Lettre ccxxv. Œuvres, t. in. col
2. Lettre inédite, publiée par Letierce, t. i, p. 118, d'après l'autographe conservé au monastère de la Visitation de Xancy. Au lieu de demeure ne faut-il pas lire domine ?
jusqu'à la création du monde, allons de siècle en siècle, voyons-y tous les amours des patriarches, des prophètes, des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges et de toutes les créatures mortelles. Remontons dans les cieux, voyons-y tous les amours des célestes esprits et de leur grande Reine ; unissons-nous à tous ces amours, à tous ces amours que l'on a eus et que l'on aura jamais pour ce divin Cœur ; offrons-lui tous ces amours, mais de plus l'amour infini du Père éternel. Formons une intention qu'autant de fois que nous respirerons, nous voulons continuer cette union pour aimer, par tous ces amours, le Cœur infiniment aimable du tout adorable Jésus. »
Il s'adresse alors directement au Sacré-Cœur : « 0 Cœur abîme d'amour, ô mon Sauveur, nous vous demandons, par l'amour qui vous a fait mourir pour nous, que nous mourions par la douce violence de votre pur amour. Ou mourir ou aimer, et mourir et aimer pour ne cesser jamais d'aimer l. »
Que l'auteur, en tout cela, soit sous l'influence du mouvement parti de Paray, lui-même nous le dit, en renvoyant au livre « docte, mais plein d'onction » du P. Croiset. Ne fait-il pas d'ailleurs allusion à Marguerite-Marie, quand il écrit : « Notre bon Sauveur a fait connaître à sainte Gertrude et à d'autres saintes âmes qu'il fera de grandes grâces à ceux qui auront une dévotion spéciale à son divin Cœur. »
Précurseur aussi en même temps que contemporaine de la B. Marguerite-Marie et toute dévouée
1. Le chrétien inconnu, livre ni, c. 9. Œuvres, t. i. col. 1385.
au Sacré-Cœur, sœur Jeanne-Bénigne Gojos (1615- 1692), de la Visitation de Turin, dont nous avons déjà parlé ; elle semble avoir prédit sa glorieuse sœur et les choses merveilleuses que Dieu devait faire par elle. Elle sut même, avant de mourir, que sa prédiction était accomplie *.
Pendant que Notre-Seigneur préparait ainsi les voies à la B. Marguerite-Marie, il se la préparait lui-même dans le secret, la prévenait dès sa plus tendre enfance et l'enveloppait de son amour, attentif aux premiers battements de son cœur pour qu'ils fussent à lui tout seul. Le 20 juin 1671, elle entrait à la Visitation de Paray, et Jésus commença bientôt de lui révéler les secrets de son cœur.
Marguerite-Marie eut-elle connaissance du Sacré- Cœur avant les révélations de Paray ? Fut-elle sous l'influence de quelques-uns de ceux que l'on nomme maintenant ses précurseurs ? Connut-elle les révélations faites à sainte Gertrude, lut-elle quelques-unes des pages où il était question du Sacré-Cœur? Rien ne l'indique; mais rien n'indique le contraire. Avant d'entrer au couvent, elle dut entendre parler du Cœur admirable de Marie, que le P. Eudes avait obtenu, dès 1648, de faire honorer dans le diocèse d'Autun. C'est « un jour de la fête du Cœur de la très sainte Vierge », la remarque est d'elle-même, qu'elle vit son propre cœur, tout petit « et presque imperceptible » entre les cœurs de Jésus et de Marie, et pendant qu'elle entendait ces paroles : C'est ainsi que mon pur amour unit ces trois cœurs pour toujours, « les trois