L. n, c. I, art. 2, p. 72 et suiv
Il y a plus clair encore peut-être. Résumant, à la fin du c. rv, livre T, sa doctrine sur l'objet de la dévotion au Sacré-Cœur pour en donner une idée « nette et parfaite » : « Plusieurs s'y trompent, dit-il. En entendant prononcer ce nom sacré, le Cœur de Jésus, ils bornent toutes leurs pensées au Cœur matériel de Jésus-Christ ; ils n'envisagent ce Cœur divin que comme une pièce de chair sans vie et sans sentiment, à peu près comme ils feraient d'une relique sainte toute matérielle. Ah ! que l'idée qu'on doit avoir de ce sacré Cœur est bien différente et bien autrement magnifique ! » Il veut donc qu'on le considère d'abord « comm uni intimement et indissolublement à l'âme et à la personne adorable de Jésus-Christ... plein de vie, de sentiment et d'intelligence » ; en second lieu, « comme le plus noble et le principal organe des affections sensibles de Jésus-Christ, de son amour, de son zèle, de son obéissance, de ses désirs, de ses douleurs, de ses joies, de ses tristesses ; comme le principe et le siège de ces mêmes affections et de toutes les vertus de l' Homme-Dieu » ; en troisième lieu, « comme le centre de toutes les souffrances intérieures que notre salut lui a coûtées ; et de plus comme blessé cruellement par le coup de lance qu'il reçut sur la croix » ; enfin « comme sanctifié par les dons les plus précieux du Saint-Esprit et par l'infusion de tous les trésors de grâce dont il est capable. » « Tout cela, continue l'auteur, appartient réellement à ce Cœur divin, tout cela entre dans l'objet de la dévotion au Cœur de Jésus. » Et comme si ce n'était pas assez clair, il conclut : « Qu'on envisage donc ce composé admirable qui résulte
du Cœur de Jésus ; de l'âme et de la divinité qui lui sont unies ; des dons et des grâces qu'il renferme ; des vertus et des affections dont il est le principe et le siège ; des douleurs intérieures dont il est le centre ; de la plaie qu'il reçut sur la croix : voilà l'objet complet, pour m'exprimer ainsi, qu'on propose à l'adoration et à l'amour des fidèles *-. »
Qu'on fasse si grande qu'on veut la part d'une physiologie inexacte, qui, nous le verrons, ne fait rien à la dévotion. N'est-il pas vrai que cet objet si ample et si étendu déborde la définition reçue, le « culte du cœur de chair comme emblème de l'amour de Jésus pour nous ? » Et ce que dit le P. de Galliffet est répété presque mot pour mot par les postulateurs de 1765, dans un passage dont nous avons déjà cité un extrait 2 ; répété par beaucoup d'autres en des termes équivalents. Les auteurs modernes sont plus circonspects dans le choix de leurs expressions, quand ils définissent l'objet propre de la dévotion. Mais dans leurs développements, quand ils se surveillent moins, ils arrivent à en dire autant. Et il faut reconnaître que l'idée vivante de la dévotion déborde de toute part cette formule du cœur comme emblème d'amour ; elle va chercher dans le Cœur de Jésus toute la vie intime du Dieu fait homme, toutes les richesses cachées dans son humanité, et, pour parler comme les Sulpiciens, tout « l'intérieur de Jésus ». Qu'on lise seulement les Litanies du Sacré- Cœur : on verra qu'il en est ainsi.