‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 191 sur 215 · Voir ci-dessus, c. vi, § 1, ce qui regarde M. Boudon · texte numérisé non relu

Voir ci-dessus, c. vi, § 1, ce qui regarde M. Boudon

leur propose, celle que leur Ordre a eue autrefois. Mais elles en avaient perdu souvenir. Ces Dames « ayant goûté extraordinairement cette dévotion, apprirent qu'elle avait été autrefois fort ordinaire dans l'Ordre... et qu'il y avait eu, il y a beaucoup d'années, une fête dans l'Ordre et un Office en l'honneur du Sacré-Cœur. » On croirait qu'il s'agit des siècles passés. Il n'en est rien, semblet-il. « Dieu a permis, ajoute le P. Croiset, qu'elles aient trouvé à Paris cet Office à neuf leçons, avec une Messe très bien composée à l'honneur de ce Sacré-Cœur, le tout approuvé à Rome, avec permission à tout l'Ordre de Saint Benoît de faire tous les ans cette fête \ » L'Office dont il est ici question est, sans doute, celui du P. Eudes. En tout cas, il faut reconnaître que si, dans ce monde de Lyon, le P. Eudes était bien inconnu, le raccord se faisait tout naturellement de la nouvelle dévotion avec l'ancienne. Cet emprunt de l'Office et de la Messe du P. Eudes pour la dévotion de Paray, n'est pas unique ; l'occasion s'est déjà présentée à nous d'en signaler des traces jusque chez les Visitandines, chez celles de Strasbourg, par exemple, de Nancy, de Metz 2. Nous le constatons également à Rouen. Les Visitandines y avaient accueilli la dévotion dès 1690. Là paraissait, en 1694, un opuscule de La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus-Christ 3. La dévotion de Paray y est

1. Lettre au P. de Villette, citée par Letierce, t. n, p. 89.

2. Voir les exemples donnés par le R. P. Le Doré, Les Sacrés Cœurs, t. i, p. 238 et suiv.

3. Réédité à Montreuil-sur-Mer, en 1899, mais avec des adaptations qui en font presque un autre livre. L'éditeur J 'attribue à la Mère Jeanne-Marie de Bauquemare de Bourdeny, Supérieure du premier monastère de la Visitation. M. Hamon

nettement exposée et même distinguée, en quelque sorte, de celle] du P. Eudes l. Mais la Messe qu'on y insère est celle du P. Eudes.

A Rouen encore, nous retrouvons les deux influences en contact, le 6 juin 1698. Pour la fête solennelle de la Confrérie adoratrice, qui est bien la fête de Paray, 6 juin, vendredi après l'octave du Saint-Sacrement, celle que Rome vient de concéder aux Visitandines, ce sont les Eudistes, « Messieurs du Grand Séminaire, » qui chantent la Messe du Sacré-Cœur ; c'est un Eudiste qui fait le grand sermon du soir. Il leur appartenait, dit la circulaire où sont racontées ces choses, « de faire l'ouverture de cette dévotion établie depuis longtemps dans leur Congrégation 2. »

Sont-ce là des faits isolés, ou bien se présenta-t-il

le dit d'un auteur inconnu (Etudes, 1. c. 782). Ce qui importe ici, c'est que la Messe du P. Eudes y serve pour la dévotion de Paray. Voir réédition, p. 44, note.

1. « Ce mot, cœur de Jésus, peut s'entendre ou de la partie du corps adorable qui porte ce nom, ou des sentiments intérieurs de Jésus-Christ en général, ou enfin en particulier de son amour pour nous. C'est dans le second de ces trois sens que l'ont pris les auteurs de deux excellents offices (M. Olier et le P. Eudes).. Le troisième sens est ordinaire... et c'est... en ce sens qu'on le doit prendre dans la dévotion dont nous parlons. » Mais ce qui suit rapproche le second et le troisième sens : « Cette dévotion n'a donc pas seulement le cœur matériel de Jésus-Christ pour objet, mais aussi tous ses mouvements adorables, et particulièrement l'amour infini qu'il a pour nous. » Réédition, p. 18-19.

2. Voir Letierce, t. I, p. 369. — Le P. Letierce se demande, p. 387, si les litanies du Sacré-Cœur envoyées de Nantes à Moulins et publiées en 1687 dans le livret de la Mère de Soudeilles, ne seraient pas celles du P. Eudes. En comparant celles du livret, telles que les donne le P. Yen veux, Le règne du Sacré Cœur, t. n, p. 260, et celles du P. Eudes, telles que les donnent le P. Nilles, t. n, p. 307, et le P. Le Doré, t. i, p. 414 (légères différences avec le P. Nilles), on constate que non.

souvent des cas analogues ? Pour répondre, il faudrait des documents précis, qu'on n'a pas recueillis encore. Mais une chose est sûre. L'impulsion conquérante, le mouvement qui envahit l'Europe, l'Orient, l'Amérique, est parti de Paray.

Bientôt le livre du P. Croiset ne suffit plus. On en voit paraître de tout côté. Souvent ce ne sont que des manuels à l'usage des confréries qui s'établissent partout, des recueils de prières et de pratiques, avec quelques explications sur la nature et les origines de la dévotion, avec quelques approbations épiscopales. Quelquefois les confréries ne sont que l'occasion ; le livre est un vrai traité, théologique à la fois et pieux. Tel celui du P. Froment, commencé avant même la publication du P. Croiset et sous l'influence de Marguerite-Marie ; mais il ne parut qu'en 1699. Tel celui du P. Bouzonié, qui parut à Poitiers en 1697.

Vers le même temps, les Réviseurs généraux de la Compagnie de Jésus à Rome en examinaient un, qui semble avoir visé plus haut encore, visé à obtenir la fête avec Messe et Office propres pour l'Église universelle. Ils louèrent l'ouvrage, « écrit avec science et talent, on ne peut plus apte à promouvoir la dévotion et le culte du sacré Cœur. » Ils furent d'avis néanmoins qu'on ne l'imprimât point. Et le P. Thyrse Gonzalez, alors général de la Compagnie, décida dans leur sens, pour les raisons que nous dirons bientôt. Quel était cet ouvrage et de qui était-il ? On l'ignorait jusqu'à présent. On avait cru qu'il s'agissait peut-être d'extraits du P. Croiset, ou d'une réédition l. Une donnée

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