‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 182 sur 215 · Œuvres complètes, t. vi, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes, t. vi, p

qu'il a faite aux âmes du purgatoire de tout le mérite satisfactoire de ses œuvres, ensuite avec les exigences de la charité ou les obligations diverses qu'il peut avoir de dire des messes et de prier à des intentions demandées. Pour les âmes du purgatoire, il désire que tout « leur soit distribué selon le bon plaisir du cœur de Jésus. » Pour les autres intentions, comme il se servira alors d'un bien qui ne lui appartient pas, il prétend, comme il est juste, que l'obéissance, la charité et les autres vertus qu'il pratiquera en ces occasions, soient toutes au cœur de Jésus, où il aura pris de quoi exercer ces vertus, « lesquelles par conséquent lui appartiendront sans réserve. » On voit si le don est complet. Que demande-t-il en retour ? Il nous le dit dans l'admirable prière finale, qui nous fait voir jusqu'au fond de cette belle âme :

« Sacré cœur de Jésus, apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c'est la seule voie par où l'on peut entrer en vous. Puisque tout ce que je ferai à l'avenir sera à vous, faites en sorte que je ne fasse rien qui ne soit digne de vous. Enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m'avez inspiré le désir. Je sens en moi une grande volonté de vous plane, et une grande impuissance d'en venir à bout, sans une grande lumière et un secours très particulier que je ne puis attendre que de vous. Faites en moi votre volonté, Seigneur ! Je m'y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien, ce me semble, ne pas m'y opposer. C'est à vous à tout faire, divin cœur de Jésus-Christ ! Vous seul aurez toute la gloire de ma sanctifie a-

tion, si je me fais saint : cela me paraît plus clair que le jour ; mais ce sera pour vous une grande gloire, et c'est pour cela seulement que je veux désirer la perfection. Ainsi-soit-il ! Amen x ! »

Comme il avait transcrit le récit pour son usage personnel, il avait écrit l'offrande avant tout pour lui-même. L'offrande, en montrant dans le P. de la Colombière l'âme toute dévouée au Sacré-Cœur, donnait en même temps une idée de la dévotion, et un modèle pour l'une de ses pratiques principales. C'était un acte de dévotion privée ; elle servit à propager le culte dans le public. Le P. Croiset n'allait pas tarder à l'insérer dans son livre 2.

1. Œuvres complètes, t. vi, p. 124-127. Même texte, sauf variantes sans importance, dans Croiset, p. 179.

2. Les circonstances où fut écrite l'Offrande nous sont inconnues. L'éditeur de 1901 dit par deux fois que, suivant le P. Croiset, « cette formule de consécration au Sacré-Cœur de Jésus est, sauf quelques modifications, la consécration que le V. P. de la Colombière fit à Paray le 21 juin 1675. » Œuvres complètes, t. vi, p. 127 ; cf. loc. cit. p. xiv. Il le dit également dans dans son Histoire du V. P. Cl. de la Colombière, p. 178. Le P. Croiset dit seulement ceci : « Le P. de la Colombière... ayant connu par sa propre expérience combien la dévotion au Sacré - Cœur de Jésus était propre pour embraser bientôt un cœur d'un grand amour de Jésus-Christ, et pour arriver en peu de temps à une haute perfection, composa lui-même cette Offrande, qu'il renouvela plusieurs fois chaque mois avec beaucoup de dévotion.» 3e partie, c. iv, p. 179 ; cf. lre partie, c. il, p. 10, où il est dit que le Père se consacra entièrement au Sacré-Cœur, sans mentionner aucune formule. A-t-on quelque autre texte? Il circule une autre consécration « pour les personnes religieuses, contenant la rénovation des vœux », attribuée au P. de la Colombière. Elle commence ainsi : « O mon adorable Rédempteur, je me donne et me consacre à votre sacré cœurs, etc. Je la trouve sous son nom, dès 1725, dans une édition toute remaniés de La dévotion au Sacré-Cœur, du P. Croiset, p. 216. Je ne sais rien de son origine.

Quant au récit de l'apparition, outre son effet immédiat, qui, on le devine, fut très grand, sa publication dans la Retraite spirituelle, allait avoir un contre-coup imprévu sur l'apostolat même de la Bienheureuse. Ce ne fut pas sans « des confusions effroyables » pour elle-même, comme elle dit plus d'une fois et comme il est facile de s'en rendre compte. Dans le public, on pouvait ne pas savoir à qui le P. de la Colombière faisait allusion ; mais dans l'entourage de la Bienheureuse, dans les monastères où elle était un peu connue, le mystère fut vite percé. La Bienheureuse le sent, et elle en souffre plus qu'on ne pourrait dire ; mais d'autre part, qu'elle est heureuse du progrès de sa chère dévotion !

Il y a dans toute sa correspondance un mélange exquis de ces deux sentiments. Quand Mère de Soudeilles imprime à Moulins, 1678, le petit livret d'exercices en l'honneur du Sacré-Cœur avec l'extrait de la Retraite spirituelle, du P. de la Colombière où il était question d'elle et de la grande apparition, elle en ressent des « confusions effroyables ». Mais elle s'essaye à ne pas faire « attention ni réflexion sur cela » pour être à la joie « de voir cette dévotion se soutenir et s'insinuer d'elle-même *. »

Il y eut, à Paray même, une scène que l'une de contemporaines, la Sœur Péronne-Rosalie de Farges, a racontée dans sa déposition au procès de

1. Lettre lviti (lix), t. n, p. 115 (152). Le livret de Moulins existe encore. Les Visitantines de Nevers en ont un exemplaire. Il contient l'extrait du P. de la Colombière, la petite consécration, l'amende honorable au cœur de Jésus, les litanies du cœur Jésus et celles du cœur de Marie. Voir A. Hamon, 1. c., p. 410.

1715. On lisait au réfectoire la Retraite spirituelle du P. de la Colombière. On arriva à l'endroit « où il parle lui-même des choses qui lui avaient été prédites par une sainte âme de ce qui lui devait arriver en Angleterre, et au sujet de la dévotion au Sacré-Cœur. » Sœur de Farges remarqua « que la vénérable Sœur baissait les yeux, et était dans un profond anéantissement... En récréation, au sortir du réfectoire, elle dit à la Sœur Alacoque : « Ma chère Sœur, vous avez bien eu votre compte aujourd'hui, et le R. P. de la Colombière ne pouvait pas mieux vous désigner ! » A quoi elle répondit qu'elle avait bien lieu d'en aimer son abjection l. »

En pareilles occasions, la Bienheureuse souffrait donc plus qu'on ne peut dire.

Mais elle en profitait pour faire valoir sa chère dévotion. Jusque là, dit-elle, « je ne trouvais pas moyen de faire éclore la dévotion du sacré Cœur, qui était tout ce que je respirais *. » Sans doute, elle parlait du Sacré-Cœur à quelques intimes ; et elle le faisait en termes enflammés 3. Mais elle ne pouvait trahir le mystère de ses communications avec Jésus. On le soupçonnait bien à Moulins et à Dijon, où la Mère de Saumaise avait parlé d'elle et de la chère dévotion ; à Semur, où la Mère Greyfié se rendit en quittant Paray ; à Charolles, où le P. de la Colombière avait passé et avait jeté une étin-

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