In Joan., tr. cxx, P. L., t. xxxv, col
2. Le mot le plus usité dans les premiers siècles est celui de l'Evangile : en grec 7iXeupa, en latin latus. Le texte latin aperuit latus, où saint Augustin a vu une intention spéciale, semble supposer un texte grec rjvoii;ev, là où le texte courant porte £vu£ev. On signale le mot xapSîa, qui répond à cor, dans une Homélie du rve ou du ve siècle, que M. Cavallera, qui l'a éditée, revendique pour Eustathe d'Antioche. Je ne sais si on trouve en latin pectus ou cor, en rapport avec la blessure du côté, avant le xie siècle.
3. Voir Gallifïet, Addition au 1. n, a. 2. Cf. Nilles, t. i, p. 46 et suiv. Les textes qu'on cite souvent à ce sujet, comme de saint Augustin, sont apocryphes : ils sont empruntés au Manuel, aux Soliloques, compilations postérieures à saint Anselme et à saint Bernard, qui y sont utilisés autant ou plus que saint Augustin. Mais un mot de saint Augustin sur saint Jean est tout près de notre dévotion : «Il reposait, à la Cène, sur la poitrine du Maître, pour signifier par là qu'il buvait dans l'intime de son cœur des secrets plus hauts. » In Joan. tract. 18, n. 1, Migne, t. 35, col. 1536. Même idée dans le Sacramentaire grégorien, Fête de saint Jean, Préface. Migne, t. 78, col. 34. Nous le retrouvons dans la liturgie romaine actuelle.
time, les sentiments, l'amour. Mais on n'a pas jusqu'à présent, que je sache, relevé un seul témoignage sûr et clair, dans les dix ou onze premiers siècles chrétiens, du symbolisme du cœur de chair appliqué au cœur de Jésus, ni de la blessure du côté expliquée comme emblème de la blessure d'amour.
Peut-être finira-t-on par en trouver. Jusqu'ici l'enquête ne paraît pas avoir été faite avec assez de soin pour affirmer qu'il n'y en a pas. Ce que l'on voit, c'est que les textes apportés généralement par les auteurs ne disent pas ce qu'on voudrait y voir, ou ne sont pas de ceux auxquels on les attribue I. Quelques-uns paraissent dégager le symbolisme du cœur, celui notamment où le vénérable Bède, expliquant le mot du Cantique, Vulnerasti cor ?neum, dit qu'on pourrait voir « dans cette mention du cœur blessé la grandeur de l'amour que l'Époux a pour son Église 2. » Mais rien ne
1. Voir Nilles, 1. i, part. 3, p. 4-lM» sq ; Baruteil, Pièces
justificatives, p. 173 sq ; Franciosi, 1. c. A ces textes, il faudra désormais joindre ceux des Odes de Salomon, récemment retrouvées, où il est parlé du « cœur du Seigneur ». M. Lejay, qui les relève, dit ironiquement que M. Harnack, qui a trouvé la prédestination dans ces Odes, eût pu tout aussi bien y trouver « la dévotion au sacré Cœur ». Bulletin d 'ancienne Littératurt et d'Archéologie chrétiennes, n. 1, janvier 1911, p. 58.
2. P. L., t. xci, col. 1139. Ce texte paraît nous mettre plus près de la dévotion au Sacré-Cœur que tous les textes antérieurs, à part peut-être ceux d'Origène. Origène aurait-il, ici comme en d'autres cas, anticipé l'avenir? Il a des mots qui. au premier abord, le feraient croire. Mais ils restent obscurs et imprécis dans la traduction latine, qui seule nous est parvenue. A les regarder de près, on arrive à conclure ceci : Origène, par sa tendance à voir partout symbole et allégorie, est amené à parler çà et là comme parlent les dévots du Sacré-Cœur ; mais la dévotion elle-même lui est complètement étrangère. Voir les Homélies in Canticum, homil. 1, c. 3, P. G. t. xiii
nous autorise à voir là ni un culte, ni une dévotion spéciale au Sacré-Cœur.
Concluons avec M. l'abbé Thomas : « Nous ne trouvons ni le nom ni l'idée complexe de la dévotion au Sacré-Cœur dans les premiers siècles de l'Église et les saintes Écritures. » Mais nous pouvons y « découvrir au moins éparses les vérités dont nous avons maintenant la synthèse... Il est vrai, ce serait oublier l'histoire que de contester une véritable antiquité à l'idée de notre dévotion
col. 40 : <•. 6, ibid. coL 43 : le- Tomi in Canticum, Prologue, ibid. col. 65-66 ; 1. i, in cap. i, versic. 1, 2. 3, ibid. col. 87.
