CHAPITRE PREMIER LES ORIGINES
Premiers siècles.
Éléments du culte : l'amour, la plaie du côté et son symbolisme, le cœur métaphorique. Pas trace de culte au Sacré-Cœur.
I /amour de Dieu pour l'homme remplit l'histoire de l'humanité, et nous avons vu que le christianisme particulièrement est un grand effort d'amour pour appeler l'amour. Mais que Dieu nous aime et que nous l'aimions, ce n'est point là la dévotion au Sacré-Cœur.
On s'en rapproche quand on voit Dieu nous dire son amour, et quand on voit l'homme exalter cet amour de Dieu ou de Jésus pour nous, afin de nous exciter à lui rendre amour pour amour. Or de ces panégyriques de la charité divine pour nous, et de ces exhortations à rendre amour pour amour, la tradition chrétienne est remplie l. Qui ne sait les beaux élans d'un saint Jean Chrysostome sur la ptXcxrcôpYia, tendresse paternelle ou fraternelle de Dieu ou de Jésus pour nous, sur sa oiXavôpa»ic(a, ou son amour pour l'homme ? Et Chrysostome n'était en cela que l'écho de saint Paul et de saint Jean. Toute la théorie du christianisme, amour
] . P.iche collection de textes dans Franciosi, livre cité.
mutuel entre Dieu et l'homme, est fondée sur des textes très nets de l'Écriture, que les saints Pères ont magnifiquement exploités, que les théologiens ont enchâssés avec les textes des Pères, dans leurs synthèses théologiques. Il suffit de citer les noms de saint Augustin et de saint Bernard, de saint Thomas et de saint Bonaventure, de rappeler telle méditation de saint Anselme ou d'Eckbert de Schônau, le Stimulus amoris, longtemps attribué à saint Bonaventure, ou le De diligendo Deo de saint Bernard. Mais tout cela n'est pas la dévotion au Sacré-Cœur, puisqu'on n'y voit pas trace de culte rendu au cœur de chair comme symbole d'amour.
Certains mots de l'Écriture mettaient les fidèles tout près, si je puis dire, du trésor caché : ceux-ci, du Cantique : Vulnerasti cor meum (iv, 9) ; In foraminibus petrœ, in caverna maceriœ (n, 14) ; Pone me ut signaculum super cor iuum (vin, 6) ; celui-ci, d'Isaïe : Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris (xn, 3) ; en particulier, certains passages de l'Évangile, celui notamment où Jésus se présente comme le maître doux et humble de cœur (Matih. xi, 29) ; celui où il parle de l'homme de bien tirant du bon trésor de son cœur le vieux et le nouveau (Luc. vi, 45) ; ceux où il est parlé du disciple que Jésus aimait et qui reposa sur sa poitrine (Joan. xxi, 20) ; celui surtout où saint Jean nous parle, en termes qui éveillent si bien l'idée du mystère, du côté de Jésus ouvert par la lance (Joan. xix, 34). Mais rien ne montre qu'ils l'aient soupçonné. Ils ont chanté le mystère de l'eau et du sang sortant du côté ouvert ; ils ont vu des intentions dans le mot de l'évangéliste ; Vigilanti
verbo evangelista usus est, nous dit saint Augustin 1. Mais ils ne semblent pas avoir pensé explicitement à la blessure du cœur. Car le mot pectus, qu'ils emploient peut-être quelquefois, signifie poitrine plutôt que cœur ; l'organe paraît être désigné surtout par le mot cor 2. Mais quoi qu'il en soit du mot pectus, et de la blessure du cœur, on ne voit pas ni qu'ils aient regardé la blessure du coté comme emblème du cœur blessé cFamour, ni songé explicitement à désigner le cœur de chair de Notre- Seigneur comme symbole de son amour pour nous, ni rendu aucun culte à ce cœur de chair 3. Les textes précis sur la blessure du cœur sont rares dans les dix premiers siècles, si tant est qu'il y en ait ; de culte rendu au cœur blessé, nulle trace.
Le mot cœur s'employait à peu près dans les mêmes sens qu'aujourd'hui, pour désigner l'in-