‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 59 sur 215 · Nilles, 1. I, part, 2, c: n, § 2, p · texte numérisé non relu

Nilles, 1. I, part, 2, c: n, § 2, p

rapport. Nous sentons l'amour dans le cœur : il en est donc le siège.

H y a là deux écueils à éviter ; celui de rattacher la dévotion à une physiologie inexacte ou incertaine ; celui de ne plus voir dans le cœur de Jésus qu'un emblème, un pur symbole sans rapport vital avec la vie réelle de Jésus. Le premier écueil a été celui du passé ; le second serait celui de l'avenir, si l'on n'y faisait attention.

Sans chercher, pour le moment, à déterminer d'une façon précise les fondements de la dévotion au Sacré-Cœur et la donnée physiologique qui est à la base, nous devons constater que la dévotion suppose un rapport naturel entre le cœur et l'amour, constater aussi que le cœur est l'objet du culte autrement que comme un pur symbole, qui ne serait pas lui-même, si je puis dire, intéressé dans le culte. Je m'explique.

On distingue, comme tout le monde sait, le signe naturel et le signe conventionnel : la fumée est un signe naturel, le signe nature] du feu ; le drapeau est un symbole conventionnel de la patrie. Acceptons cette distinction. Dans notre dévotion, le cœur est-il regardé comme signe naturel ou comme signe conventionnel ? On est d'accord pour répondre : comme signe naturel. Mais pourquoi comme signe naturel ? A cause d'un rapport réel du cœur à l'amour. Et de quelle nature est ce rapport réel ? Je n'ai pas à le dire en physiologiste. Ce n'est pas nécessaire pour entendre la dévotion au Sacré- Cœur. Mais comment est-il conçu dans cette dévotion ? Comme un rapport d'union vitale/ en même temps que de représentation expressive ; comme un rapport de concomitance historique, en même

temps que de rappel. Ici encore quelques explications sont nécessaires.

Un récit de bataille, ou une inscription, me rappelle la bataille ; une image me la représente. Mais ni le récit, ni l'inscription, ni l'image ne sont rien de la bataille. Une pierre où se serait assis le général victorieux, le gobelet où il aurait bu pendant la bataille, la redingote qu'il aurait portée, ne rappellent pas seulement ; ce sont des reliques. Que serait-ce si le général victorieux était là. nous racontant lui-même la glorieuse journée, nous disant ce qu'il fît et ce qu'il ressentit, les faits extérieurs et ses émotions intimes ? C'est comme reliques que l'Eglise honore la vraie croix, la sainte lance, etc., tandis que les autres croix, ou les représentations de la sainte lance n'ont pas de valeur propre, au sens qui nous occupe. L'image dite de la Véronique, si elle était l'empreinte même de la sainte face de Jésus, serait infiniment précieuse, et comme document, et comme représentation des traits de Jésus à un moment de sa vie, et comme relique ; si elle n'est qu'une image byzantine, elle a sa valeur artistique, documentaire, religieuse, mais cette valeur n'est plus du même ordre. Or, dans la dévotion au Sacré-Cœur, nous n'honorons pas le cœur de Jésus comme une simple représentation, comme un pur souvenir ; nous l'honorons comme organe vital de Jésus, ayant vécu pour sa part la vie de Jésus et la vivant encore, comme ayant aimé et aimant encore, comme ayant souffert, et, s'il ne peut plus souffrir, à cause des conditions de sa vie glorieuse, comme continuant sa vie terrestre, et battant d'amour aujourd'hui, comme il battait d'amour, il y a dix-neuf siècles, à la crèche ou au calvaire.

Prenons donc garde, quand nous parlons du cœur de chair de Jésus, de n'y voir qu'une pièce d'anatomie, la plus insigne des reliques, mais une relique. Mais prenons garde aussi, quand nous en parlons comme d'un emblème, d'un symbole, d'oublier la réalité vivante du signe pour ne songer qu'à la chose signifiée, de distinguer l'amour et le cœur aimant comme si c'étaient deux réalités complètement distinctes, sans autre rapport que celui de signe et de chose signifiée. Sans aller jusqu'à faire du cœur de Jésus l'organe, au sens technique du mot, de la vie affective et des sentiments intimes de Jésus, n'oublions pas que l'amour que nous honorons est l'amour du cœur aimant et qu'en honorant le Sacré-Cœur, nous honorons le cœur vivant qui nous a aimés. Ceux qui vivent la dévotion, ceux qui la comprennent comme étant le culte rendu au cœur d'une personne divine, mais à un cœur pleinement et parfaitement humain, ne s'y méprennent pas. Mais il arrive facilement que l'analyse oublie quelques éléments de la réalité totale, et qu'elle mette les uns en relief aux dépens des autres. Il faut toujours y veiller ; il faut y veiller davantage quand l'objet est complexe, comme dans la dévotion au Sacré-Cœur.

