Voir les pièces dans Xilles, loc. cit. p. 202 sq
cœur, de grands et durables fruits d'abord pour la chrétienté, et ensuite pour l'humanité tout entière : A uctores suasoresque sumus prœclarœ cujusdam rei, ex qua quidem, si modo omnes ex animo, si consentientihus libentïbusque voluntatibus paruerint, primum quidem nomini christiano, deinde societati hominum universœ fructus insignes non sine causa expectamus, eosdemque mansuros. Il rappelait ce qu'avaient fait ses prédécesseurs pour le cœur de Jésus, ce qu'il avait fait lui-même. « Et maintenant, ajoutait-il, nous avons en vue un acte de dévotion, qui sera comme le couronnement de tous les honneurs que l'on ait jamais rendus au Sacré- Cœur, et nous avons confiance que Jésus-Christ Xotre Sauveur l'aura pour très agréable : Nunc vero luculentior quœdam obsequii forma obversatur animo, quœ scilicet honorum omnium, quotquot sacratissimo cordi haberi consueverunt, velut absolutio perfectioque sit. »
Il rappelait les demandes faites à Pie IX et la consécration de 1875. Le temps lui semblait venu de consacrer enfin au Sacré-Cœur le genre humain tout entier, communitatem gêner is humani devovere augustissimo cordi Jesu. Il motivait sa décision en montrant que Jésus est le roi suprême, le roi non seulement des catholiques ou des baptisés, mais de tout le genre humain ; et il indiquait les titres de sa royauté. Mais ce que Jésus veut, c'est la reconnaissance spontanée de cette royauté ; et la consécration est précisément cela. « Comme d'ailleurs nous avons dans le Sacré-Cœur le symbole et la vive image de l'amour infini de Jésus, nous stimulant à l'aimer en retour, il est juste que cette consécration se fasse au Sacré-Cœur, ce qui, aussi
bien, n'est pas autre chose que se consacrer à Jésus-Christ. » Mais ceux qui ignorent Jésus, pouvons-nous les oublier ? Nous leur envoyons partout des apôtres ; mais aujourd'hui, « touchés de leur malheur, nous les recommandons instamment à Jésus, et, autant qu'il est en nous, nous les lui consacrons. Et ainsi cette consécration (hœc devotio) que nous recommandons à tous, sera utile à tous, » augmentant chez les uns la foi et l'amour, attirant aux autres des grâces de sanctification et de salut. Le pape montre ensuite que le salut est là pour les sociétés malades. Autrefois, dit-il, la croix apparut à Constantin, gage à la fois et cause de victoire. « Voici qu'aujourd'hui un nouveau signe... s'offre à nos yeux, signe d'espoir, signe tout divin, auspicatissimum divinissimumque signum, le Sacré-Cœur tout rayonnant au milieu des flammes. C'est là qu'il faut mettre toutes ses espérances ; là qu'il faut demander, de là qu'il faut attendre le salut. »
Le pape ajoutait qu'à ces grandes raisons d'ordre général s'en joignait pour lui une autre, toute personnelle : Dieu l'avait gardé, en le guérissant d'un mal dangereux ; il voulait, de son côté, par de plus grands hommages au Sacré-Cœur, en conserver le souvenir reconnaissant. Il ordonnait donc un triduum préparatoire à la fête du Sacré-Cœur, avec prières et litanies ; et il envoyait la formule de consécration à réciter le jour de la fête, dernier jour du triduum.
L'encyclique était datée du 25 mai 1899. Il n'y avait donc pas de temps à perdre. Car le vendredi après l'octave du Saint-Sacrement tombait, en 1899, le 9 juin, et, la solennité étant transférée au
dimanche, la consécration devait avoir lieu le 11. Mais depuis bientôt deux mois, elle était déjà annoncée. Par décret du 2 avril, la Sacrée Congrégation des Rites avait autorisé l'usage public des litanies du Sacré-Cœur. Parmi les considérants, il y avait celui-ci : « De plus, Sa Sainteté... se propose de consacrer le monde entier au Sacré-Cœur. Or, pour donner à cette consécration plus de solennité, Sa Sainteté a décidé de prescrire prochainement un triduum, dans lequel on chantera ces litanies. »
Cette annonce ne pouvait guère venir plus tôt, car la décision n'avait été prise que le 25 mars. Le pape pensait à la chose, mais pour 1900. Il est probable que le danger de mort auquel il venait d'échapper et dont il parle dans l'encyclique, hâta l'événement. Malgré la hâte, le monde catholique se trouva prêt, et l'on sait avec quelle solennité grandiose à la fois et intime s'accomplit cet acte que Léon XIII appelait « le plus grand acte » de son pontificat.
Aux premières vêpres de cette fête du Sacré- Cœur, dont la solennité, remise au dimanche, allait être marquée par ce grand acte, mourait inconnue, dans un monastère de Porto, en Portugal, la religieuse d'où était parti cet immense mouvement, qui mettait le monde aux pieds du Sacré-Cœur. Il y a là un de ces faits qui éclairent d'un jour singulier l'histoire de l'Église ; et s'il y a plaisir à chercher les dessous des événements humains, quitte à ne trouver souvent que petitesses ou vilenies, combien plus dans les choses religieuses, où Ton voit, quand on sait voir, le doigt de Dieu !
