres inédites, lettre ni, p. 125.

2. Lettre xcviii, t. n, p. 200 (2e édition, lettre xcvn, p. 234). Voir encore la lettre civ, t. n, p. 214 (2e édition, p. 262).

3. Lettres inédites, lettre ni, p. 125. Elle y revient, p. 130 : « Comme il ne veut pas qu'un fruit si précieux demeure caché, il a choisi les Révérends Pères Jésuites pour le distribuer et en faire goûter la douceur et la suavité à un chacun. »

Parce que Notre-Seigneur lui a « fait connaître, d'une manière à n'en point douter, que c'était principalement par le moyen des Pères de la Compagnie de Jésus qu'il voulait établir partout cette... dévotion, et par elle se faire un nombre infini de serviteurs fidèles, de parfaits amis, et d'enfants parfaitement reconnaissants l. »

Nulle part peut-être l'ensemble de ces idées n'est si bien groupé que dans la lettre du 10 août 1689 au P. Croiset : « Quoique ce trésor d'amour soit un bien propre à tout le monde, et en qui chacun a droit, il a néanmoins toujours été caché jusqu'à présent qu'il s'est particulièrement donné aux Religieuses de la Visitation, parce qu'elles sont destinées à honorer sa vie cachée, afin que leur étant découvert, elles le manifestent et distribuent aux autres. Mais il est réservé aux Révérends Pères de la Compagnie de Jésus de faire connaître la valeur et l'utilité de ce précieux trésor, où plus on prend plus il y a à prendre. Il ne tiendra donc qu'à eux de s'en enrichir avec abondance de toutes sortes de biens et de grâces ; car c'est par cet efficace moyen qu'il leur présente, qu'ils pourront s'acquitter parfaitement selon son désir du saint ministère de charité auquel ils sont destinés. Car ce divin Cœur répandra tellement la suave onction de sa charité sur leurs paroles, qu'elles pénétreront comme un glaive à deux tranchants les cœurs les plus endurcis, pour les rendre susceptibles à l'amour de ce divin Cœur, et les âmes les plus

1. Lettre citée par le P. Croiset, Abrégé p. 57. Cf. Vie et Œuvres, lettre cxxxn, t. n, p. 285 (2e édition, lettre cxxxiv, p. 334). Voir, chapitre i, p. 16, les remarques que suggèrent le style et le ton de cette lettre.

criminelles seront conduites par ce moyen à une salutaire pénitence. Enfin c'est par ce moyen qu'il veut répandre sur l'Ordre de la Visitation et de la Compagnie de Jésus l'abondance de ces divins trésors de grâce et de salut, pourvu qu'ils lui rendent ce qu'il en attend, qui est un hommage d'amour, d'honneur et de louange, et de travailler de tout leur pouvoir à l'établissement de son règne dans les cœurs. Il attend beaucoup de votre sainte Compagnie pour ce sujet et il y a de grands desseins. C'est pourquoi il s'est servi du bon Père de la Colombière pour donner commencement à la dévotion de cet adorable Cœur, comme j'espère que vous serez l'un de ceux dont il se servira pour l'introduire dans votre Ordre 1. »

Ces assurances si souvent répétées de la Bienheureuse dominent l'histoire de la dévotion. On ne s'explique pas sans cela que les visitandines et les jésuites aient tant pris à cœur de la propager. Mais ces dernières révélations ont un autre avantage : beaucoup de traits y sont indiqués qui servent à donner une idée plus complète et plus précise de la dévotion au Sacré-Cœur.

Résumé et Conclusion.

Le Sacré-Cœur médiateur d'amour. — Idée grandiose de la dévotion au Sacré-Cœur .

On a pu remarquer plus haut, dans le petit discours de saint François de Sales, un mot

I Lpftres médites, lettres n, p. 95.

étrange au premier abord : « Nous prierons, dit-il, dans le Cœur et par le Cœur de Jésus, qui se veut rendre tout de nouveau médiateur entre Dieu et les hommes. » L'expression est familière à la Bienheureuse, toute hardie qu'elle puisse paraître. Dès 1685, nous la voyons parler d'une médiation spéciale du Sacré-Cœur entre Dieu et les hommes. Elle écrit, en effet, à la Mère Greyfié : « Il m'a donné à connaître que son Sacré-Cœur est le Saint des saints, le Saint d'amour. Qu'il voulait qu'il fût connu à présent pour être le médiateur entre Dieu et les hommes, car il est tout-puissant pour faire leur paix, en détournant les châtiments que nos péchés ont attirés et pour nous obtenu miséricorde l. »

Elle disait, dans un billet du 21 juin 1686, à sœur Marie-Madeleine des Escures, le jour même où la communauté de Paray s'était ralliée au culte du Sacré-Cœur : « Le grand désir que Notre- Seigneur a que son sacré Cœur soit honoré par quelque hommage particulier, est afin de renouveler dans les âmes les effets de sa Rédemption, en faisant de ce divin Cœur comme un second médiateur entre Dieu et les hommes 2. » Le mot y est, avec l'explication qui convient.

Même quand le mot n'y est pas, l'idée est sans cesse présente. C'est dans le même sens, en effet, qu'elle parle d'un c dernier effort » de l'amour de Jésus dans la manifestation de son divin cœur, d'une « rédemption amoureuse » par la médiation de ce sacré cœur, d'une nouvelle effusion, par le

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