Lettres inédites, lettre m, p
3. Voir dans Nilles, la lettre des évêques réunis au concile du Vatican, loc. cit. p. 189 ; celle de l'impératrice d'Autriche, loc. cit. p. 191 ; celle des catholiques allemands, loc. cit. p. 192.
grande apparition à Marguerite-Marie, Mgr Desprez, archevêque de Toulouse, écrivit, comme évêque de la ville d'où rayonnait sur le monde l'Apostolat de la prière, à tous les évêques du monde catholique : il rappelait la supplique présentée à Pie IX, vers la fin du concile, signée par presque tous les évêques et supérieurs d'ordres, et par plus d'un million de fidèles ; il expliquait comment la chose n'avait pas abouti jusque-là ; il assurait qu'à Rome une supplique des évêques serait bien reçue, et il en envoyait une formule soigneusement préparée, pour éviter les ambiguïtés de langage, qui avaient fait difficulté dans le passé.
Au mois d'avril 1875, le P. Ramière, directeur de Y Apostolat de la prière, qui avait été l'âme du mouvement, offrait au pape la pétition souscrite par 525 évêques. On y demandait :
1. Que Sa Sainteté daignât choisir un jour, où, dans la basilique vaticane, avec toute la solennité possible, Elle consacrerait à jamais au Sacré-Cœur la ville et le monde (urbem et orbem) ;
2. Qu'Elle ordonnât que, le même jour, dans le monde entier, tous les groupements catholiques, diocèses, paroisses, missions, congrégations et communautés religieuses, maisons d'éducations, etc., fissent, par la bouche de leurs supérieurs respectifs, la même consécration, avec toute la solennité possible ;
3-5. Qu'Elle voulût bien prescrire des exercices préparatoires , donner des indulgences , commander que tous les ans on renouvelât cette consécration.
La sixième demande avait pour objet l'élévation
de la fête au rit de première classe avec octave, comme fête patronale de toute l'Église.
Le pape ne crut pas devoir intervenir d'autorité. Mais pour donner quelque satisfaction à ces pieux désirs, il chargea la Sacrée Congrégation des Rites d'envoyer partout une formule de consécration approuvée par lui, et qu'il proposait à tous ceux qui voudraient se consacrer au Sacré-Cœur. Cette unité de formule montrerait l'unité de l'Église; il laissait aux évêques le soin de la traduire et de la faire publier, s'ils le jugeaient à propos ; il exhortait les fidèles à la réciter, en particulier ou en public, le 16 juin 1875, second centenaire de l'apparition ; il accordait indulgence plénière à ceux qui le feraient. Le pape enfin donnait commission au P. Ramière de communiquer le décret de la Sacrée Congrégation, avec la formule de consécration, à tous les évêques du monde catholique *.
On voit que le pape avait conscience, comme dit le décret, de la gravité de la chose, gravitaient rei coram Deo animo reputans : il aidait, il encourageait ; mais il ne voulait pas prendre l'initiative, encore moins commander. L'élan des fidèles n'en fut que plus admirable. Le 16 juin 1875 fut une des plus grandes solennités qu'ait vues le monde catholique, un beau triomphe du Sacré-Cœur : Marguerite-Marie dut en tressaillir de joie.
Léon XIII devait lui en préparer un plus magnifique encore, la consécration du genre humain au Sacré-Cœur, à la fin du xixe siècle. Le 25 mai 1899, l'encyclique Annum sacrum annonçait au peuple chrétien un grand dessein du pape, dont il attendait, si l'on s'y prêtait avec ensemble et de tout