‹ La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus (volume 2)Chapitre 98 sur 215 · Loc. cit., 1. n, c. xix, p · texte numérisé non relu

Loc. cit., 1. n, c. xix, p

Chez sainte Gertrude, nous sommes davantage encore peut-être dans le monde des relations les plus intimes entre l'âme et le Sacré-Cœur, avec, de part et d;autre, des inventions exquises de l'amour le plus ingénieux et le plus délicat *.

Le livre où sont consignées ces choses est vraiment le héraut de la tendresse divine, Legatus divinœ pietatis. Gertrude, comme dit son éditeur bénédictin, « semble constituée la prophétesse de l'amour divin pour les derniers temps 2. » Et cet amour divin se personnifie pour elle dans le Sacré- Cœur. Elle eut « pour mission de révéler le rôle et l'action du Cœur divin dans l'économie de la gloire divine et de la sanctification des âmes. » Et il faut dire, proportions gardées, la même chose de sainte Mechtilde. On ne peut les comparer, à cet égard, qu'à la B. Marguerite-Marie. Voici comment l'éditeur bénédictin résume les manifestations du Sacré-Cœur à Gertrude ; le résumé conviendrait presque textuellement à sainte Mechtilde. « Tantôt le Cœur divin lui apparaît comme un trésor où sont renfermées toutes les richesses ; tantôt c'est une lyre touchée par l'Esprit-Saint, aux sons de laquelle se réjouissent la très sainte Trinité et toute la Coin céleste. Puis c'est une source abondante dont le courant va porter le rafraîchissement aux âmes du Purgatoire, les grâces fortifiantes aux âmes qui militent sur la terre et ces torrents de délices où s'enivrent les élus de la Jérusalem

1. Voir Gros, Le cœur de Sainte Gertrude, ou Un cœur selon le Cœur de Jésus. Toulouse 1870.

2. Révélations de sainte Gertrude, Paris; 1878, préface» p. xv. Cf. G. Ledos, Sainte Gertrude, 3e édition, Paris, 1901p. 165 et suiv.

céleste. C'est un encensoir d'or d'où s'élèvent autant de divers parfums d'encens qu'il y a de races d'hommes pour lesquelles le Sauveur a souffert la mort de la croix. Une autre fois, c'est un autel sur lequel les fidèles déposent leurs offrandes, les élus leurs hommages, les anges leurs respects, et le Prêtre éternel s'immole lui-même. C'est une lampe suspendue entre ciel et terre ; c'est une coupe où s'abreuvent les saints, mais non les anges, qui néanmoins en reçoivent des délices. En lui, la prière du Seigneur, le Pater noster, a été conçue et élaborée... ; par lui est suppléé tout ce que nous avons négligé de rendre d'hommages dus à Dieu, à la sainte Vierge et aux saints. Pour remplir toutes nos obligations, le Cœur divin se fait notre serviteur, notre gage ; en lui seul, nos œuvres reçoivent cette perfection, cette noblesse qui les rend agréables aux yeux de la majesté divine ; par lui seul découlent et passent toutes les grâces qui peuvent descendre sur la terre. A la fin, c'est la demeure suave, le sanctuaire sacré qui s'ouvre aux âmes à leur départ de ce monde pour les y conserver dans d'ineffables délices pour l'éternité *. »

Mechtilde et Gertrude ont-elles bien en vue le cœur de chair ? Oui, sans nul doute. Mais il est comme sublimé dans le symbolisme de l'amour ; il se perd, pour ainsi dire, dans le rayonnement lumineux de la personne de Jésus. Dans la Vigne mystique, la dévotion s'attache encore à la plaie du côté. Ici, elle va au cœur par tous les chemins ; et elle le trouve toujours vivant et glorieux. C'est même ce rayonnement de gloire et de joie qui me

1. Loc. cit., p. xvn, xviii. Voir la Table des personnes et des choses, au mot Cœur.

paraît différencier, pour une bonne part, la dévotion telle qu'elle apparaît chez Gertrude ou Mechtilde, d'avec la dévotion telle qu'elle nous est présentée dans Marguerite-Marie. Xon pas qu'il n'apparaisse aussi glorieux et rayonnant chez celle-ci : mais l'idée de l'amour qui n'est pas aimé, de l'amour qui a tant souffert, s'il ne souffre plus, assombrit presque toujours le ciel de la voyante de Paray : à Helfta. nous sommes presque toujours sous un ciel rayonnant de joie et de gloire : le Sacré-Cœur s'y montre aimant et glorieux, nous l'y voyons délicieusement aimé : le culte du Sacré- Cœur y respire, de part et d'autre, la joie de l'amour heureux. On a remarqué que cette vue du Christ glorieux et triomphant est celle où se complaît l'art du xine siècle ; la croix même y est un trône.

Je n'ai rien dit encore de la vision célèbre où Gertrude eut comme l'intuition des idées . divines sur la dévotion au Sacré-Cœur. Cette vision mérite une attention spéciale. Elle fait époque dans l'histoire de la dévotion, en dehors et à côté du développement qu'elle a dans la vie de nos deux saintes.

Elle eut lieu, comme plus tard la première grande vision de Marguerite-Marie, en la fête de saint Jean l'évangéliste. aux Matines. « Comme elle était, selon sa coutume, tout entière à sa dévotion, le disciple que Jésus aimait si bien, et qui pour cela doit être aimé de tous, lui apparut, la comblant de mille marques d'amitié... Celle-ci lui dit : « Et quelle grâce pourrai-je obtenir, moi chétive. en votre très douce fête ? Il répondit : a Viens avec moi,; tu es l'élue de mon Seigneur ; reposons ensemble sur le doux sein du Seigneur,

dans lequel sont cachés les trésors de toute béatitude. » Et, la prenant avec lui, il la conduisit auprès de notre tendre Sauveur, la plaça à droite et se retira pour se placer à gauche *. Et comme ils reposaient ainsi tous deux avec suavité au sein du Seigneur Jésus, le bienheureux Jean, touchant du doigt avec une respectueuse tendresse la poitrine du Seigneur, dit : Voici le Saint des Saints, qui attire à soi tout le bien du ciel et de la terre 2. a

Saint Jean lui explique ensuite pourquoi il l'a mise à droite, du côté de la plaie, tandis que lui a pris la gauche : « Devenu un même esprit avec Dieu, je peux pénétrer subtilement où la chair ne saurait atteindre. J'ai donc choisi le côté fermé. Mais toi, vivant de la vie terrestre, tu ne pourrais comme moi pénétrer à l'intérieur... Je t'ai donc placée à l'ouverture du Cœur divin, afin que tu puisses en tirer plus aisément la douceur et la consolation que, dans son bouillonnement perpétuel, l'amour divin répand avec impétuosité sur tous ceux qui le désirent 3. » Pouvait -on mieux représenter et la nécessité d'un objet sensible pour notre dévotion, et le rapport de la dévotion au Sacré-Cœur avec la vue du côté percé ?

Mais ce n'est que la première partie de la scène : « Comme elle éprouvait une jouissance ineffable aux pulsations très saintes, qui faisaient battre le Cœur divin sans interruption, elle dit à saint Jean : « Est-ce que vous n'avez pas, bien-aimé de Dieu, senti le charme de ces suaves pulsations, qui ont

1. Au xme siècle, on mettait encore ordinairement la plaie au côté droit.

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