Voir ci-dessus lre partie, c. m
3. Voir, pour le détail, lre partie, c. iv. Cf. Lettre xxxii (xxxin), p. 64 (101) ; lettre xxxm (xxxiv), p. 68 (105), etc. Sur l'histoire de la dévotion du vivant de Marguerite -Marie, sur l'apostolat de la Bienheureuse et celui du P. de la Colombière, voir les lettres de Marguerite-Marie, notamment les 10 au P. Croiset, la vie du P. de la Colombière, par le P. Charrier, celle de la B. Marguerite-Marie par le P. Hamon, les ouvrages cités du P. Alet et du P. Letierce, la vie de la Mère de Saumaise par le P. de Curley, et celle du P. Croiset par le P. Regnault, Le Règne du Sacré-Cœur, t. v, 2e et 3e partie, etc.
Etat de la dévotion à la mort de Marguerite- Marie.
Derniers efforts de la Bienheureuse. Sa mort (17 octobre 1690). État de la dévotion. Perspectives d'avenir.
Les révélations de 1688 et de 1689 (message au roi, mission confiée à la Visitation et à la Compagnie de Jésus) ouvrirent un champ plus vaste aux ambitions de la Bienheureuse et la poussèrent à étendre le cercle de ses relations. Elle se dépensait avec une activité incroyable pour sa chère dévotion. Elle n'était plus en rapport seulement avec ses sœurs en religion. De tout côté, on lui écrivait, on venait la voir, et malgré ses répugnances, elle allait au parloir, elle multipliait ses lettres. Quelle joie en retour, quand elle apprenait quelque nouveau progrès de la dévotion ! A Dijon, l'autorité diocésaine, à laquelle Rome avait renvoyé, accorde aux Visitandines la fête désirée, et le premier vendredi de février 1689, octave de saint François de Sales, on y chante solennellement l'office et la messe de la sœur Joly. Quelques Jésuites, amis pour la plupart ou enfants spirituels du P. de la Colombière, se prenaient d'enthousiasme pour la nouvelle dévotion, l'inspiraient à leurs élèves, en parlaient à toute occasion ; à Lyon, à Marseille surtout, c'était presque de l'engouement. Les dernières lettres de la Bienheureuse sont pleines de détails intéressants à ce sujet. On la voit ellemême tout occupée de livres à écrire et à répandre. Le livret de Moulins ne suffit plus, ni celui de la sœur Joly. Celui-ci est repris par le P. Croiset, qui
le publie à Lyon en l'augmentant. Les éditions étaient enlevées, comme les images. Sous l'influence de la Bienheureuse, le P. Froment, qui était à Paray. entreprit un livre sur le Sacré-Cœur ; le P. Croiset se mit aussi à 1* œuvre : ce qui ne laissa pas de jeter la Bienheureuse en quelque embarras.
C'est au P. Croiset et à son livre qu'elle s'intéresse le plus. Nous avons, en bonne partie au moins, sa correspondance avec lui sur ce sujet. Elle suggérait des idées, elle donnait, quoi qu'il lui en coûtât, les détails nécessaires sur les origines de la dévotion : elle lisait le manuscrit à mesure qu'il avançait. Elle avait trouvé dans le P. Croiset comme un second Père de la Colombière, non plus tant pour la direction de son âme que pour l'apostolat du Sacré-Cœur.
Elle seule, disait-elle, mettait obstacle à la dévotion ; mieux valait qu'elle mourût. C'était vrai, quoique en un sens différent du sien. Elle vivante, on ne pouvait tout dire. Le 17 octobre, sans qu'on se fût décidé à la croire sérieusement malade, elle alla, dans un acte d'amour, « s'abîmer dans le Sacré-Cœur. » Le livre du P. Croiset (2e édition) était presque fini l. Il ajouta à la hâte un Abrégé de la Vie d' une religieuse de la Visitatio?i de laquelle Dieu s'est servi }K>ur V établissement de la dévotion an Sacré-Cœur de Jés us-Christ, décédée en odeur de sainteté le 17 octobre de Vannée 1690; il y inséra, avec des documents fournis par la Visitation, de
1. Le P. Croiset donne son livre de 1691 comme une seconde édition, parce qu'il le regarde comme substantiellement identique à celui de 1689, où il développait et augmentait le livret de sœur Joly.
larges extraits des lettres qu'il avait reçues d'elle, et l'ouvrage parut à Lyon dès 1691.
On devine ce que la dévotion dut y gagner. Avant d'en suivre l'histoire, voyons rapidement où elle en était quand mourut la Bienheureuse.
Elle était constituée dans son intime. Très précise à la fois et très large, elle englobait tous les éléments existants, et les orientait vers un but très net, l'amour réciproque et réparateur. Elle avait ses pratiques principales : toutes celles du passé s'y incorporaient sans peine, les nouvelles étaient simples et peu nombreuses. De petits livres existaient qui faisaient la fusion, et groupaient, à côté des exercices anciens, des prières nouvelles. Mais c'était plus qu'un ensemble de pratiques, plus qu'un recueil d'exercices anciens ou nouveaux : c'était un esprit, toute une spiritualité d'amour, tendre et solide à la fois, pour Jésus tout aimant et tout aimable.
Elle était acceptée dans plusieurs monastères de la Visitation, et elle rayonnait au dehors dans plusieurs villes de France. Un peu mêlée parfois à la dévotion du P. Eudes, qu'elle était en train d'absorber, elle avait quelques confréries, et si Rome, sollicitée dès 1687, n'avait accordé ni messe, ni office, ni fête, elle avait renvoyé aux Ordinaires, et les Ordinaires, à Langres par exemple, lui avaient fait bon accueil.
Quelques chapelles existaient, chez les visitandines ou ailleurs ; les images et tableaux étaient répandus, les petits livres étaient en vogue. Des prédicateurs en parlaient pour la recommander. Le feu sacré était allumé dans quelques âmes ardentes ; dans deux instituts religieux, une élite
regardait comme un devoir d'état de la propager. Des livres se préparaient, qui allaient l'expliquer clairement et dire ses origines célestes. La grâce de Dieu enfin était avec ses apôtres, et la transformation visible qu'elle opérait, en y entrant, dans les âmes ou dans les communautés, portait un vivant témoignage à la parole et au livre. En mourant, Marguerite-Marie laissait la dévotion vivante, viable, pleine d'avenir.
Mais il y avait des obstacles formidables. Ni la Visitation comme corps, ni la Compagnie de Jésus n'étaient conquises à la nouvelle dévotion. Les contradictions qu'eurent à subir Marguerite-Marie et le P. de la Colombière ne devaient pas céder de si tôt. Au dehors, les jansénistes, qui avaient déjà tant crié contre le P. Eudes, n'étaient pas près de désarmer devant Marie Alacoque et les Jésuites. Rome enfin attendait, suivant son habitude, et observait : elle n'était pas hostile, mais elle n'était pas gagnée.