Voir Letierce, t. n, p
nouvelle favorise une autre conjecture. Le P. Pierre Charrier dit avoir trouvé à Rome un manuscrit du P. de Gallifïet De cultu Sacrosancti Cordis Jesu, daté de 1696 K Si ces indications sont exactes, on ne peut guère douter que ce ne soit là l'ouvrage soumis par le Provincial de Lyon aux Réviseurs de Rome. Ainsi le P. de Gallifïet aurait dû attendre pendant 30 ans l'heure de la Providence. Car son ouvrage latin ne parut qu'en 1726.
La dévotion elle-même allait avoir à subir de tout autres délais devant la Cour de Rome. Les bonnes âmes avaient cru que les choses iraient toutes seules. N'avait-on pas le désir de Jésus et sa promesse qu'il régnerait malgré les résistances et les oppositions ? Déboutées à Rome une première fois en 1687, les Visitandines s'adressaient aux Ordinaires, suivant le conseil de Rome elle-même, et souvent les Ordinaires leur accordaient pour leurs Confréries la fête du Sacré-Cœur, avec Messe et Office propres. Langres avait commencé et nous avons vu la fête se célébrer à Dijon ; Besançon eut aussi la sienne à partir de 1694, également avec Messe et Offices propres.
D'autres évêques faisaient de même, chacun comme il lui plaisait. Rien d'uniforme, rien d'assuré : tout dépendait du bon plaisir de l'Ordinaire. Et puis, il manquait le prestige de l'autorité papale.
1. Histoire du vénérable Père Claude de la Golombière, p. 482, note. Cf. p. 539. D'autre part, l'assertion du R. P. Charrier se heurte à de grosses objections. La principale naît de ce que dit le P. de Gallifïet lui-même : « L'année 1723, je fus appelé à Rome... pour l'emploi d'Assistant... J'y composai un livra latin du Sacré Cœur de Jésus-Christ. » Préface apologétique, dans V excellence de la dévotion au S. C, p. 268. Cela ne laisse suère deviner un essai antérieur.
A partir de 1693, les Confréries furent approuvées de Rome et enrichies d'Indulgences. Le P. Croiset se figurait qu'avec cela on avait tout. « On attend les Indulgences, écrivait-il en 1693. Dès que Rome aura parlé, je m'attends à voir solenniser cette fête partout \ » Lui aussi allait être déçu.
En 1697, on crut le moment venu de tenter un grand effort auprès d'Innocent XII, pour avoir la fête tant désirée, avec Messe et Office propres. Les Visitandines avaient intéressé à leur cause la reine détrônée d'Angleterre, Marie d'Esté, femme de Jacques II. C'était facile, car elle n'avait pu oublier son prédicateur de 1676, le Père de la Colombière. De son exil royal à Saint-Germain-en- Laye, elle écrivit au pape, lui demandant d'accorder aux monastères de la Visitation la fête du Sacré-Cœur, avec Messe propre, le vendredi après l'octave de la Fête-Dieu. Le pape, suivant l'usage, renvoya la cause à la Sacrée Congrégation des Rites. Le cardinal de Forbin-Janson, évêque de Beau vais, alors ambassadeur de Louis XIV à Rome, s'en fit le ponent. Il prit pour postulateur, ou avocat de la cause, Frigidiano Castagnori ; celui-ci présenta un long mémoire à la Sacrée Congrégation pour exposer la question et obtenir la fête demandée.
Le promoteur de la foi, Prosper Bottini, archevêque de Myre, fit les objections, suivant l'usage. La principale était la nouveauté ; puis aussi les
1. Lettre citée par le P. Letierce, t. n, p. 90. En fait, on la solennisa en bien des endroits. Voir dans Letierce, t. 1, p. 614- 617, le récit naïf et enthousiaste de celle d'Aix, 28 mai 1693, jour de l'octave du Saint-Sacrement, chez les Visitandines.
conséquences qu'on en tirerait pour établir d'autres fêtes, notamment celle du cœur de Marie. Le postulateur répliqua, résolvant les objections et rappelant les mérites de la reine d'Angleterre. La Sacrée Congrégation rendit son décret le 30 mars 1697. Elle accordait aux monastères de la Visitation la messe des Cinq Plaies pour la fête du Sacré- Cœur *. On peut voir dans les récits du temps avec quel entrain et quelle solennité fut célébrée la fête 2.
Ce n'était pourtant qu'une demi-satisfaction. Et l'impression à Rome ne fut pas celle d'une victoire, qui encourage à marcher en avant. C'est deux mois après le Décret donné dans la cause des Visitandines que les Réviseurs Jésuites se prononcèrent comme nous avons vu. Ils ajoutaient : « Nous souhaitons que les Nôtres ne s'emploient plus à patronner la cause du Sacré-Cœur en cour de Rome, et surtout que votre Paternité n'intervienne pas pour obtenir que la fête avec la Messe et l'Office propres du Sacré-Cœur soient accordés à toute l'Église ; particulièrement en un temps où les dévotions nouvelles pullulent de toute part et sont écartées impitoyablement par la sainte Église. »
Vers le même temps, en effet, les Ursulines de Vienne, qui s'étaient adressées de leur côté à la Congrégation des Rites en vue d'obtenir la fête pour elles-mêmes, recevaient de la Congrégation un refus formel : Non expedire 3.
1. Voir Nilles, 1. 1, p. 12 et suiv.; Analecta juris pontificii, loc.cit.
2. Voir, par exemple, dans Letierce, t. n, p. 368-369, le programme des cérémonies publiques au premier monastère de Rouen, le 6 juin 1698, et la circulaire qui en rend compte.