Voici, autant qu'on peut le résumer en quelques lignes, à quoi se ramène sa pensée aux endroits indiqués, les seuls qui puissent avoir rapport à notre sujet :
1° Un même mot, dans la Bible, peut avoir trois sens. Le mot Dieu, par exemple, peut signifier le vrai Dieu, et c'est le sens premier et principal ; il peut signifier un dieu par participation, comme quand on dit aux juges qu'ils sont des dieux ; enfin, il peut se dire des faux dieux. D'après cette remarque, quand Origène parle du principale cordis, il faut entendre le sens premier et principal du mot cœur. Il devait y avoir en grec quelque chose comme xo xuptov Tr(ç xapôiaç, le mot cœur, au sens propre, au sens premier.
2° Les mêmes mots, ceux par exemple, qui désignent les membres du corps humain, peuvent s'antendre au sens matériel, ou en un sens figuré, spirituel. Ainsi le mot cœur pourra signifier, au sens spirituel, l'intime du Christ, ses sentiments, et aussi, semble-t-il. par une superposition de figures, les dogmes de la foi. l'intime de la religion.
3° Des mots différents peuvent s'employer au figuré pour désigner la même chose. Ainsi ce que nous voulons désigner quand nous disons le cœur pourra s'exprimer par le mot <7Tr,6-jv.ov [pectuactdum, poitrine), par le mot avrfioç (pectus, poitrine), par le mot (j-xo-roi (ubera, mamelles) ; et tout cela pourra s'entendre, suivant les acceptions que nous donnons au mot cœur, de l'amour, de l'intime du Christ et de ses sentiments, des mystères du Christianisme. Ainsi, quand l'Evangile nous parle de saint Jean reposant sur «la poitrine» du Seigneur, il faut l'entendre comme s'il y avait son cœur», et par conséquent expliquer qu'il a pénétré à fond les secrets du Christ, les mystères de la religion.
(Vamovr de Dieu pour nous et la métaphore du cœur) ; mais si l'on essayait de faire remonter ce culte, dans sa forme actuelle, à une époque où l'on n'en soupçonnait pas l'existence, la méprise ne serait pas moindre l. » M. Thomas parle surtout de l'Ancien Testament. Mais ce qu'il dit est vrai du Nouveau. Vrai aussi des premiers siècles chrétiens. On voyait dans le côté percé, d'où sortaient l'eau et le sang, une source de grâces ; on semble y avoir vu un refuge, un lieu de repos et d'union à Jésus. On était donc tout près du Sacré-Cœur, mais on ne le distinguait pas encore dans la poitrine ouverte.
Xh et X/h siècle.
Passage de la plaie du côté a lu {)laie du cœur; symbolisme du cœur percé.
C'est au XIe siècle ou au xne que nous trouvons les premières traces du Sacré-Cœur. Peu à peu, il se montre à l'âme dévote dans le côté percé ; il se montre percé lui-même, comme pour inviter à entrer plus avant, à l'union avec ce cœur divin. C'est donc par la plaie du côté que la dévotion a trouvé le cœur. Le culte du Sacré-Cœur semble être sorti de la dévotion à la plaie du côté. Le passage nous apparaît comme fait déjà, ou du moins comme en train de se faire, dans un mot de la 10e méditation anselmienne : « Jésus est doux...
dans l'ouverture de son côté ; car cette ouverture nous a révélé les richesses de sa bonté, la charité de son cœur ; Didcis Jésus... in apertione lateris ; apertio siquidem illa revélavit nobis divitias bonitatis'suœ, caritatem scilicet cordis sui erga nos l. » Cette méditation est-elle de saint Anselme ? Peutêtre, mais on ne peut l'affirmer. L'auteur, en parlant du cœur aimant, caritatem cordis, avait-il distinctement en vue le cœur de chair ? On peut le soutenir, mais ce n'est pas évident.
Saint Bernard est-il plus clair, j'entends en ce qui est vraiment de lui, puisque la Vitis mystica ou traité De passione ne paraît pas son œuvre ? Il me semble qu'il l'est, au moins une fois : « Le fer a transpercé son âme, il a eu accès à son cœur, pour qu'il sache désormais compatir à mes infirmités. Le secret du cœur est découvert par les trous du corps (pat et arcanum cordis per joramina corporis) ; découvert ce grand sacrement de bonté, les entrailles miséricordieuses de notre Dieu 2. »
Avec Guillaume de Saint-Thierry (f vers 1150), l'ami de saint Bernard, le doute ne paraît plus possible : « Quand je brûle de m'approcher de lui..., c'est lui tout entier que [comme Thomas) je désire voir et toucher ; plus encore, m'approcher de la sacro-sainte blessure de son côté, de cette porte de l'arche faite au flanc (ostium arcœ quod jactum est in latere), non pas seulement pour y mettre mon doigt ou ma main, mais pour entrer tout entier jusqu'au cœur même de Jésus, dans le Saint des Saints, dans l'arche du Testament,