Lettres inédites, lettre ni, p
Les commencements de fa dévotion nouvelle 1675-1690.
Manjuerite-Marie et le P. de la Colombier e. Apostolat du P. de la Colombière ; publication de sa Retraite spirituelle. Apostolat de Marguerite-Marie; ses premières conquêtes.
Il y a en Marguerite -Marie la voyante, la dévote du Sacré-Cœur, l'évangéliste et l'apôtre du Sacré- Cœur. Mais en elle ces trois choses ne se distinguent pas. Elle est tout entière pour sa mission, ses visions sont pour cela, sa dévotion est la flamme intime qui brûle au-dedans et a besoin de se répandre au dehors. C'est pour être l'apôtre du Sacré- Cœur que Notre-Seigneur, comme il le lui disait lui-même, l'avait préparée avec tant de soin et lui avait fait tant de grâces.
Comment il se révéla à elle, et constitua lui-même la dévotion telle qu'il la voulait, avec son objet, ses pratiques et son esprit ; comment il la choisit pour être l'instrument de ses desseins et l'adressa au Père de la Colombière dont il voulait se servir pour la seconder ; quelles promesses il lui fit pour ellemême, pour les apôtres de la dévotion, pour tous ceux qui l'accepteraient volontiers : nous l'avons vu dans la première partie de ce volume.
Comment il voulut lui donner, pour ainsi dire, la plénitude de cette dévotion ; comment il voulut avoir en elle F âme toute dévouée à son amour pour en être comme le jouet, et nous la donner pour
modèle admirable de la vraie dévotion à son Sacré- Cœur : les historiens de sa vie nous le disent.
Comment elle travailla à répandre la dévotion qu'elle avait reçu mission de propager, son activité apostolique et celle de ses premiers collaborateurs, les commencements et les progrès de la dévotion pendant les quinze années qu'elle vécut depuis les ouvertures faites au Père de la Colombière jusqu'à sa mort : c'est ce qu'il faut dire ici, dans la mesure où c'est nécessaire pour jalonner le développement historique de la dévotion.
Jusqu'à la grande apparition de 1675, la dévotion n'existait, pour ainsi dire, que dans l'âme de Marguerite. Sa supérieure savait quelque chose de ses relations intimes avec Notre-Seigneur : mais elle craignait, et les conseils des sages qui avaient examiné les choses n'étaient pas pour la rassurer.
Après les paroles si nettes de Notre-Seigneur, il fallut enfin s'exécuter, comme dit la Bienheureuse. Cette fois l'ouverture fut complète. Le P. de la Colombière fut gagné à la dévotion. Il ne se contenta pas de rassurer Marguerite-Marie et sa supérieure, la Mère de Saumaise. Sans tarder, il se consacra lui-même au Sacré-Cœur. Les contemporaines nous disent que ce fut le vendredi 21 juin 1675 : c'était le jour après l'octave du Saint- Sacrement, le jour désigné par Notre-Seigneur pour la fête à venir l. Ainsi commença la dévotion. Combien petitement ! Et les difficultés surgirent aussitôt. C'est parmi les contradictions qu'elle devait se développer. Marguerite-Marie est la pre mière à dire que le P. de la Colombière eut beau-