Lettres inédites, lettre iv, p
Le cœur de chair et l'amour.
Les deux éléments de la dévotion au Sacré-Cœur; leur subordination: l'amour, objet principal.
Il y a donc deux éléments dans la dévotion an Sacré-Cœur : un élément sensible, le cœur de chair ; un élément spirituel, ce que rappelle et représente ce cœur de chair. Et les deux éléments ne font qu'un, comme ne font qu'un le signe et la chose signifiée.
Les auteurs disent couramment qu'il y a deux objets dans la dévotion : l'un principal qu'ils ramènent à l'amour, l'autre secondaire qui est Le cœur. Et cela est vrai. Mais ce n'est pas à dire — ils en font tous la remarque — qu'il y ait là deux objets distincts, purement coordonnés ; ou que l'un des deux soit un accessoire dans la dévotion, comme l'idée leur en a parfois été prêtée l. Les deux éléments sont essentiels dans la dévotion, comme l'âme et le corps^dans l'homme ; et ils ne font qu'un, comme l'âme et le corps font l'homme. Mais comme l'âme l'emporte sur le corps, et esl Le principal dans l'homme, ainsi le principal dans la dévotion au Sacré-Cœur est 'l'amour 'rdu Verbe incarné.
C'est, je crois, la pensée de tous ceux qui l'ont étudiée de près. C'est, en tout cas, la pensée de la B. Marguerite-Marie ; c'est celle des principaux théologiens de la dévotion, et c'est celle de l'Eglise.
1. Voir Nilles, 1. 1, part. 2, c. i, § 7, t. i. p. 333, note.
C'est comme « tout aimant et tout aimable » que Marguerite-Marie voit le Sacré-Cœur ; le cœur que Jésus lui découvre, c'est « ce Cœur qui a tant aimé les hommes. »
Les théologiens de la dévotion s'en expliquent dans le même sens. Le P. Croiset commence ainsi son ouvrage sur La dévotion au Sacré-Cœur : « L'objet particulier de cette dévotion est l'amour immense du Fils de Dieu, qui l'a porté à se livrer pour nous à la mort et à se donner tout à nous dans le très saint Sacrement de l'autel 1. » Et après quelques explications : « Il est aisé de voir que l'objet et le motif principal de cette dévotion est l'amour immense que Jésus-Christ a pour leshomxrj£Sy qui riront la plupart que du mépris ou de l'indifférence pour lui. »
Le P. de Galliffet, à ceux qui prétendaient que la fête nouvelle ne se distinguait pas des autres fêtes, comme de la Passion, du Saint- Sacrement, etc., répondait : « L'objet immédiat de ces fêtes n'est pas proprement l'amour du Christ. Dans celle du Cœur de Jésus, au contraire, l'amour dont brûle ce Cœur très saint est l'objet immédiat de la fête, en union avec son Cœur : de sorte qu'on peut le dire en vérité, l'amour du Christ envers les hommes est proprement et immédiatement vise dans cette fête -. » Il disait un peu plus tard : « Personne ne peut examiner avec un peu d'attention la nature de cette fête sans voir aussitôt que, sous le nom et le titre du Cœur de Jésus, il s'agit en réalité de la fête de l'amour de Jésus.