Le 10 juin 1898, partait du Bon-Pasteur de Porto une lettre pour Léon XIII. La religieuse qui la
signait au crayon d'une main défaillante disait au pape avoir reçu de Notre-Seigneur l'ordre de lui écrire qu'il voulait que son vicaire consacrât le monde entier à son divin cœur ; il promettait en retour une effusion de grâces. Léon XIII fit-il attention au message % On nous dit que oui. En tout cas, il n'agit pas. N'y a-t-il pas des têtes folles pour suggérer leurs idées comme tombées du ciel ? Le 6 janvier 1899, nouvelle lettre, écrite en français, « par ordre expressif (sic) de Notre-Seigneur et avec le consentement de mon confesseur. » On y lisait ceci : « Lorsque l'été dernier, Votre Sainteté souffrait d'une indisposition, qui, vu votre âge avancé, remplit de soucis les cœurs de vos enfants, Notre-Seigneur me donna la douce consolation qu'il prolongerait les jours de Votre Sainteté, afin de réaliser la consécration du monde entier à son divin cœur. » Suivaient d'autres détails dans le même sens. On continuait : « La veille de l'Immaculée-Conception, Notre-Seigneur me fit connaître que par ce nouvel élan que doit prendre le culte de son divin cœur, il ferait briller une lumière nouvelle sur le monde entier... Il me semblait voir (intérieurement) cette lumière, le cœur de Jésus. ce soleil adorable, qui faisait descendre ses rayons sur la terre, d'abord plus étroitement, puis s'élargissant, et enfin illuminant le monde entier. Et il dit : « De l'éclat de cette lumière, les peuples et les nations seront éclairés, et de son ardeur ils seront réchauffés. »
La lettre disait ensuite le désir qu'a Jésus de voir son cœur adorable de plus en plus glorifié et connu, et de répandre ses dons et ses bénédictions sur le monde entier, le choix fait de Léon XIII et la pro-
longation de ses jours dans cette vue, les grâces qu'il s'attirerait par là. « Je me sens indigne, disait-on, de communiquer tout cela à Votre Sainteté. » Mais on s'excusait sur « l'ordre strict » de Xotre-Seigneur. On expliquait ensuite pourquoi il demandait la consécration du monde entier, et non seulement de l'Église catholique. « Son désir de régner, d'être aimé et glorifié... est si ardent qu'il veut que Votre Sainteté lui offre les cœurs de tous ceux qui par le saint baptême lui appartiennent pour leur faciliter le retour à la vraie Église, et les cœurs de ceux qui n'ont pas encore reçu la vie spirituelle par le saint baptême, mais pour lesquels il a donné sa vie et son sang, et qui sent appelés également à être un jour les fils de la sairte Église, pour hâter par ce moyen leur naissance spirituelle. » Suivaient des instances pressantes au pape pour qu'il développât le culte du divin cœur : « Notre-Seigneur ne m'a parlé directement que de la consécration. Mais... il me semble qu'il lui serait agréable que la dévotion des premiers vendredis du mois s'augmente par une exhortation de Votre Sainteté au clergé et aux fidèles, ainsi que par la concession de nouvelles indulgences. » « Notre-Seigneur, répétait la signataire, ne me l'a pas dit expressément, comme lorsqu'il parla de la consécration, mais je crois deviner cet ardent désir de son cœur, sans cependant pouvoir l'affirmer. »
La lettre était signée : « Sœur Marie du Divin Cœur, Droste zu Vischering, Supérieure du monastère du Bon-Pasteur, à Porto. »
Cette lettre arriva au Vatican le 15 janvier. Le pape en fut ému. Il chargea le cardinal Jacobini
de prendre des renseignements. Celui-ci s'adressa au vice-recteur du grand séminaire. C'était précisément le directeur de la religieuse, celui qui lui avait servi de secrétaire pour la première lettre au pape. La réponse fut que partout on la regardait comme une sainte, et qu'il y avait de bonnes raisons pour croire à des communications surnaturelles.
L'idée d'ailleurs avait souri à Léon XIII, et, le 12 février, il disait à Mgr Isoard sa pensée de consacrer au Sacré-Cœur tous les diocèses, l'Église, l'humanité. Mais il ne voulut pas que l'acte pontifical reposât sur des bases contestables. Le cardinal Mazzella, préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, mis au courant de tout, disait au pape : « Cette lettre est bien touchante, et paraît bien dictée par Notre-Seigneur. a « Monsieur le Cardinal, dit Léon XIII, prenez-la, et mettez-la là-bas : elle ne doit pas compter en ce moment. » Le cardinal fut chargé d'examiner la question en elle-même. Il y avait une difficulté. Comment consacrer les infidèles, qui ne sont ni de l'Église, ni à l'Église ? Un texte de saint Thomas fournit la solution K On y explique que si tous ne sont pas à Jésus et à l'Église quantum ad exsecutionem potestatis, tous sont à lui quantum ad potestatem. C'était à peu près ce qu'avait dit la religieuse. Mais le passage de saint Thomas était topique, et il trouva place dans l'encyclique. Quand parut, le dimanche de Pâques, 3 avril, le décret de la Sacrée Congrégation des Rites autorisant les litanies du Sacré- Cœur et annonçant la consécration, le pape eut la délicate attention d'en faire parvenir deux exem-