‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 188 sur 215 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De 1690 à 1725 2

Premiers développements, premières demandes à Rome. Recours public au Sacré-Cœur ; la peste de Marseille, 1720.

La mort de Marguerite-Marie, grâce, pour une bonne part, au livre du P. Croiset, ne fit que donner

1. Pour l'histoire de la dévotion jusqu'à nos jours, Nillee donne les documents officiels et beaucoup d'autres renseignements. Voir encore : Alet, Letierce, Franciosi, Hattler, déjà cités. Dans l'édition de Languet par Mgr Gauthey, les livres supplémentaires, x-xn, contiennent, avec l'histoire posthume de Marguerite-Marie, beaucoup de renseignements sur l'histoire de la dévotion jusqu'à 1889. Bon résumé dans Xix. ouvrage cité, c. i, p. 10-36. Nulle part il n'y a tant de renseigne ments accumulés que dans Le Règne du Sacré-Cœur, t. v, 4e partie, p. 461-557 ; mais ce ne sont que des indications sous forme d'annales.

Pour avoir l'idée do la façon dont on combattit la dévotion, dont on la défigura, et dont on en travestit l'histoire, on peut voir Nilles, op. cit., Parergon, De pZnali triumpho SS. Cordis Jesu, 1. 1, p. 201 sq. On en a l'impression directe en lisant l'abbé Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 1. ni, c. xx, nouv. édit., Paris, 1828, t. n, p. 244-292 ; Tabaraud, Des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, par un vétéran du Sacerdoce, Paris, ls24 ; les articles Sacré-Cœur, dans le Grand dictionnaire de Larousse, et Herz-J esu-Kultus , dans la Realencylopddie fur protestantische Théologie, t. vu, p. 777 sq.

2. Pour cette période, voir en particulier, l'article de M. A. Hamon, Etudes, 20 juin 1910, t. 129, p. 776-797, sur La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus après la B. Marguerite-Marie (1690-1697): cf. l'article Office du Sacré-Cœur dans Analecta juris pontiplcii, Rome, 1860, 30e livraison, t. ni, p. 236 : on y trouva les actes de 1697, avec un aperçu, d'ailleurs peu exact, des origines de la dévotion.

un nouvel élan à la dévotion. Le livre eut une diffusion prodigieuse : il s'en fit des éditions et des adaptations en plusieurs villes de France ; il fut traduit en plusieurs langues. Partout il allumait le feu sacré en faisant connaître, avec la valeur et l'utilité de la dévotion, ses origines célestes.

L'apostolat vivant faisait plus encore. Partout où il y avait un monastère de la Visitation ou un collège de Jésuites, il se trouvait quelque âme ardente pour la propager. Ce n'était pas toujours sans difficulté. Car si la dévotion provoquait l'enthousiasme, elle trouvait aussi des résistances.

On voit par le P. de Gallifïet, et cela aurait pu se deviner, que, comme d'ordinaire, il faut distinguer deux ou trois moments dans le progrès de la dévotion. Dès qu'elle paraît, quelques âmes s'en éprennent : attrait de grâce, affinité naturelle, engouement de nouveauté. C'est comme une traînée de poudre qui prend feu. Mais voici l'opposition : elle naît du succès même ; l'entraînement des uns provoque la résistance des autres. C'est le moment des divisions, des disputes, des critiques. Pour rétablir la paix, l'autorité intervient. Conservatrice par devoir, comme par instinct, elle réprime les élans trop vifs, les initiatives trop brusques. Puis elle impose silence aux partis. Los âmes dociles font silence. Mais quand le mouvement vient de Dieu, cette docilité même en assure le triomphe. Tandis que les indociles et les engoués murmurent peut-être et lâchent presque aussitôt la cause qu'ils ont compromise par leurs excès, et leur indiscrétion, les autres, plus sérieux et plus surnaturels, la dégagent de tout ce qui avait pu s'y mêler d'humain et de naturel ; ils prient, ils atten-

dent, ils agissent discrètement sous le regard et avec l'approbation de l'autorité. Le mouvement reprend peu à peu, plus profond, sans bruit, sans heurt. Les meilleurs parmi les opposants réfléchissent, examinent ; sous l'action de la grâce, les préjugés tombent, la vérité se montre : les voilà gagnés ; ils seront peut-être d'ardents zélateurs.

Nous avons vu que telle fut l'histoire de la dévotion à Paray. Telle elle fut dans bien des monastères de la Visitation ; telle dans les collèges et communautés de la Compagnie de Jésus 1 ; telle à peu près partout où s'implantait la nouvelle dévotion. Cette première opposition n'était pas, de sa nature, une opposition janséniste. Mais il s'y mêla çà et là des influences jansénistes, qui servirent à la rendre plus opiniâtre et plus amère. Ce n'est pas des tout premiers temps que parle le P. de Galliflet ; mais on peut dire avec lui que « la persécution fut vive. On en vint, continue-t-il, à regarder ceux qui voulaient pratiquer ou établir cette fête, comme une espèce de secte capable de troubler l'Église. Tout, jusqu'au nom de la dévotion, devint odieux. On ne pouvait nommer le Cœur de Jésus sans offenser certains esprits 2. » Les chrétiens instruits et pieux arrivaient vite à des appréciations plus équitables : « La vérité, dit encore le P. de Galliffet, prenait peu à peu le dessus ; les préjugés se dissipaient ; les esprits revenaient, de sorte qu'en peu d'années on vit des personnes de toutes conditions et de tous caractères embrasser la nouvelle dévotion et y trouver

1. On peut en voir le détail dans les deux volumes du P. Letierce, Etude sur le Sacré-Cœur.

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