Œ-dessus, p
Et il en a été ainsi dès les commencements. Voici comment s'exprime le P. de la Colombière. en expliquant le sens de « l'offrande au Cœur sacré de Jésus-Christ » : « Cette offrande, dit-il, se fait pour honorer ce divin Cœur, le siège de toutes les vertus, la source de toutes les bénédictions, et la retraite de toutes les âmes saintes. Les principales vertus qu'on prétend honorer en lui sont : premièrement un amour très ardent de Dieu son Père joint à un respect très profond et à la plus grande humilité qui fut jamais ; secondement, une patience infinie, etc. ; troisièmement, une compassion très sensible pour nos misères, etc. Ce Cœur est encore, autant qu'il le peut être, dans les mêmes sentiments, et surtout toujours brûlant d'amour pour les hommes l. »
On pourrait trouver mainte page du même genre dans la B. Marguerite-Marie.
Comment expliquer cette anomalie, cette sorte de disproportion entre la définition et l'usage, entre la théorie et la réalité ? Sans se poser explicitement la question, les auteurs la résolvent pratiquement en deux sens.
D'abord en essayant de ramener à l'amour tout l'intime de Jésus. Sa vie affective n'est-elle pas tout amour ? et les variétés de cette vie affective que sont-elles sinon un même amour diversifié suivant la condition de l'objet ? C'est ce que saint Augustin avait dit ; ce qu'ont répété saint Thomas, Bossuet, tous les disciples des maîtres. Ce qui n'est pas amour, en Jésus, est sous l'influence de l'amour.
1. A la fin des Retraites spirituelles, Œuvres complètes. Gre noble, 1901, t. vi, p. 124. Cité dans Croiset, 3e partie, < . iv. p. 179 ; dans Galliflet, 1. in, c. vin, p. 248.
DÉVOTION AU S.-C. g
Pourquoi ses douleurs ? Il a aimé. Que sont ses miracles ? Des effets d'amour et de bonté. Si saint Thomas conçoit tous les actes bons de l'homme de bien comme produits sous l'empire de l'amour — il entend, il est vrai, l'amour de Dieu — ne pourrat-on pas due que toute la vie de Jésus se ramène à l'amour de Dieu et du prochain ? Toute sa vie n'est-elle pas pour le prochain, comme elle est pour Dieu ? Et certes, c'est là une belle idée de la dévotion au Sacré-Cœur l.
Il faut le reconnaître pourtant, elle n'épuise pas toute la richesse de la dévotion, telle que nous la trouvons dans les écrits du P. de Galliffet — je pourrais dire tout aussi bien dans ceux de la B. Marguerite-Marie, — telle que nous la voyons dans la pratique des fidèles.
Tout en étant essentiellement ce que nous l'avons défini, le culte du Sacré-Cœur s'étend plus loin. On peut et on doit le définir comme la dévotion à l'amour du Sacré-Cœur pour nous. Car c'en est bien là la « substance », suivant le mot de Pie VI que nous avons cité 2. Mais elle s'étend plus loin, et cela parce qu'elle est la dévotion au cœur réel et vivant de Jésus, parce qu'elle traite le cœur de Jésus suivant les conditions où nous nous trouvons à l'égard du cœur humain.
1. Cette idée est très bien rendue dans un cantique du xvme siècle sur le Sacré-Cœur. On y repasse toute la vie de Jésus depuis l'Incarnation jusqu'à l'Ascension, et à la fin de chaque strophe rappelant un mystère, on demande : Dans ce mystère,
Que faisait ce Cœur ? Il aimait.
G. F. Xicollet, Le parfait adorateur du Sacré Cœur de Jésus, p. 470etsuiv. Paris, 1765.