Aiiaivcia ecùle»iaslica, 1900, t. VI1L, p
2. Voir les textes et références, partie dans Vermeersch, loc. cit. p. 178 et suiv., partie dans Ch. Sauvé, t. i, préface, p. xvii. Le P. Ramière, qui pose en thèse que l'objet propre de la dévotion est l'amour humain et créé, reconnaît que « l'amour éternel et divin dont brûle Notre-Seigneur Jésus-Christ » ne lui est « nullement étranger ». Messager du Cœur de Jésus, 1868, t. xiv, p. 275 et suiv.
on verrait peut-être qu'ils excluent surtout un amour de Dieu qui n'aurait rien à faire avec le Sacré-Cœur ni avec le Verbe incarné. Il y a peutêtre çà et là confusion dans les idées et dans les mots, plutôt qu'opposition réelle de doctrine.
Une chose est sûre : elle est, je pense, admise de tous. L'amour que nous honorons directement dans le culte du Sacré-Cœur, c'est l'amour du Verbe incarné, du Dieu fait homme. Un amour de Dieu sans contact avec FEuïnanité de Jésus ne saurait être l'objet propre de la dévotion. Si donc l'amour de Dieu y a sa part, il faut le regarder ou dans la personne du Verbe fait chair, ou en rapport causal avec l'Incarnation.
Autre chose également sûre, et qui confirme la précédente. Il n'y a pas dévotion au Sacré-Cœur, à proprement parler, là où le cœur de chair n'aurait rien à faire. La dévotion au Sacré-Cœur ne pourra donc atteindre l'amour de Dieu pour nous que dans la mesure où cet amour sera symbolisé par le cœur de chair. Hors de là, nous pourrons honorer l'amour de Dieu, et en dire les merveilles, mais la dévotion au Sacré-Cœur n'y aura pas d'autre part que peut-être d'avoir servi d'à propos.
Les principes de solution sont là. Voyons où ils nous mènent.
L'amour que nous honorons directement dans le culte du Sacré-Cœur, c'est l'amour du Verbe incarné, du Dieu fait homme. Jésus est le Dieu- Homme, et les fidèles, qui voient Jésus vivant et concret, ne séparent pas dans leurs hommages l'homme du Dieu. Le rayonnement de la personne divine illumine pour eux tout ce qu'ils voient de Jésus. Même quand ils regardent l'homme, quand
ils écoutent les paroles qui tombent de ses lèvres, quand ils compatissent à ses souffrances, ils n'oublient pas qu'il est Dieu, et c'est cette pensée, toujours présente, qui donne son caractère à tous leurs rapports avec Jésus, de même que la réalité toujours actuelle de l'union donne son caractère et sa valeur à chacun des actes et des souffrances, à chacun des mots de Jésus. Jésus, pour eux, est essentiellement le Dieu-Homme, dans l'unité indissoluble de l'union hypostatique : ni leur foi. ni leur amour ne peuvent le concevoir autrement. Dès lors, la dévotion au Sacré-Cœur est nécessairement la dévotion au Dieu-Homme, l'amour qu'on y honore est nécessairement l'amour du Dieu- Homme. Voilà qui doit être regardé comme acquis ; en ce sens du moins, il est juste de dire, avec le P. Terrien : Quod Deus tonjunxit, homo non separH. Mais, n'est-ce pas là escamoter la question, au lieu de la résoudre ? Nul, en effet, ne nie l'union personnelle ; nul ne prétend que l'amour que les fidèles honorent dans la dévotion au cœur de Jésus soit un amour purement humain : c'est toujours l'amour d'un Dieu. La question est si c'est seulement, l'amour humain du Dieu-Homme, ou si c'est fmssi èon amour divin ; si c'est seulement l'amour dont il nous a aimés avec son cœur humain dans sa nature humaine, ou si c'est aussi l'amour dont il nous aime éternellement dans sa nature divine, par l'acte simple d'amour qui est son essence mfinie. — Les fidèles ne distinguent pas, si je ne me trompe, quoiqu'ils distinguent fort bien en Jésus la nature divine et la nature humaine, quoiqu'ils sachent reconnaître en lui un amour dont il nous aime comme homme, et un
amour dont il nous aime comme Dieu. Et le fait (qu'ils ne distinguent pas est en faveur de la nondistinction des deux amours dans leur culte ; c'est tout Jésus qu'ils honorent sous la figure de son cœur de chair : tout son amour, semble-t-il, comme toute sa personne. Pour distinguer là où ils ne distinguent pas, il faudrait des raisons. Les théologiens cherchent s'il y en a.
On a beaucoup reproché à notre dévotion de favoriser le nestorianisme. Pure calomnie des jansénistes. Les théologiens du Sacré-Cœur l'avaient réfutée d'avance, et Pie VI en a fait bonne justice l. Mais si les fidèles n'honorent pas le Sacré- Cœur en nestoriens, il ne faut pas non plus, en supposant qu'ils confondent dans leur culte les natures et les opérations, le leur faire honorer en eutychiens ou en monothélites. Or n'est-ce pas le danger à craindre en raisonnant comme nous faisons, en passant de la personne à l'amour, en concluant de ce que l'honneur va à la personne qu'il va aussi à l'amour divin ?
Les théologiens répondent, au nom des fidèles : nous ne passons pas, sans autre considération, de la personne à l'amour. Nous ne concluons pas de l'unité de personne à la fusion ou à la confusion des deux amours en un seul. Nous disons seulement ceci : tout en distinguant les natures dans l'objet de leur dévotion, les fidèles y visent tout Jésus, la personne totale, la personne dans ses deux natures ; dès lors aussi on doit dire qu'ils la visent dans ses deux amours, à moins que des raisons spéciales ne nous fassent reconnaître qu'ils ont en vue un seul de ces deux amours, l'amour humain.