Lettre xxxix (2e édition, lettre xl
3. Voir dans les Contemporaines, Vie et Œuvres, t. i, p. 223 225 (252), les lettres de la Mère Greyfié à ce sujet.
dévotion comme autant de victoires du Sacré- Cœur ; elle répand l'image, la Retraite du P. de la Colombière, le livret imprimé à Moulins par les soins de la Mère de Soudeilles, elle s'intéresse au Petit-Office du* P. Gette, aux essais de Sœur Joly et au livret de Dijon, aux démarches de Mère Desbarres à Rome pour obtenir fête et office. Paray a déjà sa chapelle au Sacré-Cœur, 1688. Les frères de la Bienheureuse secondent les efforts de leur sainte sœur. Le maire fait bâtir aussi une chapelle au Sacré-Cœur, et y met un tableau, comme à Paray ; le curé y fonde à perpétuité une messe pour tous les vendredis de l'année. Avec quelle joie la Bienheureuse voit et raconte ces succès !
Mais il y avait aussi les oppositions et les échecs. Avec une audace naïve, Dijon s'est adressé à Rome, pour obtenir la fête, avec Messe et Office composés en français par la Sœur Joly et mis en latin par l'aumônier, M. Charolais. Mais Rome a renvoyé la chose à l'Ordinaire, qui était l'évêque de Langres. Ce fut grande déception, et il faut que Marguerite-Marie soutienne et ranime ses amies désappointées. Elle porte toute la chère dévotion dans son cœur, elle en vit.
Pendant les années 1675-1688, on ne voit guère de développement interne. La Bienheureuse fait valoir son trésor, dans sa propre vie d'abord, et ensuite pour les autres ; le trésor ne paraît pas s'accroître notablement. Deux choses seulement sont à noter, les pratiques et les promesses, et cela surtout à partir de 1685 et 1686. Avec ses novices, la Bienheureuse a mainte industrie, maint exercice de sa chère dévotion : elle en emprunte de ci de là, ou elle en adapte ; elle en invente aussi -, et parfois
de fort belles *. A tous elle recommande la communion des premiers vendredis, la consécration, l'amende honorable, l'image, les petits billets, les offices, etc. Mais elle veut avant tout allumer dans les âmes l'amour du Sacré-Cœur, et les amener à ne vivre que de lui et pour lui. Que de belles pages il y aurait à recueillir dans ses lettres enflammées 2 ! C'est aussi à partir de 1685 que les promesses faites au nom du Sacré-Cœur pour les dévots deviennent plus précises, sinon plus magnifiques. Il y en a pour tous : pour les zélateurs de la dévotion et pour ses adeptes, pour ceux qui feront l'image, pour ceux qui la portent sur eux, pour les maisons où elle sera exposée et honorée, etc. Mère Melin, qui a entrepris de bâtir la chapelle du Sacré- Cœur dans l'enclos de Paray, aura pour récompense de mourir dans l'exercice actuel de l'amour ; la communauté de Semur, qui la première a rendu hommage public au Sacré-Cœur, est devenue par là la bien-aimée de ce Cœur, etc. Ces promesses de Notre-Seigneur, la Bienheureuse les utilise pour gagner des prosélytes, pour stimuler le zèle de ceux qui sont gagnés 3.
1. Voir, dans le t. n de Vie et Œuvres, ses avis et instructions, ses défis et écrits divers, le livret autographe de ses prières et exercices en l'honneur du Sacré-Cœur.