Objet par extension : I' 'intime de Jésus.

L cœur de Jésus emblème de son amour vous rappelle en même temps tout l'intime de Jésus : sa rie du cœur, ses vertus, etc. D'où une première extension de la dévotion.

Une première série de divergences dans les explications des auteurs nous a permis de mieux

nous expliquer les deux éléments essentiels de la dévotion au Sacré-Cœur, l'amour et le cœur, le cœur aimant et l'amour du cœur.

Mais la question se représente sous une autre forme. Est-ce bien l'amour, ou du moins est-ce uniquement l'amour du Sacré-Cœur, que nous prétendons honorer ? La question est résolue, au moins en partie. Une chose est claire, en effet, d'après les documents : la dévotion au Sacré-Cœur se présente avant tout comme la dévotion au cœur aimant de Jésus, à l'amour du Sacré-Cœur. Les textes déjà cités le disent aussi nettement qu'il est possible, et l'on pourrait en accumuler sans fin,^qui rediraient tous la même chose. Mais il en est d'autres — ce sont souvent les mêmes pièces — qui indiquent aussi autre chose comme objet de la dévotion, qui retendent à tout l'intime de Jésus, quelquefois à toute sa personne, à ses travaux et à ses souffrances, à ses vertus et à ses sentiments, à sa présence eucharistique, à Jésus tout entier désigné personnellement sous le nom de Sacré- Cœur. Il suffit pour s'en rendre compte de lire un traité sur le Sacré-Cœur, d'examiner quelquesunes des pratiques en l'honneur du Sacré-Cœur.

Nul mieux que le P. de Galliffet n'a donné l'idée vraie et précise de la dévotion. Examinons ce qu'il dit sur l'excellence de la dévotion au Sacré- Cœur de Jésus. « On en doit juger, dit-il, par son objet, par sa fin, par les actes et pratiques de vertu qu'elle renferme et par le fruit qu'elle produit. » Et il développe ces quatre points. Que dit-il de l'objet ? « C'est principalement de l'objet qu'une dévotion tire son excellence, comme elle en tire son vrai caractère. L'objet de celle-ci, c'est le Cœur de

Jésus. 9 II considère donc ce cœur d'abord en luimême \ Et il en tire l'excellence : 1) « des propriétés naturelles du cœur » ; 2) « de son union avec l'âme la plus parfaite et la plus excellente qui fut jamais >x ; 3) « de son union avec le Verbe éternel n : 4) « de la fonction divine pour laquelle il fut formé et qui n'est autre que de brûler sans cesse des flammes les plus pures et les plus ardentes de l'amour divin » ; 5) « de la sainteté qui lui est propre » ; 6) « des vertus dont il est la source. » Que de choses, on le voit, qui sont sans doute en rapport avec le cœur — et l'on entrevoit que le P. de Gallifïet fausse quelque peu ce rapport en présentant le cœur comme « la source » des vertus et des sentiments — mais qui ne sont pas en rapport direct avec l'amour ! L'auteur étudie ensuite le cœur de Jésus par rapport aux hommes2. « Considérez, dit-il, qu'on vous présente ce Cœur divin encore tout ardent de l'amour qu'il vous porte et tout plein de ces généreux sentiments de bonté et de miséricorde auxquels vous devez votre rédemption ; souvenez- vous que c'est ce même Cœur qui a ressenti si vivement toutes vos misères, qui a été si cruellement affligé pour vos péchés, et dans lequel se sont formés tant de désirs ardents de votre bonheur. Mais considérez-le surtout souffrant pour l'amour de vous dans sa passion. »

Sans doute ici l'amour est bien en première ligne — l'auteur d'ailleurs se trompe en voyant moins le symbole que le principe — mais l'amour n'est pas seul en vue.

Page 1