Xilles, 1. i, part. 2, c. ni, § 4, p. 372 sq
vénérable, qui nous rappelle la passion. L'Église pourrait, sans doute, rendre un culte à la face adorable de Jésus dans sa réalité, comme aussi à ses saintes mains, indépendamment des plaies, ou à sa sainte épaule. Elle le ferait si un souffle du Saint-Esprit orientait en ce sens la dévotion des fidèles. Mais ce qu'elle adorerait, ce ne serait ni la face, ni l'épaule, ni les mains en elles-mêmes et pour elles-mêmes, ce serait la sainte face outragée dans la Passion, comme reflétant l'âme de Jésus et les sentiments intimes de son cœur ; ce serait la sainte épaule blessée par la croix, nous rappelant le fardeau dont il a voulu se charger pour notre amour ; ce seraient les saintes mains du divin Ouvrier, pour nous redire qu'il a travaillé, et nous a donné l'exemple du travail.
Ainsi la dévotion au cœur de Jésus, tout en allant à ce cœur, n'y va pas pour s'y arrêter : elle y va comme au symbole de son amour, comme au signe expressif de ce qu'il a été, de ce qu'il a fait et souffert pour notre amour. N'est-ce pas ce que disait Jésus à Marguerite-Marie ? « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné jusqu'à s'épuiser et se consommer pour eux. » C'est le cœur aimant que nous honorons. Ce n'est ni l'amour en lui-même, ni le cœur en lui-même ; c'est l'amour de Jésus « sous la figure de son cœur de chair, » comme parle la Bienheureuse ; c'est le cœur de chair, mais comme emblème. L'objet propre de la dévotion, c'est le cœur symbolique, lequel — on ne saurait trop le répéter — est le cœur réel, non le cœur métaphorique. Ici encore les documents sont très clairs, et c'est merveille que dès les origines, on ait
y4 DEUXIEME PARTIE. — CHAPITRE I
expliqué avec une telle précision un culte si complexe *.
Dès les temps d'Innocent XII (1693), nous voyons des confréries érigées sous le titre du Cœur de Jésus et de son perpétuel amour 2. Et le P. de Gallifïet ne cesse de répéter que l'objet de la dévotion est « le Cœur adorable de Jésus-Christ embrasé d'amour pour les hommes 3. » Dès 1691, le P. Croiset écrivait : (La dévotion au Sacré-Cœur) « ne se réduit pas à aimer seulement et à honorer d'un culte singulier ce cœur de chair semblable au nôtre, qui fait partie du corps adorable de Jésus- Christ... Ce n'est pas que ce Cœur adorable ne mérite nos adorations... Ce qu'on prétend est de faire voir qu'on ne prend ici ce mot de cœur que dans le sens figuré, et que ce divin Cœur, considéré comme une partie du corps adorable de Jésus- Christ, n'est proprement que l'objet sensible de cette dévotion, et que ce n'est que l'amour immense que Jésus-Christ nous porte, qui en est le motif principal. Or, cet amour étant tout spirituel, on ne pouvait pas le rendre sensible ; et quel symbole plus propre et plus naturel de l'amour que le cœur 4 ? »
Dans le Mémorial, présenté en 1728. sous les
1. Il reste néanmoins que plusieurs ont de la peine à se faire des idées nettes à ce sujet. Mgr. Dupanloup écrivait dans son Journal intime, en 1871, le jour de la fête du Sacré-Cœur : « Vue claire de ce qui fait pour plusieurs la difficulté ; c'est qu'on matérialise trop cette admirable dévotion. » La difficulté n'est pas pour ceux qui vivent « cette admirable dévotion », mais pour ceux qui la voient du dehors.